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Summertime

Summertime est un beau film. Un film lent et délicat, et qui pourtant parle de choses tragiques, du douloureux passage de l’enfance à l’adolescence, d’espoirs et de rêves brisés.

De ce film, prix du Jury au festival de Deauville, qui récompense des petits bijoux du cinéma indépendant américain (je pense à Winter’s bone ou Martha Marcy May Marlene), on retient la moiteur du Mississipi, son soleil écrasant, le désert doré de ses champs de maïs, le bitume aride de ses routes infinies, promesse d’horizons meilleurs pour une population pauvre et digne, qui essaie de s’en sortir la tête haute.

The Dynamiter (titre original du film), est l’histoire d’un gamin au seuil de l’adolescence, presque 15 ans, Robbie, qui tente de maintenir l’illusion d’une famille qu’il n’a pas connue : sa mère est partie « se soigner » en Californie, le laissant seul avec sa grand-mère mutique et son demi-frère dont il s’occupe comme un père.  Il lutte au quotidien pour rester dans le droit chemin, montrer l’exemple à ce petit garçon innocent et dont il donnerait tout pour qu’il le reste. Même si pour cela il doit s’opposer à son grand frère, joueur de football raté, coureur de jupons, voleur, bon à rien.

Le jeune acteur est formidable (William Ruffin), tout en retenue, colère contenue, en sourires parcimonieux si  lumineux, presque sensuel avec son corps noueux et musclé à demi nu, habitué à la moiteur du climat. Son visage encore enfantin contraste avec ce corps à la virilité affirmée, déjà celui d’un adulte, (il compare avec son frère le poids qu’il est capable de soulever) : il n’est pas prêt à assumer des décisions de grandes personnes, et pourtant il n’aura pas le choix.

Summertime est un film tendre, violent, contemplatif parfois (Terrence Malick n’est pas loin), qui saisit au vol des parcelles de vie, la joie de jeux d’enfants, les premiers émois, la tristesse des illusions perdues. C’est la nostalgie de l’enfance qui s’en va trop vite, qui défile sans se retourner, qui projette les êtres malgré eux dans l’âge adulte, où le destin prend les choses en main et les choix sont faits par défaut. Summertime, c’est la nostalgie d’un été qui passe trop vite, qui plus jamais ne sera, le coeur qui se sert quand à peine on y pense, et déjà c’est fini, un été qui fait d’un enfant un homme, et pour toujours.

Notre été commence à peine, et il commence plutôt bien. Le réalisateur, Matthew Gordon, dont c’est le premier essai, n’a pas fini de faire entendre parler de lui.

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