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A la pointe du bic

Je ne savais pas que l’on pouvait faire autant de choses avec un bic. Sur une feuille de papier j’entends, pas pour se curer les oreilles (mais qui fait encore cette chose dégoûtante de nos jours?).

Je l’ai découvert à la galerie Gabriel & Gabriel, avec la toute nouvelle expo Neo-Portrait, expo collective d’une génération d’artistes autour du portrait.

On peut y admirer des oeuvres déjà exposées de photographes brillants et inventifs comme Ahmed Terbaoui, Videographik, Jobudenz.

Un des lonesome cowboy de Videographik, au grain si particulier…

Mais ce qui a définitivement emporté mon suffrage, ce sont deux artistes qui oeuvrent uniquement avec un stylo Bic. Sérieusement. Le bic orange tout con qui sert à remplir les grilles de Sudoku dans le métro (je ne remplis JAMAIS de Sudoku dans le métro ou ailleurs, je déteste le Sudoku.)

David Bideau, son truc, c’est les Red necks, ces Ricains des contrées lointaines et paumées,  à la tête très près du bonnet. Ils aiment la chasse, les coiffures en choucroute, les armes à feu et les bois de cerf. Tous ces portraits sont trouvés sur le net par l’artiste (ah, le fourre-tout magique de Flick’r). Oui, pour de vrai, il y a des vrais gens derrière ces photos ultra kitch. Ces images, minutieusement superposées, décalées, gommées, hachées, sont reconstituées à la pointe du bic, pour donner corps à des monstres du quotidien, la réalité des white trash, la classe américaine  rurale et populaire.

On ne peut que saluer la dextérité et la finesse du propos de l’artiste et penser, du moins sur le fond, au travail de Cindy Sherman, photographe américaine qui depuis plus de trente ans se grime et se tire le portrait, dans une critique acerbe  d’une société américaine glauque et vaine à force de consumérisme.

Sarah Esteje, photographe de formation, nous offre un voyage à travers l’animal, et l’animalité en nous, avec des portraits captivants et dérangeants, d’une incroyable finesse. Qu’il s’agisse d’un poulpe croqué au détail près, si précis qu’on pourrait le croire réel et presque percevoir la texture de sa peau, ou d’images inspirées de films pornos (gay ou non), qui vous chatouillent l’imagination. Impossible de rester de marbre devant tant de sensualité.

Je vous invite vivement à faire un tour à la Galerie Gabriel & Gabriel, 68 rue du Vertbois dans le 3ème arrondissement de Paris, mais également sur le site d’une autre reine du stylo bic, Carine Brancowitz, une Française de l’école Estienne, très orientée mode, et qui offre déjà ses talents à de nombreux magazines, labels et marques (comme BIC, et oui!).

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Classé dans Une nuit au musée (ou à la galerie), Va voir là-bas si j'y suis!

Soyons gais et lyriques

Hier, par ce bel après-midi d’été (avec des températures encore plus chaudes qu’à la même époque en 1976, ça promet pour cet été), je suis allée me promener du côté de la Gaité lyrique, ce nouveau lieu qui « explore les cultures numériques sous toutes leurs formes : musique, cinéma, cinéma d’animation, théâtre, danse, arts visuels, design, design graphique, motion design, film musical, architecture, programmation informatique, art du code, web, jeu, mode, etc. » Ça fait beaucoup et c’est déjà pas mal. Et de fait, le concept est plutôt réussi et efficace.

Inauguré en grande pompe tout début mars 2011, et avec pas mal de couacs (notamment un site web pas super au point, un peu ballot pour un lieu qui met en avant les cultures numériques) et des files d’attente mémorables les premiers jours devant des guérites un peu cheap improvisées pour l’occasion (il faut dire que le service de presse de la mairie s’est bien arraché, on ne parlait que de cet événement très parisien dans toute la presse), la Gaité lyrique tient ses promesses. Enfin un lieu contemporain et futuriste à la fois, qui contredit un peu et pour notre plus grande satisfaction l’image poussiéreuse et figée de Paris-ville musée.

La programmation a commencé fort avec une semaine dédiée à la ville de Berlin et à sa culture musicale et visuelle (concert, conférence « Berlin Sounds » autour de la musique électronique berlinoise, projection de courts métrage d’animation et de documentaires avec la DJ Ellen Allien notamment). Je me suis donc précipitée pour acheter la carte unique d’adhésion, valable jusqu’en août 2011 et qui permet de bénéficier d’entrées gratuites aux expos, projections et conférences, et de réductions significatives sur les concerts.

Les performances proposées lors de la semaine d’ouverture ont été tour à tour déconcertantes, dérangeantes, envoûtantes. Le mot « déroutant » revient souvent lorsque je parle de ce lieu, hybride et unique, qui a conservé le foyer du théâtre de l’époque, mais qui ouvre au visiteur émerveillé ses trois niveaux, ses couloirs orange fluo et ses salles comme des cubes dans un cube (une salle de concert et une petite salle de performance).

Pêle-mêle, on y a vu des acteurs habillés de noir et blanc, immobiles, face aux visiteurs, qui attendaient pour se mouvoir que l’on trouve le courage et la curiosité de passer parmi eux (déconcertant donc), des femmes-robot, un mur de visage (ceux de tous les visiteurs filmés avec une petite caméra et projeté en damier et aléatoirement), une chambre sonore, aux murs capitonnés de blanc, à l’éclairage bleu banquise ou rouge Amsterdam, une salle « matrice », où le visiteur est soumis à une expérience peu sécurisante et troublante dans une salle noire, remplie d’un martèlement fort et des lasers puissants qui le balayent tel un prisonnier en pleine évasion) ou encore une salle remplie de néons lumineux qui tombent du plafond, rouges ou blancs, dont le clignotement et l’intensité varient selon le nombre de visiteurs dans la pièce, synchronisés avec des sons métalliques de plus en plus forts. On évolue librement à travers ce champ de bataille visuel et sonore, en interaction avec l’œuvre, et c’est ce qui rend l’expérience unique. Enfin, l’installation du miroir/écran qui reproduit les mouvements filmés par une caméra en slow-motion et en décalé donne un sentiment très troublant de dédoublement de soi.

L’exposition actuelle, « Super-Computer-Romantics » par Matt Pyke & Friends, est tout aussi bluffante. On passe d’un mur de projection géant qui voit deux danseurs avancer contre un vent violent et se désagréger en pixels, à une salle (toujours la petite salle aux performances qui abritait aussi une djette berlinoise) dont les murs sont entièrement recouverts de petites figures géométriques et colorées, qui bougent et se coordonnent au son d’une musique électronique tribale aux accents vaudou. Le test de Rorschach n’est pas loin, et ces petites silhouettes difformes semblent danser et/ou copuler, c’est selon. On est pris d’une folle envie de bouger sur cette musique transcendantale, plongé dans le noir, du son plein les oreilles, des couleurs plein les mirettes. Une expérience unique dont on ressort béat.

Nous attend ensuite un grand monolithe noir, dans lequel le visiteur peut glisser son visage (ou ses mains)  et se retrouver dans une plus petite boîte faite de miroirs, qui semble contenir toutes les étoiles de l’univers. 2001, l’odyssée de l’espace.

Le clou du spectacle est quand même cette écran sur lequel défile l’image d’un monstre, tête, torse, bras et jambes, dont les pas lourds résonnent en basses profondes dans toute l’exposition. Cet être se métamorphose au fil de sa marche, en évoluant à travers les différents états de la matière, tour à tour feu, eau, métal, molécule, poil, ambre, pierre, or, et le bruit de ses pas est accompagné du son que fait la matière qui s’entrechoque (bruissement, bruits métalliques, billes qui roulent). Tout simplement hypnotisant, hallucinant.

Ce week-end, c’est le producteur et animateur de radio Gilles Peterson qui propose un tour du monde de découvertes musicales et le week-end prochain, les 28 et 29 mai, la Gaité lyrique nous donne à vivre une « expérience japonaise », autour de la créativité nippone en musique, art numérique et performance.

Vraiment, ça vaut le coup, ne vous privez pas d’une expérience unique qui surprend les sens et bouleverse les repères.

Et d’une pierre deux coup, faites donc un petit tour à la Galerie Gabriel&Gabriel, rue du Vertbois, dont je vous avais déjà parlé, et qui nous propose pour sa quatrième exposition de découvrir l’univers de l’Artiste-Ouvrier, magicien du pochoir et de la bombe de peinture. Il fait naître à coups de dentelles de papier savamment superposées des œuvres magiques et mystiques, telle La Vierge dans la forêt, pièce maîtresse de l’exposition, ou encore  ses versions des Raboteurs, de Caillebotte. A l’initiative de la Galerie, l’artiste propose cette fois ses œuvres sur du plexiglas en couleur ou sur des blocs de béton en noir et blanc, en plus de son précédent travail réalisé sur des anciens tiroirs ou des vinyls.

Et comme mes galeristes préférés ont été portraiturés et paulettisés à merveille, je ne résiste par à vous faire  cliquer ici.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon voyage!

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