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Croire ou ne pas croire, telle est la question

(c) Barsacq

Merci Lucien pour vos traits d’humeur, d’humour, vos bons mots, vos sourires, vos blagues potaches et vos histoires parfois dignes d’un roman d’espionnage. Moi qui n’aime pas la philo et qui ne crois pas en Dieu, merci d’avoir essayé de  répondre à mes questions avec une infinie patience, une pédagogie hors du commun et une passion sans bornes,  ces mêmes qualités qui faisaient de vos livres d’histoire de la philosophie un bonheur de lecture.

Vous n’avez jamais voulu écrire vos mémoires, tous ces souvenirs d’une vie partagée avec les plus illustres, et c’est bien dommage. Vous aviez décidé que seule votre pensée serait digne d’être couchée sur le papier. Acta est fabula, de toute façon. Vous n’aimiez pas les cons, moi non plus.

Je bois à votre santé, Lucien!

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Eloge de la connerie

Je voudrais vous parler du dernier petit livre du sémillant Lucien Jerphagnon, né en 1921, docteur ès Lettres (Philosophie), docteur en Psychologie, diplômé de l’École des Hautes Études, professeur émérite des Universités, dix-huit ans conseiller auprès de l’Institut international de philosophie (C.N.R.S. – U.N.E.S.C.O.), spécialiste de la philosophie antique et médiévale, membre correspondant de l’Académie d’Athènes,  membre fondateur du Centre international d’études platoniciennes et aristotéliciennes d’Athènes. Hop.

Disciple de Vladimir Jankélévitch, proche de Paul Veyne,  il est spécialiste de la pensée grecque et romaine, plus particulièrement de Saint Augustin. Petite précision people : il a été le professeur de Michel Onfray durant ses études de philosophie. Passionné par l’histoire de la pensée, il se définit comme un « aventurier, un détective » de la pensée antique et médiévale, toujours en quête de spiritualité, un « agnostique mystique ». Convaincu depuis l’âge de 4 ans de l’étrangeté monde, de la présence du divin et de la conviction de ne rien pouvoir en conclure de certain, il raconte : « Je me tenais dans un bois et je me suis tout à coup senti gorgé d’une présence insolite.Ce fut une éruption philosophie, un Pompéi métaphysique. […] Je ne me suis jamais habitué à ce qu’il y ait quelque chose plutôt que rien et je n’ai cessé d’interroger la présence des choses et de moi-même mal défini au milieu des éléments. […] J’ai su que je ne saurai jamais. C’est pour cette raison qu’il n’y aura jamais de « jerphagnonisme ». Car je n’ai pas de réponse à cette question. »

C’est homme est donc follement intéressant et de compagnie fort agréable, ce qui ne gâche rien. Il aime bien que les attachées de presse l’invitent à déjeuner et profiter un peu de la vie. Carpe diem quoi. Il invite aussi les attachées de presse à déjeuner chez lui, dans un appartement qui abrite autant de volumes que la bibliothèque d’Alexandrie.

Tous ses livres, dont beaucoup ont été publiés chez Tallandier, sont des modèles d’érudition accessible, avec des idées présentées simplement, exprimées dans un style enlevé et ponctué de traits d’humour.

Et de l’humour il en a, pour publier aujourd’hui une anthologie de la sottise chez Albin Michel.

Le personnage a en effet horreur des idées générales ni vraies, ni fausses, ni justes, ni injustes mais plutôt creuses et des penseurs sachant penser qui l’ennuient. Il préfère s’observer, se connaître, « savoir savoir » et ainsi éviter de dire et faire des conneries. Il nous propose aujourd’hui une compilation des meilleurs traits d’esprit sur la bêtise humaine depuis 28 siècles.  Une connerie bien sûr polymorphe et universelle, et surtout subjective, puisque l’on se trouve toujours être le con de quelqu’un.

Un livre à mettre entre toutes les mains, et surtout dans celles de ceux qui ne savent pas rire d’eux-mêmes et ne se prennent pas pour du caca. La forme de connerie la plus répandue il me semble.

Florilège :

« Le pouvoir en France, qu’il soit monarchique ou populaire, a toujours eu le goût des médiocres. L’intelligence y fut toujours redoutée. » François Mauriac, 1955.

« Vous pouvez le constater tous les jours : si un dîner réunit cinq personnes intelligentes et un imbécile, la conversation tombe toujours au niveau de l’imbécile. » Jean Amadou

« Ce crétin-là a suivi ce qui se dit, et il n’y a rien de plus nul. » Saint Augustin

« IMBÉCILES : ceux qui ne pensent pas comme vous. » Gustave Flaubert

« Il y a des gens qui se sont fabriqué, une fois pour toutes, une conception satisfaisante du monde… Après, ça va tout seul… Leur existence ressemble à une promenade en barque, par temps calme : ils n’ont qu’à se laisser glisser au fil de l’eau. » Roger Martin du Gard

« Soixante-deux mille quatre cents répétitions font une vérité. » Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes

« On a souvent de la reconnaissance aux gens pour les conseils qu’ils ne vous ont pas donnés. » Henry de Montherlant

« Un sot en trouve toujours un plus sot qui l’admire. » Boileau

« Qu’y a-t-il de plus lourd que le plomb? Une seule réponse :  l’imbécile ». Siracide

« Qu’ils parlent ou qu’ils pètent, cela se vaut. » Démétrios le Cynique

« L’auteur content de soi est d’ordinaire content tout seul. » Fénelon

« C’est précisément cette ubiquité, disons, spatiale et temporelle qui rend la sottise inquiétante. Tout semble en effet se passer comme si tout être humain était un sot en puissance, toujours prêt à l’être en acte, et cela depuis toujours. Ce qui n’a pas manqué de poser la questions des causes et des effets de pareille menace. Question qui a au moins l’avantage d’inviter à observer la sottise à l’action. » Lucien Jerphagnon

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