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Il était une fois le vibro

Je vous conseille un excellent film, Oh my God!, comédie anglaise jouissive (elle était facile) et légère sur l’invention du godemiché, du vibromasseur plus précisément.

Nous sommes à la fin du XIXe siècle et le Dr. Mortimer Granville (Hugh Dancy, très beau garçon), en avance sur son temps et horrifié par la médecine moyenâgeuse encore pratiquée (saignées et ignorance des germes et microbes), se fait virer de tous les hôpitaux et atterrit dans le cabinet d’un médecin spécialiste de l’hystérie féminine (pléonasme, « hystérie » venant d' »utérus »), le Dr. Dalrymple. Il y apprend que pour soigner l’hystérie, il va falloir qu’il use avec abondance de sa main droite, pour prodiguer des massage utérins à toutes ces femmes en quête de bien-être et de paix.

En effet, à cette époque extrêmement prude et misogyne, la mélancolie, le  mal-être et l’extrême nervosité d’une femme sont à chercher du coté d’un mari négligent, ou d’un veuvage,  mais toute femme un peu indépendante (et surtout « vieille fille ») est considérée comme folle et bonne à enfermer. Et comme on pense encore que le plaisir féminin ne peut provenir que de l’acte de pénétration vaginale, cela ne pose aucun problème, pour calmer tout signe d’hystérie, de faire appel à un médecin ou une infirmière pour procéder à une stimulation manuelle du clitoris , qui conduira à un « paroxysme » et au soulagement des tensions.

Vous vous en doutez, l’affaire du Dr. Dalrymple est florissante, et le devient d’autant plus avec le talent du jeune Mortimer. Le rythme des consultations est effréné, et la crampe de la main ne tarde pas à surgir. C’est là qu’intervient l’ami de Mortimer, joué par Rupert Everett (hilarant en dandy loufoque, tout en retenue et espièglerie – son visage figé par le bistouri n’aidant pas à l’expressivité…).

Passionné par la toute nouvelle fée électricité, il s’invente l’ancêtre du ventilateur qu’il nomme « plumeau », et que Mortimer va détourner pour stimuler le clitoris de ses patientes…

Evidemment, une histoire d’amour couve dans cette comédie réjouissante, et le personnage de femme de caractère, presque féministe en avance elle aussi sur son temps, interprétée par une Maggie Gyllenhaal inspirée, va défier ce jeune homme et le pousser à changer sa vie.

Je n’en dis pas plus, mais attendez bien la fin du générique avant de quitter la salle, il ne faut pas louper le florilège des plus beaux vibromasseurs, des débuts à nos jours (on passe du sèche-cheveux au canard souriant, quel voyage).

Si vous êtes intéressé(e) par ce sujet et souhaitez creuser la question, voici trois conseils de lecture :

L’Affaire Rouy, de Yannick Ripa (éditions Tallandier), qui raconte l’histoire de cette jeune pianiste indépendante et célibataire, enfermée dans un asile sur ordre de son demi-frère voulant ce débarrasser du fardeau qu’elle représente. Enfermée pendant 14 ans, rayée de la carte, elle finira par être libérée par des administrateurs plus éclairés, et à demi-folle pour de bon, cette fois.

Histoire sommaire de la maladie et du somnambulisme de Lady Lincoln, des Dr. Koreff et Wolowski (éditions Tallandier). Ceci est un journal tenu par deux médecins, dont un Français magnétiseur, chargés de soigner une jeune Anglaise atteinte d’hystérie et de véritables crises de catatonie, de paralysie et de démence, comme si elle était possédée (elle parvient au cours d’un séance à se déboiter la mâchoire et la hanche une dizaine de fois sans paraître ressentir la douleur). Pour la soigner, les médecins ont recours au « somnambulisme » (à l’hypnose en réalité) et aux massages de la vulve. La femme semble faire des progrès mais la famille finit par lui interdire les consultations, sur pression du mari. On apprendra ensuite que les crises ont subitement disparu après son divorce. Elle s’était en effet plainte d’un mari qui la délaissait et avec lequel elle n’avait aucun point commun… Réalité ou jeu dangereux, le mystère reste entier mais le témoignage est saisissant et l’on serait tenté d’y croire. Le corps a pu ici exprimer de façon inconsciente un mal-être et réagir violemment aux carcans d’un quotidien morne et oppressant.

Technologies de l’orgasme. Le Vibromasseur, l’hystérie et la satisfaction sexuelle des femmes, de Rachel Maines (éditions Payot).  Dans cet ouvrage passionnant, l’historienne montre comment l’orgasme féminin a toujours été l’objet de luttes, en étudiant l’histoire du vibromasseur et les techniques de masturbation féminine. Utilisées depuis l’Antiquité à usage médical, comme un acte thérapeutique, puis pour excuser les ratés de la vie conjugale en pathologisant la sexualité féminine, elle sont devenues techniques érotiques utilisées par les femmes et ont fait du vibromasseur l’étendard de la la liberté sexuelle féminine.

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