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Swimming with sharks

Dans le monde actuel, il y a ceux qui savent qui est Don Draper, et les autres.

Ce post s’adresse à cette seconde catégorie de personnes. C’est avec plaisir que je vais vous initier aux joies de cette série hautement addictive qui met en scène les pubards du début des années 60 avec en toile de fond l’avènement de la société de consommation et bientôt la fin des illusions qui vont avec. Les sixties, c’est aussi les débuts du mouvement des droits civiques et des mouvements féministes. La chute du bon vieux monde à la papa, où le mâle est roi et se sent comme superman. Le générique du film montre d’ailleurs la lente chute d’un homme en costard du haut d’un gratte-ciel (inspiré de ceux de Saul Bass pour Hitchcok, Scorsese, Kubrik).

Golden Globes de la Meilleure série dramatique en 2008 et 2009 et du Meilleur premier rôle masculin pour Jon Hamm en 2008 (véritable nom du héros, John Jambon, beaucoup moins sexy tout à coup), récompensée par trois Emmy Awards pour 3 saisons, Mad Men touchait moins d’un million de téléspectateurs lors de la diffusion de la saison 1 sur AMC.

4.5 millions de téléspectateurs ont suivi la saison 4. Un raz-de-marée.

Partie de rien (comme son héros, je vais y venir), suivie par quelques afficionados, elle devient un véritable phénomène de société, à l’image de ce qu’à pu être Sex and the City pour les jeunes urbaines du monde entier.  Mad Men existe grâce à la volonté d’un homme, Matthew Weiner, co-scénariste et producteur des Sopranos. Il a dû en effet  montrer patte blanche pour que le projet aboutisse : une série qui se penche sur nos ressentis les plus intimes, qui s’en soucie?

La quatrième saison se referme aux États-Unis, et l’on croise les doigts pour qu’une cinquième suive (on parle de Mel Gibson en guest, aïe), mais rien n’est moins sûr.

Pourtant, rarement une série n’aura été si réaliste, si corrosive, si juste dans la peinture des mœurs d’une époque et dans les liens qui unissent les personnages. Mais pourquoi cette série nous fascine-t-elle autant?

1. Parce qu’elle est glamour et qu’elle a du style :

La mode est un éternel recommencement et tous les grands créateurs (comme Louis Vuitton ou Isabel Marant) se sont inspirés des jupes midi à frous-frous de la série et de l’hyperféminité des protagonistes.

Les personnages vont jusqu’à influencer ou exacerber les tendances, comme celle qui met les rousses à l’honneur. Red is beautiful puisqu’une des héroïnes de la série,  l’übersexy Joan, est rouquine. Elle a été élue en avril 2010 « la femme la plus sexy du monde » par le magazine américain Esquire, pour son visage angélique et ses formes généreuse. Mad Men donne encore une fois le là : big is also beautiful.

2. Parce qu’elle possède une identité historique et sociologique forte :

C’est l’époque où l’apparence et le rôle de chacun sont bien délimités, où l’on ne dépasse jamais quand on colorie, avant que tout explose avec 68.

Les intrigues s’enchevêtrent avec les événements qui ont marqué l’époque : la saison 4 voit par exemple la revanche du match Cassius Clay/Sonny Liston en 1965,  la saison 3 propose un épisode entier sur l’assassinat de JKF en 1963, épisode réalisé par un fan, Barbet Schröder (on note beaucoup d’influences cinématographiques dans cette série à la mise en scène léchée qui rappelle la Nouvelle Vague ou encore les films d’Hitchcock et de Douglas Sirk), la saison 2 montre les personnages bouleversés par la mort de Marilyn. On y aborde aussi la question du Vietnam, celle des droits civiques (il me semble d’ailleurs qu’un personnage fait référence dans la quatrième saison au meurtre de trois militants pour le Civil Rights Act dans le sud des Etats-Unis, dont fut tiré l’excellent film avec Willem Defoe et Gene Hackman, Mississippi Burning).

Mad Men, c’est aussi l’image du masculin dans ses pires clichés : raciste, masochiste, paternaliste,  qui boit et fume beaucoup, conduit vite et bourré, pour ainsi dire le négatif de l’image de l’homme métrosexuel d’aujourd’hui.

Selon Wikipédia, « le titre est un jeu de mots avec Ad men, les hommes de la pub, mais c’est aussi et surtout une expression de l’époque qui fait référence au fait que ces publicitaires travaillaient sur Madison Avenue à New York,  d’où l’impossibilité de traduire le titre en français. Mad Men prend également tout son sens aux vues de l’attention portée à la condition féminine dans l’ensemble de la série, une triple lecture du titre étant alors nécessaire. »

Tu m’étonnes. Les hommes passent leur temps à baiser toutes les femmes qui leur passent sous la main, qui acceptent toutes, soit parce qu’elles savent qu’elles peuvent en tirer partie, soit parce que c’est comme ça, et qu’il faut faire avec. Et tant pis s’il faut avorter. Elles assument en tous cas pleinement leur pouvoir de séduction, en jouent même.

Les femmes riches et mariées s’ennuient ferme dans leur jolie maison de banlieue, leurs enfants ont une nurse, elles font de l’équitation, et ne rêvent que du prince charmant qui n’est évidemment pas celui qu’elles ont épousé. Elles sont terriblement seules, avec leurs robes sublimes, leurs bijoux, leurs sacs à main, leurs voitures, leurs cigarettes, leurs enfants, et finissent par prendre des amants, comme leurs maris des maîtresses.

La série met aussi en avant le regard méprisant/inexistant que posent les personnages sur les minorités : les femmes (qui prennent de plus en plus le pouvoir : Betty en s’émancipant par le divorce, Joan et Peggy par le travail et des responsabilités accrues au fil des saisons), les Noirs, les gays. Les questions de la discrimination et de la pression sociale sont abordées avec violence et sans ambages. Ainsi, lorsqu’un personnage gay fait son coming out involontairement devant le très hétéro Don, il reçoit non une condamnation, mais un conseil/une sommation professionnel(le) : « Limite ton exposition »…

3. Parce que les personnages ont une épaisseur :

Cette toile de fond historique donne énormément de consistance aux intrigues de la série, des repères temporels, et permet aux personnages d’évoluer lentement, de façon très réaliste, au rythme des épisodes. Il faut prendre le temps de les connaître, on est sans cesse surpris par leurs réactions, leur complexité, un peu comme dans l’autre sublime série en cinq saisons sur les trafics de drogue et les écoutes téléphoniques à Baltimore, The Wire.

Dès les premiers épisodes de Mad Men, le spectateur est happé dans la toile des sentiments humains les plus nobles et les plus vils, toile qui se complexifie à mesure qu’il avance dans la série. Des dialogues féroces, des rivalités sans pitié, des jalousies, des emportements, des jeux de pouvoirs, des manigances, et surtout ce même cynisme grinçant chez tous les personnages.

Don est la figure phare de cette série qui décrit à merveille l’American way of life, d’autant plus qu’il en est issu : véritable self-made man, il est le fils d’une prostituée morte en couches et d’un alcoolique qu’il verra mourir sous ses yeux. Le noyau dur de la série tourne autour de celui qui fuit son passé et lutte coûte que coûte jusqu’à sacrifier son mariage pour préserver son secret : il a usurpé l’identité d’un camarade tué pendant la guerre de Corée pour y échapper. Il est prêt à oublier une partie de lui pour réussir, correspondre à l’image que l’on attend de lui, aux canons et aux exigences du milieu dans lequel il évolue. Don est un menteur (le mensonge et la dissimulation sont les moteurs de la série) mais c’est un gros bosseur, il sait rester humain et faire les choix les plus logiques et les plus bénéfiques pour son entreprise, ce qui n’est pas toujours le cas de la part des managers des grands groupes actuels.

4. Parce qu’elle fonctionne comme le miroir de notre monde :

La série est loin d’être nostalgique, au contraire, elle cueille un monde en passe de s’écrouler, elle filme le climax de la société de consommation avant sa chute, vécue de l’intérieur, dans l’intimité des vies de chaque personnage. Derrière le glamour, la sublimation d’une époque, tout n’est que mensonge, peur de l’avenir, soumission aux codes de la bonne société, sans prise de conscience d’un monde qui s’écroule.

L’époque est sans accroc, celle du consommateur roi et du capitalisme triomphant, mais le malaise est palpable et va croissant. Les dialogues ultra cyniques et les situations d’une violence extrême dérangent et bousculent le spectateur. Ils sonnent comme un écho à ce qui est en train de se passer aujourd’hui chez les jeunes qui aspirent à d’autres valeurs que celles proposées par le libéralisme mondialisé : le rejet des classes dirigeantes, du profit à tout prix, de la reconnaissance sociale, du pouvoir, le rejet d’une société déshumanisée, où il est de plus en plus difficile de trouver sa place. En somme, tout ce qu’incarne Don Draper, ce qu’il s’est acharné à construire, et ce que des hippies et futurs soixante-huitards lui renverront tel un boomerang dans une scène clé de la série (saison 1).

Ce monde semble à mille lieues du nôtre, où allumer une clope dans la rue est en passe de devenir la provocation ultime. Là, des femmes enceintes fument et boivent, et même le gynécologue grille sa Lucky en pleine consultation. Mais si l’on gratte un peu le vernis, les dégâts collatéraux de la course à la réussite sont semblables, les contraintes que les protagonistes s’infligent conduisent aux mêmes désillusions, et la pression sociale écrase toujours autant. Autant de regards vides il y a cinquante ans qu’aujourd’hui.

Pour en savoir encore plus, un article de 20 Minutes du 2 avril 2010 (Anne Kerloc’h), le super blog de Pierre Sérisier, Le Monde des Séries, et deux articles des Inrockuptibles, Pourquoi Mad Men nous parle et Splendeurs et misères des Mad Men, sans oublier le site officiel de la série!

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2 Commentaires

Classé dans Culture/Déconfiture, On se fait une toile?, Showroom

Strict Machine

Pour accompagner le cliquetis de mes petits doigts sur mon non moins petit clavier, j’écoute TOUJOURS de la musique. Là, je mets à fond un morceau de 2003, un truc qui m’a fait danser des nuits entières (et faire d’autres choses encore), un des morceaux les plus sexy que je connaisse et qui vous fait des ptits points sur les bras :

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