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Rouge et tout en couleurs

Ma journée de samedi dernier a été placée sous le signe du drapeau arc-en-ciel (voilà seulement que je trouve le temps de finir mon post commencé il y a déjà quelques jours, c’est dur la vie d’artiste).

J’ai toujours voulu participer au défilé de la gay pride à Paris, mais je suis souvent occupée le samedi après-midi, et j’arrive toujours après la bataille. Ou avant. En l’occurrence, j’ai vraiment percuté que c’était bien ce jour-là quand je me suis rendue dans mon bar à tapas préféré, cis rue des lombards, au 8 précisément, Les Piétons, et que j’ai vu ça :

Et ça :

Le mec s’était bien fait chier à gonfler des centaines de ballons et les fixer à équidistance sur un fil, et à faire ensuite des acrobaties pour les tendre de part et d’autre de la rue. Heureusement, il n’a pas entendu le client derrière moi visiblement peu au fait de l’actualité, lâcher un « Ah, y’a un match? c’est quelle équipe ça? je reconnais pas trop les couleurs…. »

Même le Wolf bar, dans la même rue, et dont les tenanciers et clients ne sont pas réputés pour leur amabilité et leur « funitude », avaient sorti les lampions, dis-donc (ça donne envie hein?) :

Bravo aussi au Diable des Lombards, un bar-restau hyper agréable au passage, que je recommande fortement pour les happy hours :

Cette rue est magique, vous dis-je, avec juste à côté du Diable un bar-jazz qui propose des mojito à tomber, le Baiser-salé.

Toujours pas le temps de faire le défilé à Bastille ni de participer à la joie ambiante ( toutes les raisons de se réjouir sont là, puisqu’il y a quelques jours à New York, le mariage gay a été autorisé. Round 1 gagné). Je rentre donc à la maison, et sur le chemin, je découvre que c’est aussi ce jour-là le carnaval de Montmartre, (« la Vachalcade ») où tout le monde est invité à se déguiser  et à danser au son des fanfares, des groupes de rock et des écoles de musique. C’est la fête de la musique à rallonge quoi. Bon, j’ai vainement cherché la vachette et le mec qui se fait courir après comme dans nos mythiques Intervilles, les traditions se perdent ma bonne dame.

Le soir même, je vais faire un tour dans ce lieu ultra sympathique, La Maison Rouge, qui propose une exposition d’artistes contemporains canadien issus de la ville de Winnipeg (ça s’appelle d’ailleurs My Winnipeg, et j’en ai déjà parlé ).

Peintures, installations, collages, sculptures, courts métrages, c’est tout un panorama du dynamisme artistique de cette ville perdue au fin fond du Canada et qui a trouvé une manière originale de se réchauffer qui est proposé. Évidemment, la nature et les racines autochtones sont très présentes dans ces œuvres mélancoliques et décalées.

La petite maison de poupée d’un artiste dont j’ai oublié le nom m’a beaucoup marquée. Elle est complètement surréaliste, avec des couloirs clos et ne menant nulle part, du mobilier au plafond, de la neige dans la cave, un arbre au grenier, et une impression de malaise qui se dégage de ce lit psychiatrique placé dans une chambre paisible, ce sens du détail terrifiant et fascinant.

Et on a même eu droit à un mix VJ/DJ local, et à une séance de collages avec une des artistes exposés, dans le patio hyper agréable :

Pardon, les photos sont un peu dégueu, mais je fais avec les moyens du bord, vous pouvez toujours vous cotiser pour m’offrir un super appareil avec zoom de 25 mètres.

La soirée s’est ensuite un peu corsée, avec une nuit entière à la Club Sandwich, une soirée gay hétéro friendly comme la Flash Cocotte (souvent à la Machine du Moulin rouge ou à la Java), mais en plus prise de tête (et plus cher aussi), qui a eu lieu au Trianon (métro Anvers), après avoir squatté l’espace Pierre Cardin et son jardin.

Et d’un jardin, il y en aurait fallu, tellement l’air était irrespirable et la chaleur moite et dense. Mais point de jardin, et pour 25 euros, même pas le droit d’accéder au balcon, un videur (ah les videurs…) en barrait l’accès, dès fois qu’on aurait attendu pile cette soirée pour se balancer dans le vide…

Le flyer promettait luxure et fantaisie extrême (j’ai hésité à y aller, en me disant que cette fois ça allait être vraiment trash, mais en fait y’avait plein de nanas hyper lookées venues là pour se faire admirer). En ce qui me concerne, j’y suis allée avec deux amis (un mec et une fille) pour faire la fête et écouter de la bonne musique, ce qui est la plupart du temps assuré dans une soirée gay. Lâcher un peu les soupapes quoi. Bon, ben pas de panique de toute façon, j’ai à peine vu un baiser s’esquisser vers 6 heures du mat, et François Sagat (l’ancien acteur de porno gay au crâne entièrement tatoué) en diva à paillettes et perruque (de loin, je l’ai même pas reconnu) esquisser un strip tease et montrer ses fesses. Light, avouez-le.

Ah oui, et aussi Bob Sinclar faire semblant de mixer, avec sa veste bleu électrique pour qu’on fasse bien le parallèle avec la pub Sennheiser, mais ça c’est habituel, ça fait des années qu’il le fait, semblant de mixer. Heureusement, des jeunes gens plus aventureux (et dénudés aussi) ont pris le relais et nous ont fait danser jusqu’au bout de la nuit.

J’étais la plus petite de toute la boîte je pense, avec mes spartiates et mon 1 mètre 60, tandis que tous les mecs, déjà super grands, étaient bien sûr montés sur des échasses. Ce ne fut que profusion de cuir le plus tendre et de plumes les plus douces, avec faux-cils, faux seins et perruques blondes. Un régal pour les mirettes, et une bouffée d’air dans Paris caniculaire ! Bon, pour la subversion on repassera, une fois qu’on a fait la Gay pride au Berghain à Berlin, plus rien ne nous étonne (une pensée émue pour un ami pris de court par le manque de pudeur de certains clients de la boîte, mais d’avis général, c’est exceptionnel et arrive en particulier ce jour-là).

Je vous parlerai dans un prochain article d’une chouette petite rue (idyllique, calme et colorée, aux maisons sorties du conte Hansel et Gretel), que j’ai découverte sur le chemin de la Maison Rouge (10 bld de la Bastille). D’ici là, je vais me faire une ou deux expo, ça changera des soldes (de toute façon, j’ai pas le choix…).

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Ma cabane au Canada

ça commence par Winnie l’ourson tout mignon les mains en l’air devant son pot de miel, dans une forêt lugubre, braqué par un gang de grizzlis mal léchés. Et ça continue avec, entre autres, Blanche-Neige dans un canoë où il est probable qu’elle fasse des trucs cochons avec les 7 nains, un igloo qui prend feu, un Père-Noël accidenté et pathétique, avachi au milieu de ses cadeaux et de son traineau coincé dans les branches d’un arbre. Et ça finit en beauté avec le martyre de Sainte Céline Dion attachée et prise au piège d’une instrument de torture que l’Inquisition n’aurait pas renié.

Mais de quoi je vous parle là ? D’une expo photo très réussie que propose en ce moment le Centre Culturel Canadien (5 rue Constantine, 7ème arr.).

« Les Histoires extraordinaires de Diana Thorneycroft, paysages grinçants d’un imaginaire canadien », sont présentées du 11 mai au 9 septembre, avec un bonus pour la nuit des musées le 14 mai jusqu’à minuit.

Il s’agit de la première exposition en France de cette artiste canadienne. En tout, presque une trentaine d’œuvres surprenantes, décalées, drôles et grinçantes. Un humour acide qui fonctionne dès la première photo et qui m’évoque par la qualité des compositions et le grotesque de certaines scènes le travail de Pierre et Gilles, le glamour en moins (excepté pour Céline Dion, mais sanglant le glamour alors..).

L’artiste nous fait partager sa vision à la fois « a-typique » et folklorique du Canada, à travers des compositions associant des tableaux de peintres canadiens (le célèbre groupe des sept peintres-explorateurs), utilisés en arrière-plan, et des figurines et poupées en plastique, représentant des personnalités populaires dans des situations grotesques ou décalées, tels un joueur de hockey dont le vol plané légendaire est ici tourné en dérision, une chanteuse torturée (Céline Dion donc), ou un commentateur sportif au supplice. Les œuvres présentées font partie de deux séries de photographies, dans lesquelles l’artiste s’approprie, détourne et violente tous les clichés représentatifs de l’identité canadienne (Group of Seven Awkward Moments et The Canadiana Martyrdom Series).

Ces tableaux vivants surprenants et jouissifs sont le reflet d’un imaginaire collectif qui pour nous rime le plus souvent avec pancake, sirop d’érable, igloo et été indien. Ils suscitent donc irrémédiablement une inspection minutieuse en quête du moindre détail qui pourrait aider à en retrouver le contexte (dans le tableau ci-dessus par exemple, la présence du Doberman et du caniche soulève-t-elle la question du dominé/dominant dans le couple policier/sauveteur?).

Cette inspection est follement excitante, on se croirait en pleine période de Noël, comme des gosses, devant les vitrines des Galeries Lafayette, ou devant les villages miniatures illuminés, ou même, tiens, devant le calendrier de l’Avent à chercher le chocolat du jour… Où est Charlie? Pas de panique, les légendes et illustrations à côté de chaque photo offrent un précieux éclairage sur le choix du paysage et l’identité des figurines (pour Winnie, Céline Dion et le Père Noël c’est encore assez facile).

N’hésitez pas à faire un tour sur le site web de la dame, qui propose le portfolio complet de toutes ses séries de photos, composées en grande partie de figurines, mais également d’autoportraits, une réflexion sur le corps torturé et érotisé (avec toujours plein de petits animaux et de poupées, pour bien mettre à l’aise…).

Une œuvre dérangeante, drôle, cynique, violente, subversive, plus ou moins explicite, qui pointe du doigt la vacuité des identités nationales, souvent stéréotypées, et la violence des médias de masse.

Toute l’œuvre de Diana Thorneycroft questionne notre mode de vie, nos convictions, nos idoles, notre identité. Et comme c’est toujours salutaire de se faire bousculer, courrez voir cette expo!

Note : Pour les gourmands qui en veulent toujours plus, retrouvez cette artiste et toute la « nouvelle vague » canadienne dans l’exposition collective « My Winnipeg » qui s’ouvre à la Maison rouge à partir du 23 juin (première édition d’une série d’expos autour de villes aux scènes artistiques novatrices). Vous pourrez y admirer les œuvres d’artistes inconnus en France et d’autres plus familiers, comme celles du collectif General Idea, dont le travail absurde autour de leur concept et muse Miss General Idea est présenté jusqu’au 31 mai au Musée d’Art moderne de la ville de Paris.

Ces trois photographes, peintres, plasticiens et vidéastes nous offrent un univers décalé où il est beaucoup question de glamour comme outil de création et d’une critique acerbe de la société de consommation. La figure du caniche, accessoire parfait du « garçon coiffeur », sert à détourner des œuvres d’autres artistes comme Klein, mais aussi des références plus universelles, comme les positions du Kama Sutra.

Un travail décalé, mais toujours signifiant et profond, lorsqu’ils détournent par exemple le sigle LOVE de Robert Indiana.

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