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Lisez, c’est l’été! (ou Marilyn à la plage)

Je viens de terminer la lecture de plusieurs bouquins, lus voracement d’affilée. Il y a eu pour une fois pas mal de romans, quelques essais (ce que je lis plus volontiers), des beaux livres.

Mais voilà, l’été, il fait chaud, on prend l’apéro, on a les neurones aussi mous que notre corps ébouillanté au soleil, et donc il faut  un truc qui se lise vite et bien.

Mais je n’ai pas dit une bouse qui se lise vite et bien, il faut de la cuisse, de la chair, de la consistance Madame. Les lectures d’été, c’est du sérieux.

J’ai sélectionné deux titres pas trop déprimants pour cette belle période estivale (la météo parisienne  s’en étant déjà chargé, je ne vais pas en plus vous plomber le moral). En effet, j’ai dévoré (le mot n’est pas trop fort) le livre de Lionel Shriver, Il faut que l’on parle de Kevin (porté à l’écran par Lynne Ramsay sous le titre original We need to talk about Kevin avec l’incroyable Tilda Swinton), qui met en scène  mère mal-aimante qui tente de comprendre les raisons qui ont poussé son fils à devenir le meutrier de 9 de ses camarades et professeurs de collège, et de mettre un mot sur l’horreur absolue. Passionnant mais pas très réjouissant.

Ce que n’est pas non plus le bouleversant Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan (JC Lattès), éminemment récompensé cette année par de nombreux prix littéraires, et une fois n’est pas coutume, le livre est plus qu’à la hauteur, il vous retourne les tripes.

L’écrivaine y raconte l’histoire de sa famille, au premier abord parfait mais gangrenée par des secrets de famille comme dans toutes les familles, l’histoire de cette mère bipolaire traumatisée dans l’enfance par des gestes que l’on ne nomme pas, mais qui laissent des traces indélébiles dans l’âme de celle ou celui qui les subit. Elle tente (et y parvient avec force et pudeur) de mettre en mots la souffrance ressentie à la mort de sa mère (qui se suicide à 63 ans) et de comprendre ce qui l’a menée à ce geste extrême. Sublime, mais pas folichon pour l’insouciance d’une conversation autour du rosé de l’apéro.

Je commencerai donc par un bon vieux polar des familles, Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, d’Olivier Gay.

Un petit dealer sans histoires y fait son petit business en écumant les soirées hype parisiennes et se mue en enquêteur du dimanche, sur les traces d’un serial killer de jeunes clubbeuses. Une intrigue bien ficelée, des personnages hauts en couleur, un anti-héros attachant, cynique à souhait,  tous les ingrédients d’un page-turner sont réunis dans ce suspense tragi-comique, adéquat pour les bains de soleil. Précisions que les Parisiens savoureront le plaisir de suivre les pérégrinations de l’enquêteur dans un décor qui leur est familier, Paris Panam, Paris by night, et s’enivreront du parfum sulfureux des nuits parisiennes et des clubs de Pigalle, ce qui change des polars écrits à la chaîne et se déroulant le plus souvent outre-atlantique.

Comme vous le savez sans doute au vu du matraquage médiatique autour de l’événement, nous célébrerons demain les 50 ans de la mort de Marilyn Monroe, survenue dans la nuit du 4 au 5 août 1962, à 36 ans.

Parmi la pléthore de livres parus et à paraître sur le sujet, en fan intarissable que je suis (j’ai lu plus d’une quinzaine de biographies et essais sur le sujet et je ne m’en lasse toujours pas), et si je ne devais vous en conseiller qu’un seul qui puisse permettre au novice de faire le tour de la question et au fan d’en apprendre toujours plus sur l’objet de sa passion, je choisirai le livre dirigé par deux journalistes de Libération, François-Marie Santucci et Elisabeth Franck-Dumas, Monroerama, paru chez Stock.

Ce petit joyau graphique et iconographique propose de survoler les grandes étapes de la vie de la star (vie privée, amours, carrière) en éclairant d’un jour nouveau certains aspects particuliers comme par exemple sa santé mentale, ses thérapies, ses secrets de beauté, sa coiffure, ses tenues préférées, ses contrats, son addiction aux médicaments, ses chansons, son parfum, sa mort,  pour offrir en quelque sorte les miscellanées de Marilyn Monroe, personnage, il faut bien le rappeler, créé de toute pièce par Norma Jean Baker.

Marilyn était double, triple, quadruple, tout à tour bombe sexuelle, femme-enfant, femme d’affaires avisée, croqueuse d’hommes (mais jamais de diamants), s’en servant parfois pour arriver à ses fins (devenir la plus grande star de tous les temps),  intelligente mais jouant parfaitement l’idiote quand cela pouvait lui servir, bosseuse, avide d’apprendre, perfectionniste, excellente comédienne au sens de la comédie assuré mais capable de rôles dramatiques d’une force incroyables (regardez The Misfits), consciente de ses atouts, sachant se mettre en valeur, mais souffrant d’un cruel manque de confiance en elle.

Chaque interview, article, plan, liste, nouvelle, écrit par des journalistes, des écrivains, des cinéastes, des médecins, des parfumeurs, des photographes,  apporte sa petite touche au portrait de Marilyn qui restera malgré tout à jamais inachevé : comme on le découvre dans le livre, il existe des millions de clichés de l’icône, et autant de pièces à assembler pour reconstituer le puzzle de sa vie. Qui fit réelemment Marilyn Monroe? Norma Jean Baker, Zelda Zonk (le pseudo qu’elle utilisait pour voyager anonymement), Marilyn ? I’m not MM, dit-elle dans ses Fragments, parus au Editions du Seuil l’année passée et réédités aujourd’hui chez Points.

A défaut de pouvoir retracer sa vie dans sa globalité, peut-être est-il judicieux de commencer par en explorer les détails. Ce livre se picore ou se lit d’un trait, comme on boit une bonne coupe de champagne (breuvage qu’elle appréciait beaucoup – trop?).

Marilyn Monroe par Georges Barris, Santa Monica, 1962. 

Attention quand même avec le sable et la crème solaire, ce livre est un bel objet et ce serait dommage de l’abîmer.

Voilà pour le moment deux idées de lectures sur la playa ou au bord de la piscine, mais bien sûr, il y en aura d’autres, laissez-moi juste le temps de les lire…

Note : pour les fans de Marilyn ET de mode, à lire absolument, Le Style Marilyn, chez Michel Lafon, un beau livre qui rassemble les plus beaux croquis et clichés de William Travilla, styliste créateur des sublimes costumes portés par l’actrice dans ses films et à la ville,  et notamment de la mythique robe blanche (crème en réalité) porté par l’actrice dans 7 ans de Réflexion, dans la fameuse scène de la bouche d’aération de métro qui provoqua une émeute et dû être retournée en studio.

Je ne m’en lasse pas, je vous dis.

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Une blonde à New York

Non, rassurez-vous, je ne pars pas dans l’immédiat visiter la Grosse Pomme. Il me faudra encore patienter un peu.

Mais j’ai pu calmer mes ardeurs baladeuses avec l’exposition présentée en ce moment à la Maison des Etats-Unis, jusqu’au 7 octobre prochain (au 3 rue Cassette dans le 6ème à Paris), et qui réunit les plus beaux clichés de Marilyn Monroe, pris lors de son séjour à New York en 1955.

On sait que Marilyn Monroe fut en son temps la reine des studios hollywoodiens, de ses premiers rôles de blonde légère et court vêtue au début des années 50 à ses derniers rôles de blonde un peu moins légère et très désespérée une décennie plus tard.

Consciente de gâcher son formidable talent d’actrice pour répondre aux exigences de producteurs toujours plus gourmands qui ne voient en elle qu’une blonde à forte poitrine, elle décide de quitter Hollywood en 1955 pour rallier la côte Est et sa ville phare, New York.

New York, ville refuge de tous les grands intellectuels de l’époque, et berceau de l’Actors Studio de Lee Strasberg, dont elle suit assidûment tous les cours et se fond dans la masse des anonymes, méconnaissable, affublée d’une perruque brune et de lunettes noires.

Cette ville joue un rôle particulier dans la vie et la carrière de l’actrice, puisque c’est à New York qu’elle se lie avec le dramaturge Arthur Miller dont elle deviendra la femme un an plus tard, et qu’elle crée sa maison de production, Marilyn Monroe Productions.

C’est aussi à New York et cette même année qu’elle tourne la scène qui la fera entrer dans la légende, dans le film Sept ans de réflexion de Billy Wilder, lorsque sa robe blanche se soulève en corolle au dessus d’une grille de métro, provoquant une telle émeute que la séquence dut être recréée en studio.

C’est à l’été 1955 que le rédacteur du magazine féminin Redbook, Robert Stein, recrute le reporter Ed Feingersh pour suivre Marilyn dans Manhattan pendant une semaine. Il veut en effet donner une image plus moderne de sa revue, et veut présenter l’actrice comme elle souhaite exactement être perçue : une femme posée, à l’image maîtrisée, dans l’air du temps et qui travaille pour gagner sa vie.

Ed Feingersh, de l’agence Pix, est un reporter baroudeur complètement à l’opposé du glamour hollywoodien, beaucoup plus proche de l’univers de la rue (il photographie régulièrement camionneurs et trafiquants de drogue). C’est ce regard décalé et novice qui fit de ces portraits les clichés les plus sensibles jamais réalisés de la star.

Ironie de l’histoire, Ed Feingersh est mort en 1961, à 35 ans, un an avant Monroe, ayant perdu tout goût pour la photographie.

C’est l’archiviste Michael Ochs qui retrouva par miracle au milieu des années 80 ces clichés dans un entrepôt de Brooklyn. L’agence Pix ayant fait faillite au début des années 60, ses archives furent dispersées et le reste stocké.

Sans ces images lumineuses, l’œuvre de Feingersh ne serait jamais passée à la postérité et nous n’aurions jamais vu cette Marilyn rêveuse, mélancolique, espiègle, changeant d’expression en une fraction de seconde, luttant pour contenir la détresse qui la rongeait de l’intérieur.

C’est aussi un reportage sur le Manhattan des mid-fifties, sur ses lieux populaires (les bars furent choisis par le photographe), où Marilyn semble aussi à l’aise que si elle les fréquentait depuis des années, elle qui descendit pour la première fois dans le métro pour les besoins de ces clichés.

Marilyn glamour contemplant la ville du haut du balcon de son hôtel, Marilyn achetant son journal, Marilyn et son meilleur ami, le parfum Chanel n°5 (la photo fut ensuite utilisée par la marque), Marilyn perdue dans l’immensité de la ville, Marilyn anonyme lorsque le photographe choisi étrangement de cadrer son corps sculptural, sans tête.

C’est un beau voyage dans le quotidien solitaire d’une star que nous sommes invités à contempler ici.

Pour en savoir davantage sur cette longue semaine de prises de vue, et ce qui a lié ces deux personnages au destin tragique, vous pourrez aussi parcourir le livre d’Adrien Gombeaud, Une blonde à Manhattan (Le serpent à plumes, 19 €)


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Classé dans On se fait une toile?, Une nuit au musée (ou à la galerie), Va voir là-bas si j'y suis!