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Trois petits livres…

Cette semaine, j’ai enfin repris mon mode de lecture intensif, après une grosse flemme, une grosse addiction ciné/séries (comme vous aviez pu vous en rendre compte en lisant mes derniers posts), et une dépendance à la lecture de la presse en tout genre, boulot oblige.

Je viens de dévorer trois livres d’affilée.

Le premier s’appelle Quand j’étais Superman, et il est émouvant. Superman, c’est l’ex-rugbymen Raphaël Poulain, très mignon sur la couverture, grand gaillard blond tenant un ballon du Stade Français, qui a égayé une paire de calendriers, et la vie nocturne d’une paire de nénettes (et de mecs aussi).

J’avais lu son portrait dans L’Express, et le journaliste mettait en avant le côté pas du tout niais ni bâclé du livre, et la sincérité avec laquelle ce pauvre bougre raconte ses malheurs à celui qui l’aide à écrire, Thomas Saintourens (enfin un écrivain et un éditeur honnêtes, soit dit en passant).

Il commence le rugby à l’âge de 7 ans, est champion de France junior à 17, mais n’a jamais joué aucune des six finales de son club. Toujours sur le banc ou dans les tribunes. Toujours blessé sur le terrain et au-dehors. Toujours à faire le con, à faire la fête dans les boîtes à la mode, les cafés de Saint-Germain des Prés, à boire, à fumer, à draguer, à accepter des paris puérils comme un banal bras de fer avec un gentil lycéen qui lui coûte d’ailleurs les nerfs de son bras…

Toujours à la poursuite d’une gloire qui ne vient pas, d’un semblant de reconnaissance qu’il ne trouvera jamais sur le terrain, le colosse de muscle aux os de verre cédera à tous les excès, fera toutes les conneries (piquer un cheval en plastique au Salon de l’Agriculture, mettre – malencontreusement –  le feu à la chevelure d’une conquête d’un soir parce que trop bourré pour se rendre compte qu’il la pousse vers la bougie du bar, rouler vite, boire du rhum par hectolitres et manger comme un porc, à s’en faire vomir, prendre un médoc pour bander une semaine et voir quel effet ça fait, tester la vie de SDF, servir aux Restos du coeur, vivre avec le RSA après avoir touché 9000 € par mois, et brader tous ses souvenirs d’enfance et de rugby sur une brocante pour pouvoir payer son loyer. Pas mal pour un seul homme. Il finit  sur les planches aux côtés d’Adjani (un petit rôle muet de bourreau, certes), partage une colloc avec son pote Tahar Rahim, et réussit quand même à s’aimer enfin et à penser à l’avenir.

Une belle histoire, crue, émouvante et forte, parfois drôle, et si humaine. On aurait bien envie de lui faire un câlin à ce gros nounours-là.

Le livre suivant est érudit, on le dévore bouche bée, comme tous les livres de son auteur. Paris sous tension, d’Eric Hazan, paru aux éditions La Fabrique, est un petit précis du Paris révolutionnaire et du Paris qui bout sous le couvercle de sa cocotte.

Point ici de promenades tranquilles et de flâneries légères (excepté pour faire revivre les quartiers pauvres du Paris romantique, repaires de truands et d’ouvriers, devenus des repaires de hipsters), il est question du Paris des résistants de 1814, des insurgés de 1848,  de la Commune, et de leurs successeurs d’aujourd’hui, Chinois de Belleville, Indiens du 10ème, Maghrébins de Barbès et Africains de Château rouge, toute cette population que les adeptes du « Grand Paris » veulent voir quitter au plus vite la capitale. Le casse-tête est bien sûr de les envoyer aux tréfonds du Grand Paris à la périphérie, et sans option de retour. Un des urbanistes (ah, les urbanistes, grands amis de l’auteur…) participant au concours organisé à l’initiative de Sarko sur ce Paris en plus grand a d’ailleurs proposé qu’on supprime la gare du Nord, pour stopper ce flux de populations de banlieues traditionnellement rouges qui se précipitent vers la capitale pour y troubler l’ordre public.

Les autorités auront beau aseptiser le tout avec des espaces verts (pratiques quand on n’a plus d’idées) et des immeubles pseudo modernes, le vernis est prêt à craquer selon l’auteur. J’en retiendrai surtout de ce livre la maxime de Talleyrand qui résume fort bien le propos de l’auteur et toute l’histoire des Parisiens : « On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus »… Méfiez-vous bobos des quartiers aseptisés, vidés de leur jus révolutionnaire (Bastille, Faubourg Saint-Antoine, République) et populaire (Hôtel de ville, Saint-Paul, Châtelet), le Paris prolo est encore là, plus au Nord-Est, certes, mais il bouge encore.

Enfin, je terminerai ce petit aperçu de ma bibliothèque par une bio romancée qui augurait du meilleur, mais qui s’avère une grosse déception (merci les critiques littéraires pour vos conseils avisés).

Il s’agit de Jayne Mansfield 67, de Simon Liberati, qui raconte en un peu moins de 200 pages (pour 16 €, quand même) les derniers mois de la vie de la célèbre pin-up morte à 34 ans, aux perruques ultra-kitch (Amy Winehouse n’a rien inventé) et au talent d’actrice médiocre mais qui cultivait à merveille son personnage de blonde trash. Birtney Spears et Lindsay Lohan l’aurait adorée.

Sa carrière qui n’a jamais vraiment décollé (quelques navets à la limite du porno au mieux et une apparition au festival de Cannes) s’effondre avec la chute des Studios Hollywoodiens et leur star-system, et l’essor de la télévision et du cinéma d’auteur pour intellos. A défaut de talent et d’obtenir des critiques pour ses films, elle remplit les pages des magazines people par ses frasques, et préfigure ainsi toutes les célébrités de ce début de millénaire, des personnalités sans talent et sans étoile, socialites portées aux nues et humiliées pour leurs attitudes scandaleuses et leur potentiel à faire vendre ces feuilles de chou.

Le personnage est complexe, la légende réelle, mais on ne saura rien dans le livre de cette blonde peroxydée (et perruquée pour avoir abusé des talents de son coloriste), si ce n’est qu’elle avait un Q.I. de 163, qu’elle abusait de substances illicites (du LSD en particulier), de médoc et de whisky, qu’elle était bipolaire et que ses crises ne faisaient que s’aggraver, qu’elle avait une fascination pour le satanisme et qu’elle fréquentait un des maîtres de la discipline les derniers mois de sa vie (on a d’ailleurs beaucoup parlé de malédiction), qu’elle aimait plaire et choquer à la fois, qu’elle aimait les hommes mais qu’elle voulait rester maîtresse de son destin en payant ses facture seule (elle gagnait très bien sa vie avec ses shows douteux). Ce ne fut pas le cas de sa rivale Marilyn Monroe (Jayne fut lancée par les studios pour lui faire concurrence) qui connut la gloire et la postérité (son réel talent d’actrice fut reconnu sur le tard), mais très peu le succès et l’indépendance financière et sentimentale.

Ah oui, on sait aussi à la lecture du livre de Liberati que Jayne aimait le rose et les chihuahua, et ses enfants, bien qu’elle fut accusée de mauvais traitements sur eux.

On saura évidemment tout dans ce livre sur l’accident de voiture qui causa sa mort, comment son crâne fut décalloté et son visage réduit en bouillie quand sa Buick Electra vint s’encastrer sous la remorque d’un poids lourd sur une route déserte et sombre de Louisiane. Ah oui, on sait aussi maintenant que la barre protectrice installée derrière les remorques est appelée familièrement pas les routiers « The Mansfield bar »…

Les premières pages sont les meilleures, puis c’est un enchaînement décousu de noms inconnus, de personnages jetés pêle-mêle, de précisions sans intérêts, d’abus de parenthèses, utilisées comme des figures de style (or, il n’y a pas de style), de faits sans lien les uns avec les autres, de dialogues poisseux, de vulgarité gratuite sans queue ni tête, d’approximations dans la construction des phrases. Le travail semble bâclé, comme si l’auteur avait commencé avec enthousiasme en s’essoufflant en route, sans savoir comment mettre un point final à son manuscrit. Je sais, on ne peut pas comparer ce qui n’est pas comparable, mais quand on a lu Blonde de Joyce Carol Oates, sur la vie (un poil romancée, mais avec quel talent!) de Marilyn, on devient plus difficile. A quand la vraie bio de Jayne Mansfield?

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Rions un peu, ça détend.

Aujourd’hui, j’ai plein de trucs à partager avec vous. Mais comme j’ai toujours plein de trucs à partager, ça peut durer des plombes. Je vais donc tenter de faire court autant que faire se peut (j’adore cette expression qui ne veut rien dire). En ce moment, je suis sur les nerfs, j’en ai plein le cul de ce temps de merde, de ce mois pourri qui vient de commencer mais qui n’en finit pas (heureusement, il est court) et j’ai grave envie de partir au soleil. Mais voilà, n’étant pas Crésus, ben je peux pas. Il me fallait donc une bonne tranche de bidonnade pour me remettre d’aplomb. Voilà qui est fait.

Mais d’abord, un bon coup de gueule (de boule aussi, mais virtuellement c’est pas facile). J’ai appris (hier) que Christophe Maé a été fait Chevalier des arts et des lettres par M. Frédéric Mitterrand. Oh putain. De mieux en mieux. A quand le Molière pour Mozart l’opéra rock???

Passons sur cet incident culturel/faute de goût à la française (assez courant en ce moment il faut bien l’avouer). Je reviens de l’exposition « Paris avant-après », proposée à partir d’aujourd’hui et ce jusqu’au 24 février à l’Académie d’architecture (9 place des Vosges dans le 3ème à Paris). On y présente des photos réalisées par Charles Marville entre 1858 et 1868 sur le demande du baron Haussmann, pour immortaliser l’aspect de Paris et ses ruelles tortueuses avant les grands travaux. Ces photos sont accolées à d’autres photos en noir et blanc, prises tout récemment à l’initiative de l’historien Patrice de Moncan, en respectant l’angle de prise de vue de l’époque.

Bluffant. Court (50 tirages), mais saisissant. Paris y apparaît comme un village (désert, puisque les expropriations avaient déjà pris effet au moment de la réalisation de certains clichés), aux minuscules ruelles sombres et sales, aux passages couverts de boues et aux façades peu avenantes, faites de bric et de broc. Ça devait pas être funky à la nuit tombée dis donc, ambiance Jack L’éventreur… On y découvre aussi que le parc des Buttes Chaumont a été créé de toutes pièces sur une décharge publique, la plus grande de Paris, puis sur un ancien site d’équarissage où on installait occasionnellement les gibets de potence. Sympa. Rien n’y poussait, le sol étant hyper calcaire, et on l’appelait le Mont Chauve. C’est vrai que la nuit, y’ a un petit côté « le jardin de la maison hantée de Disneyland »… On y voit aussi les bouibouis construits à l’arrache aux alentours de Belleville, sorte de bidonville de l’époque, zone de non-droit où les policiers de pénétraient pas. Quel bel exemple de gentrification…

Outre le catalogue de l’expo qui présente davantage de vues et d’explications, paru aux éditions du Mécène, je vous conseille la lecture du déjà classique L’invention de Paris, d’Eric Hazan (brillant fondateur de la non moins brillante maison d’édition La Fabrique), dont la lecture ne cesse de me passionner. Son sous-titre est déjà plein de promesses : « Il n’y a pas de pas perdus ». Pour les curieux qui aiment se promener à Paris le nez en l’air en guettant les plaques commémoratives (du style « ici a fait pipi Van Gogh ») et en se demandant à chaque porte cochère ou station de métro « mais comment c’était avant? », il vous faut lire cette bible de la création de Paris, un livre érudit et exigeant, bourré de références littéraires et cinématographiques, et qui pourra même vous faire oublier les petits désagréments de la vie parisienne (si, si).

Je tiens également à partager la trouvaille culinaire (merci Monsieur G.) où j’ai dégusté un délicieux burger avant l’expo (pardon M. Dukan). C’est au restaurant Les Bonnes Sœurs, à côté de la Place des Vosges. Ils proposent aussi de belles salades thaï ou au chèvre grillé, des succulents cheesecakes ou de la mousse au nutella, et avec en prime du très bon vin à prix doux. Je ne le donnerai pas deux fois ce it-plan hein.

Je suis une femme très active comme vous le savez sûrement déjà. Dans cette journée fort remplie, j’ai également eu le temps d’assister au Théâtre du Rond-Point au dernier spectacle du grand, de l’immense, de l’énormissime Christophe Alévêque. Comme prévu, j’ai failli tomber de mon siège une bonne douzaine de fois pendant ce spectacle d’une heure et demie (mais heureusement, il y avait des accoudoirs).

Ceci est de la propagande pure et dure, j’assume. Ce mec est génial et son spectacle d’utilité publique. Il devrait d’ailleurs être remboursé par la Sécu. Mais comme il le dit si bien, il l’a déjà suggéré à la Grosse Roselyne, mais c’est pas sûr que ça passe.

Alors, oui, il n’y va pas avec le dos de la cuillère, il y va même au tractopelle, mais putain ça fait du bien. « Attention, je préviens, je n’aurai aucune limite, je lâche les chiens. » Et devinez qui qui va morfler? Un certain petit mec plein d’énormes tics. Et toute la courette. Les journalistes aussi, qui parfois ne l’ont pas volé. Ils sont même au centre de ce nouveau spectacle qui laisse une grande place à l’impro puisqu’il s’agit de commenter l’actualité. (Ça s’appelle d’ailleurs « Les monstrueuses actualités de Christophe Alévêque »). Et le pauvre a du boulot, à éplucher la presse et à préparer chaque jour plein de fiches pour le soir même, qu’il n’a pas le temps de toutes utiliser tellement on nous bourre de conneries toute la journée. Je sais de quoi je parle, je suis attachée de presse, et je la lis, la presse.

Il a crée un concept (pas nouveau je vous l’accorde, mais le nom me plaît) : celui des « épouvantails à cons ». Le principe est simple : si j’ai dans la main droite un énorme problème (au choix les retraites, le bouclier fiscal, MAM sur la Tunisie, les Roms) et que je secoue fort ma main gauche, vers quelle main vos yeux se tourneront? Au choix : la neige (pardon les épisodes neigeux)/l’Affaire Bettencourt/la burqua/AQMI/Al Quaïda/la grippe mexicaine/aviaire/porcine/A/H1N1, et j’en passe.

Bon, je peux pas en dire plus, sinon je vais spoiler et tout gâcher. En plus, il la chante la folie humaine, en mettant en musique tous les derniers faits divers des journaux (il parle de Laetitia et du petit Grégory, oui, et on a même ri, mais mieux vaut en rire qu’en pleurer comme on dit). Il met un peu le blues, son spectacle, la vérité n’est pas bonne à entendre, mais de temps en temps, c’est salutaire. Le jour où ce mec se taira, c’est que tout ira bien. On a encore pas mal d’occasions de l’entendre, à mon avis. Bref, vous avez compris, vous avez jusqu’au 20 février pour vous faire stimuler le bulbe et la conscience, une occasion bien rare de nos jours et donc à ne pas manquer.


Petit aparté : j’ai bien ri en sortant du spectacle (j’étais déjà bien échauffée comme vous vous en doutez). Dans le couloir du métro, j’entends au loin une mélodie au saxo reconnaissable entre mille : celle du slow ultra kitsch de Geroge Michael, Careless Whisper.

Sauf que le mec au saxo était plutôt ventripotent (carrément obèse), entièrement vêtu de kaki militaire, et ne collait pas du tout à l’imaginaire de cette chanson dégoulinante. Là, j’ai eu un énorme fou-rire en imaginant le mec en poum-poum short bicolore. Je sais, c’est nul, mais ça détend.

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