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Esprit, es-tu là?

Bon, aujourd’hui j’ai la flemme, comme tous les autres jours d’avant. Il a fait beau, c’est pour ça, j’ai eu autre chose à faire que de looser devant mon ordi. Eh ouais, week-end sportif avec jogging et piscine, et un déménagement en prime, du lourd.

Et pour une fois, je vais faire de la pub pour une publication de la bien-aimée maison d’édition qui veut bien m’employer.

Je fais donc d’une pierre deux coups, en recyclant le communiqué de presse que je viens de rédiger sur un bouquin passionnant, Histoire des maisons hantées, de Stéphanie Sauget, un de mes auteurs préférés, ultra brillante et hyper sympa avec ça.  C’est l’occasion de vous faire profiter de ma pertinente lecture, et de rentabiliser mon labeur.

J’ai toujours été fascinée depuis toute petite par les histoires de revenants et de maisons hantées. Mon frère c’était Roswell et la zone 51 , moi c’était l’exorciste, les cas de possession et autres Poltergeist (mon éducation catholique, un peu subie, disons le tout de go, y est peut-être pour quelque chose). J’avais 8 ans et je voulais absolument regarder cette foutue émission « Mystères » qui me terrorisait et me faisait passer des nuits blanches comme les dames. Une fascination-répulsion en quelque sorte. Et du coup, mes lectures étaient assorties : témoignages, romans fantastiques (le chef d’œuvre du maître Graham Masterton, Démences, n’est pas à mettre entre toutes les mains, mais je vous le conseille vivement pour meubler une nuit blanche, en tous cas, vous serez sûr qu’elle le sera…),

classiques de E.A. Poe, avec sa terrifiante nouvelle Le Chat noir, essais (Les maisons hantées, un vieux livre de Camille Flammarion, cédé par ma mère qui a toute la bibliothèque de « L’aventure mystérieuse » chez J’ai lu, publiée dans les années 70),

sans oublier les films cultes (L’exorciste donc, Hantise, un régal d’effets spéciaux, La Porte des secrets, sur une maison hantée par le vaudou en Louisiane, terrifiant!)… La biblio et la filmo étant interminables, n’hésitez pas à ajouter vos films cultes dans les commentaires.

Voici donc mon petit bla-bla sur ce passionnant traité d’hantologie, que vous trouverez dans toutes les bonnes librairies le 21 avril !

« Que nous y croyions ou non, le thème des « maisons hantées » exerce une fascination que l’on peut expliquer de bien des manières : attachement aux lieux, sensibilité physique et psychologique à l’espace, goût pour le bizarre, plaisir de se faire gentiment peur, vague croyance ou curiosité pour les fantômes, envie d’imaginer l’au-delà, questionnement métaphysique sur les traces que nous, et les autres, laissons sur notre passage… Tout cela peut nous sembler intemporel. Mais peut-on vraiment imaginer que nos peurs ou nos angoisses, même si elles semblent des invariants anthropologiques, ne soient pas des productions en partie historiques et culturelles ?

Siècle marqué par la violence de la Terreur, de la Révolution, des guerres de l’Empire et de la guerre de Sécession, par les deuils impossibles à faire et les mémoires mutilées, le xixe siècle est aussi le siècle de la révolution industrielle et de la rationalisation des sociétés occidentales. Pourtant, c’est dans ce contexte de « désenchantement du monde » que se multiplient les phénomènes de hantises : la spiritualité se replie progressivement sur la sphère privée et individuelle, et la maison devient le creuset de toutes les angoisses.

Partout en Europe, mais aussi aux États-Unis, des dizaines de cas de maisons hantées et de milliers de témoignages de « rencontres avec l’au-delà », dans les milieux sociaux les plus divers, sont signalés. On assiste à un puissant revival religieux, avec un retour de la croyance au purgatoire. C’est l’âge d’or des spirites et de leurs séances de tables tournantes, des chasseurs de fantômes, des prêtres exorcistes, des scientifiques confrontés aux les problèmes psychiques que déclenchent ces manifestations.

C’est que la maison hantée nous offre une lucarne sur les turbulences de la vie psychique et émotionnelle des contemporains et notamment sur les phénomènes de hantise non réductibles à la peur. La hantise n’est pas une émotion à proprement parler, mais c’est une réalité psychique et corporelle qui s’articule aux perceptions, à l’imagination, aux systèmes de croyance, à la construction du sujet – tous éléments dont les historiens ont montré qu’ils avaient une histoire particulièrement riche au xixe siècle.

Stéphanie Sauget nous propose ici de faire le point sur un objet d’histoire culturelle fascinant, qui n’en finit pas de revenir d’une manière ou d’une autre comme un mythe éclairant de nos sociétés post-industrielles. À travers cet essai passionnant et inédit sur un sujet qui l’est tout autant, et en s’appuyant sur de nombreuses références littéraires, artistiques, théologiques, psychologiques ou scientifiques, elle analyse la dimension humaine de ces phénomènes étranges, l’enjeu des drames privés qui font de ces maisons le cœur d’une tension entre la mémoire familiale et le patrimoine, la relation de l’individu avec la famille et le voisinage, la question de son rapport aux ancêtres, aux morts, à la descendance.

Pour une magistrale anthropologie de la maison hantée, véritable mythe moderne.

Stéphanie Sauget est agrégée et docteur en histoire contemporaine. Elle est déjà l’auteure chez Tallandier d’une histoire des gares parisiennes : À la recherche des pas perdus (2009). »

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Eloge de la connerie

Je voudrais vous parler du dernier petit livre du sémillant Lucien Jerphagnon, né en 1921, docteur ès Lettres (Philosophie), docteur en Psychologie, diplômé de l’École des Hautes Études, professeur émérite des Universités, dix-huit ans conseiller auprès de l’Institut international de philosophie (C.N.R.S. – U.N.E.S.C.O.), spécialiste de la philosophie antique et médiévale, membre correspondant de l’Académie d’Athènes,  membre fondateur du Centre international d’études platoniciennes et aristotéliciennes d’Athènes. Hop.

Disciple de Vladimir Jankélévitch, proche de Paul Veyne,  il est spécialiste de la pensée grecque et romaine, plus particulièrement de Saint Augustin. Petite précision people : il a été le professeur de Michel Onfray durant ses études de philosophie. Passionné par l’histoire de la pensée, il se définit comme un « aventurier, un détective » de la pensée antique et médiévale, toujours en quête de spiritualité, un « agnostique mystique ». Convaincu depuis l’âge de 4 ans de l’étrangeté monde, de la présence du divin et de la conviction de ne rien pouvoir en conclure de certain, il raconte : « Je me tenais dans un bois et je me suis tout à coup senti gorgé d’une présence insolite.Ce fut une éruption philosophie, un Pompéi métaphysique. […] Je ne me suis jamais habitué à ce qu’il y ait quelque chose plutôt que rien et je n’ai cessé d’interroger la présence des choses et de moi-même mal défini au milieu des éléments. […] J’ai su que je ne saurai jamais. C’est pour cette raison qu’il n’y aura jamais de « jerphagnonisme ». Car je n’ai pas de réponse à cette question. »

C’est homme est donc follement intéressant et de compagnie fort agréable, ce qui ne gâche rien. Il aime bien que les attachées de presse l’invitent à déjeuner et profiter un peu de la vie. Carpe diem quoi. Il invite aussi les attachées de presse à déjeuner chez lui, dans un appartement qui abrite autant de volumes que la bibliothèque d’Alexandrie.

Tous ses livres, dont beaucoup ont été publiés chez Tallandier, sont des modèles d’érudition accessible, avec des idées présentées simplement, exprimées dans un style enlevé et ponctué de traits d’humour.

Et de l’humour il en a, pour publier aujourd’hui une anthologie de la sottise chez Albin Michel.

Le personnage a en effet horreur des idées générales ni vraies, ni fausses, ni justes, ni injustes mais plutôt creuses et des penseurs sachant penser qui l’ennuient. Il préfère s’observer, se connaître, « savoir savoir » et ainsi éviter de dire et faire des conneries. Il nous propose aujourd’hui une compilation des meilleurs traits d’esprit sur la bêtise humaine depuis 28 siècles.  Une connerie bien sûr polymorphe et universelle, et surtout subjective, puisque l’on se trouve toujours être le con de quelqu’un.

Un livre à mettre entre toutes les mains, et surtout dans celles de ceux qui ne savent pas rire d’eux-mêmes et ne se prennent pas pour du caca. La forme de connerie la plus répandue il me semble.

Florilège :

« Le pouvoir en France, qu’il soit monarchique ou populaire, a toujours eu le goût des médiocres. L’intelligence y fut toujours redoutée. » François Mauriac, 1955.

« Vous pouvez le constater tous les jours : si un dîner réunit cinq personnes intelligentes et un imbécile, la conversation tombe toujours au niveau de l’imbécile. » Jean Amadou

« Ce crétin-là a suivi ce qui se dit, et il n’y a rien de plus nul. » Saint Augustin

« IMBÉCILES : ceux qui ne pensent pas comme vous. » Gustave Flaubert

« Il y a des gens qui se sont fabriqué, une fois pour toutes, une conception satisfaisante du monde… Après, ça va tout seul… Leur existence ressemble à une promenade en barque, par temps calme : ils n’ont qu’à se laisser glisser au fil de l’eau. » Roger Martin du Gard

« Soixante-deux mille quatre cents répétitions font une vérité. » Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes

« On a souvent de la reconnaissance aux gens pour les conseils qu’ils ne vous ont pas donnés. » Henry de Montherlant

« Un sot en trouve toujours un plus sot qui l’admire. » Boileau

« Qu’y a-t-il de plus lourd que le plomb? Une seule réponse :  l’imbécile ». Siracide

« Qu’ils parlent ou qu’ils pètent, cela se vaut. » Démétrios le Cynique

« L’auteur content de soi est d’ordinaire content tout seul. » Fénelon

« C’est précisément cette ubiquité, disons, spatiale et temporelle qui rend la sottise inquiétante. Tout semble en effet se passer comme si tout être humain était un sot en puissance, toujours prêt à l’être en acte, et cela depuis toujours. Ce qui n’a pas manqué de poser la questions des causes et des effets de pareille menace. Question qui a au moins l’avantage d’inviter à observer la sottise à l’action. » Lucien Jerphagnon

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Il neige sur la coupole…

Je suis une vraie VIP de l’édition. J’ai été invitée  à la séance publique annuelle de l’Académie Française. Im-pres-sion-nant! Un lieu mythique sis 25 quai de Conti, dont la coupole ultra classique, sobre, donc superbe, nous domine pendant toute la séance.

Les 40 membres sont annoncés et accueillis par les tambours de la Garde Républicaine. Moyenne d’âge : 80 ans. C’est parti pour une cérémonie de deux heures, avec le Discours sur les prix littéraires, par Mme Florence Delay, « Directeur en exercice », une sorte de speakerine qui a presque la même voix que belle-maman et qui passe en revue les 72 (!) prix décernés en un peu plus d’une heure. Puis c’est au tour de Mme Hélène Carrère-d’Encausse, Secrétaire perpétuel (un rocher indétrônable) qui nous raconte l’histoire de l’Académie depuis sa fondation en 1635. Pendant une bonne demi-heure. Il est 16h30, l’heure de ma baisse de forme habituelle, et je vous avoue qu’il m’est difficile de lutter. Je m’assoupis donc quelques minutes et me réveille à temps pour écouter le traditionnel et interminable « Discours sur le Vertu » par M. Jean-Luc Marion. Discours aux accents philosophiques prononcés auquel je n’ai strictement rien compris (une idée peut-être, comme ça, au vol), mais qui sera bientôt disponible sur le site de l’Académie.

Inutile de préciser qu’en cas d’assoupissement, la discrétion est de mise, et que toute quinte de toux est proscrite. Vu : une dame âgée est prise d’une toux qu’elle ne parvient pas à arrêter pendant ce fameux dernier discours. Sa voisine, qui ne semble pourtant pas la connaître, exaspérée, lui tend des pastilles pour la gorge…

Et puis c’est la cohue, les beaux vestons et les robes de soirée se bousculent, les cannes et béquilles aussi, vite il faut faire la queue pour saluer Madame le Secrétaire perpétuel, puis jouer des coudes pour obtenir la précieuse coupette de champagne, s’enfiler un maximum de petit fours et taper la discute avec les p’tites filles de la Légion d’Honneur…

Après 10 minutes passées dans cette atmosphère étouffante et embaumant la naphtaline, je retourne à mon bureau sous la neige. Ah! la neige à Paris! Un émerveillement qui revient chaque année, qui fait retomber tout bon Parisien à l’âge des batailles de boules de neige l’espace d’un instant. Bien sûr, le Parisien reprendra ensuite le cours imperturbable de sa vie parisienne.

Un livre que je viens de découvrir parle justement de l’effet produit par l’enchantement de la première neige sur le Parisien.

Ça s’appelle Dessine-moi un Parisien, c’est de Olivier Magny, et c’est chez 10/18.

Ce jeune Parisien, qui a fondé sa société de dégustation de vins aux Etats-Unis, Ô Chateau, a pris la plume pour décrire, en anglais, le mode de vie si particulier du Parisien sur son blog Stuff Parisians Like. Ce fut un carton, et on lui a proposé d’en faire un livre.

En une succession de chapitres tous plus drôles les uns que les autres (porter du noir, les sushis, le café gourmand, les plaques d’immatriculation, les tomates cerises, les Chinois, les expos, la barbe de trois jours, les p’tits week-end, les serveurs…), il décrit à merveille les comportements caractéristiques du Parisien, amusants, séduisants ou simplement très horripilants. Mais tellement vrais, pour la grande majorité des exemples donnés.

On se surprend à fouiller dans sa mémoire pour retrouver le moment où on a traité une connaissance de « beauf » ou de « gros beauf », employé le mot « putain » (très fréquent celui-là), commandé une « San Pé », ou regardé de travers un mec en chaussettes blanches et chemise à manches courtes. Et on réalise enfin pourquoi le reste de la France méprise le Parisien, comme le Parisien méprise le reste du monde, à part le New-yorkais bien entendu, son cousin germain (et non germano-pratin faut pas pousser).

Florilège : « A la seconde où il commence à neiger, le Parisien (souvent le plus oisif) observe : « Oh, il neige! », ce qu’il confirmera vite d’un « Regardez, il neige. » Les autres Parisiens s’exécutent : en effet, il neige. S’ensuivent alors des échanges pénétrants où scintillent des « J’adore la neige » ou des « C’est trop beau ». La profondeur n’est pas la moindre qualité du Parisien. »

Le Parisien ne manquera pas de se reconnaître dans le contenu de ce beau petit objet, et pour une fois, ne fera preuve d’aucune mauvaise foi à sa lecture. Il pourra même s’enthousiasmer pour ce qui constitue le cadeau de Noël parfait que tout Parisien se doit d’avoir lu et se doit d’offrir (si, si, c’est le it-book de l’année!), sous peine de passer pour un « gros beauf ». 100% mauvais esprit, mais terriblement jouissif!

Un conseil : Assurez-vous d’être vous-même parisien avant d’offrir ce livre à un Parisien. Celui-ci peut faire preuve d’auto-dérision, mais seulement avec celui qui partage les mêmes valeurs que lui.

Parlez parisien : « Hyper-sympa ce p’tit bouquin! »

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Bienvenue au cirque électrique!

Je me dois d’ouvrir cette rubrique livre par un texte que j’aime beaucoup, et depuis longtemps. J’en ai aimé l’idée tout de suite, surtout qu’elle a pris naissance autour d’un white russian dans un bar lounge de la capitale.

Le portrait de Jimi Hendrix par Frédéric Martinez est tout simplement bouleversant. Il raconte avec fulgurance la vie tout aussi fulgurante d’un type qui voulait juste expérimenter le son de sa guitare, et qui devint l’ange déchu du rock que l’on connait. On y découvre en 17 chapitres les moments forts de sa vie, sa première guitare, ses premiers concerts, ses premières défonces. Un livre extrêmement empathique pour celui qu’il met en scène. Le récit, court et nerveux, donne la parole à Jimi, et entraîne le lecteur dans la chute de l’icône. A mesure que la fin approche (ou plutôt que le mythe commence), que le récit se fait plus ténu, que les phrases de resserrent et que la ponctuation disparaît, le pouls du lecteur s’accélère, comme sous l’effet d’une drogue. Alors le trip peut commencer…

En vente dans toutes les bonnes libraires et sur le net. Publié aux éditions Tallandier (quand même!). Au passage, le livre a été salué par la critique :)

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