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Rions un peu, ça détend.

Aujourd’hui, j’ai plein de trucs à partager avec vous. Mais comme j’ai toujours plein de trucs à partager, ça peut durer des plombes. Je vais donc tenter de faire court autant que faire se peut (j’adore cette expression qui ne veut rien dire). En ce moment, je suis sur les nerfs, j’en ai plein le cul de ce temps de merde, de ce mois pourri qui vient de commencer mais qui n’en finit pas (heureusement, il est court) et j’ai grave envie de partir au soleil. Mais voilà, n’étant pas Crésus, ben je peux pas. Il me fallait donc une bonne tranche de bidonnade pour me remettre d’aplomb. Voilà qui est fait.

Mais d’abord, un bon coup de gueule (de boule aussi, mais virtuellement c’est pas facile). J’ai appris (hier) que Christophe Maé a été fait Chevalier des arts et des lettres par M. Frédéric Mitterrand. Oh putain. De mieux en mieux. A quand le Molière pour Mozart l’opéra rock???

Passons sur cet incident culturel/faute de goût à la française (assez courant en ce moment il faut bien l’avouer). Je reviens de l’exposition « Paris avant-après », proposée à partir d’aujourd’hui et ce jusqu’au 24 février à l’Académie d’architecture (9 place des Vosges dans le 3ème à Paris). On y présente des photos réalisées par Charles Marville entre 1858 et 1868 sur le demande du baron Haussmann, pour immortaliser l’aspect de Paris et ses ruelles tortueuses avant les grands travaux. Ces photos sont accolées à d’autres photos en noir et blanc, prises tout récemment à l’initiative de l’historien Patrice de Moncan, en respectant l’angle de prise de vue de l’époque.

Bluffant. Court (50 tirages), mais saisissant. Paris y apparaît comme un village (désert, puisque les expropriations avaient déjà pris effet au moment de la réalisation de certains clichés), aux minuscules ruelles sombres et sales, aux passages couverts de boues et aux façades peu avenantes, faites de bric et de broc. Ça devait pas être funky à la nuit tombée dis donc, ambiance Jack L’éventreur… On y découvre aussi que le parc des Buttes Chaumont a été créé de toutes pièces sur une décharge publique, la plus grande de Paris, puis sur un ancien site d’équarissage où on installait occasionnellement les gibets de potence. Sympa. Rien n’y poussait, le sol étant hyper calcaire, et on l’appelait le Mont Chauve. C’est vrai que la nuit, y’ a un petit côté « le jardin de la maison hantée de Disneyland »… On y voit aussi les bouibouis construits à l’arrache aux alentours de Belleville, sorte de bidonville de l’époque, zone de non-droit où les policiers de pénétraient pas. Quel bel exemple de gentrification…

Outre le catalogue de l’expo qui présente davantage de vues et d’explications, paru aux éditions du Mécène, je vous conseille la lecture du déjà classique L’invention de Paris, d’Eric Hazan (brillant fondateur de la non moins brillante maison d’édition La Fabrique), dont la lecture ne cesse de me passionner. Son sous-titre est déjà plein de promesses : « Il n’y a pas de pas perdus ». Pour les curieux qui aiment se promener à Paris le nez en l’air en guettant les plaques commémoratives (du style « ici a fait pipi Van Gogh ») et en se demandant à chaque porte cochère ou station de métro « mais comment c’était avant? », il vous faut lire cette bible de la création de Paris, un livre érudit et exigeant, bourré de références littéraires et cinématographiques, et qui pourra même vous faire oublier les petits désagréments de la vie parisienne (si, si).

Je tiens également à partager la trouvaille culinaire (merci Monsieur G.) où j’ai dégusté un délicieux burger avant l’expo (pardon M. Dukan). C’est au restaurant Les Bonnes Sœurs, à côté de la Place des Vosges. Ils proposent aussi de belles salades thaï ou au chèvre grillé, des succulents cheesecakes ou de la mousse au nutella, et avec en prime du très bon vin à prix doux. Je ne le donnerai pas deux fois ce it-plan hein.

Je suis une femme très active comme vous le savez sûrement déjà. Dans cette journée fort remplie, j’ai également eu le temps d’assister au Théâtre du Rond-Point au dernier spectacle du grand, de l’immense, de l’énormissime Christophe Alévêque. Comme prévu, j’ai failli tomber de mon siège une bonne douzaine de fois pendant ce spectacle d’une heure et demie (mais heureusement, il y avait des accoudoirs).

Ceci est de la propagande pure et dure, j’assume. Ce mec est génial et son spectacle d’utilité publique. Il devrait d’ailleurs être remboursé par la Sécu. Mais comme il le dit si bien, il l’a déjà suggéré à la Grosse Roselyne, mais c’est pas sûr que ça passe.

Alors, oui, il n’y va pas avec le dos de la cuillère, il y va même au tractopelle, mais putain ça fait du bien. « Attention, je préviens, je n’aurai aucune limite, je lâche les chiens. » Et devinez qui qui va morfler? Un certain petit mec plein d’énormes tics. Et toute la courette. Les journalistes aussi, qui parfois ne l’ont pas volé. Ils sont même au centre de ce nouveau spectacle qui laisse une grande place à l’impro puisqu’il s’agit de commenter l’actualité. (Ça s’appelle d’ailleurs « Les monstrueuses actualités de Christophe Alévêque »). Et le pauvre a du boulot, à éplucher la presse et à préparer chaque jour plein de fiches pour le soir même, qu’il n’a pas le temps de toutes utiliser tellement on nous bourre de conneries toute la journée. Je sais de quoi je parle, je suis attachée de presse, et je la lis, la presse.

Il a crée un concept (pas nouveau je vous l’accorde, mais le nom me plaît) : celui des « épouvantails à cons ». Le principe est simple : si j’ai dans la main droite un énorme problème (au choix les retraites, le bouclier fiscal, MAM sur la Tunisie, les Roms) et que je secoue fort ma main gauche, vers quelle main vos yeux se tourneront? Au choix : la neige (pardon les épisodes neigeux)/l’Affaire Bettencourt/la burqua/AQMI/Al Quaïda/la grippe mexicaine/aviaire/porcine/A/H1N1, et j’en passe.

Bon, je peux pas en dire plus, sinon je vais spoiler et tout gâcher. En plus, il la chante la folie humaine, en mettant en musique tous les derniers faits divers des journaux (il parle de Laetitia et du petit Grégory, oui, et on a même ri, mais mieux vaut en rire qu’en pleurer comme on dit). Il met un peu le blues, son spectacle, la vérité n’est pas bonne à entendre, mais de temps en temps, c’est salutaire. Le jour où ce mec se taira, c’est que tout ira bien. On a encore pas mal d’occasions de l’entendre, à mon avis. Bref, vous avez compris, vous avez jusqu’au 20 février pour vous faire stimuler le bulbe et la conscience, une occasion bien rare de nos jours et donc à ne pas manquer.


Petit aparté : j’ai bien ri en sortant du spectacle (j’étais déjà bien échauffée comme vous vous en doutez). Dans le couloir du métro, j’entends au loin une mélodie au saxo reconnaissable entre mille : celle du slow ultra kitsch de Geroge Michael, Careless Whisper.

Sauf que le mec au saxo était plutôt ventripotent (carrément obèse), entièrement vêtu de kaki militaire, et ne collait pas du tout à l’imaginaire de cette chanson dégoulinante. Là, j’ai eu un énorme fou-rire en imaginant le mec en poum-poum short bicolore. Je sais, c’est nul, mais ça détend.

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Allons enfants… voir ailleurs si l’herbe est plus verte…

Je viens de finir un petit livre écrit à la soude caustique, qui tape là où ça fait mal. Un bien joli pamphlet, et comme tous les pamphlets, il attaque toutes griffes dehors. De quoi s’agit-il? Du dernier livre de Corinne Maier, qui a connu un succès monstre avec son Bonjour Paresse et son No Kid.

Cette Française installée à Bruxelles depuis 2006, a décidé de quitter la France. « Il y a quelque chose de pourri au royaume de France », c’est le sentiment qui envahit le lecteur en refermant ce livre. Mais comme je ne suis pas que blonde, je sais aussi que l’auteur accumule les clichés et se creuse la cervelle pour trouver 40 (chiffre rond et parfait argument de vente) raisons de dire Tchao la France (c’est le nom du livre).

Pourtant, je dois admettre que je me suis bien marrée, et que j’y ai quand même trouvé des ressemblances avec des personnages ayant existé et des événements ayant réellement eu lieu. Des situations auxquelles j’ai été confrontée, plus ou moins récemment, et vous aussi j’en suis sûre. Je vais donc résumer le bouquin pour ensuite essayer de me faire l’avocat du diable (pas facile vu mon état d’esprit actuel).

L’auteur, en quarante chapitres incisifs et drôles aux titres complètement loufoques (« Elle est où, ta francitude? », « Le oui-ouisme », « L’État-préservatif », « Le pays du pipeautron »), fait le portrait de cette France crispée sur ses principes et ses acquis, en prenant appui sur des chiffres officiels dont les références sont notées en bas de page (sérieux pamphlet, donc).

Elle fait le point sur les clichés qui circulent sur les Français : non le Français n’est pas heureux, non le Français n’a pas une vie sexuelle épanouie, non Paris n’est pas une ville festive (ça je l’ai déjà signalé au risque de me répéter), non la pensée française n’est plus ce qu’elle était, non, la presse française (télé, presse écrite) n’est pas libre (ah, le journal de Pernaut…), oui le Français est chauvin, auto-centré, le pire touriste du monde, incapable de maîtriser les langues étrangères, nationaliste…

C’est aussi l’occasion d’épingler des figures et des travers bien connus (et détestés) des Français : le petit notable qui prend un malin plaisir à ramener sa science et à vous humilier en vous donnant des leçons, la lourdeur administrative, le règne sous-jacent des passes-droits et pistons, l’appauvrissement du niveau de vie, le fichage des citoyens, une justice qui laisse à désirer, un système carcéral honteux, la galère pour trouver un boulot, un appart, le cumul des mandats, des salaires et des retraites, Sarkozy, l’interventionnisme de l’État, même quand on ne veut pas (H1N1, ça vous parle?), la vieillesse des dirigeants, les délits d’initiés, les conneries qu’on nous raconte (souvenez-vous, le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à la frontière), les dossiers classés secret-défense, l’inégalité devant l’instruction et le faible niveau scolaire (et le peu d’enseignement de l’esprit critique), les politiques anti-jeunes, le pessimisme des jeunes, les discriminations dans la société française (misogyne et raciste)…

L’auteur résume d’ailleurs ainsi le credo français :

« – Pour devenir français tu en chieras,

– Pour te loger, travailler, exister, tu rameras,

– Sans piston ni passe-droit, les miettes du banquet tu accepteras,

– Souvent tu grogneras, un peu tu voteras, dès que c’est possible tu tricheras (car tu n’as pas le choix) […]. »

Elle y va un peu au tractopelle, je vous l’accorde. Et elle oublie de dire qu’être Français, c’est être l’héritier d’une histoire prestigieuse, d’un patrimoine extrêmement riche. La France, c’est aussi le pays de la bonne chère, de la gastronomie, du bon vin, du savoir-vivre, du raffinement, de la convivialité, le pays de l’apéro, des discussions jusqu’à pas d’heure, du café en terrasse, des librairies, un pays où les paysages sont sublimes, où l’on passe de la campagne à la montagne et de la montagne à la plage en quelques heure de voiture, un pays où l’offre culturelle est pléthorique…

Tout cela est tangible. Mais pendant combien de temps le plaisir du café en terrasse pourra-t-il nous faire oublier la sclérose de la société française et les inégalités qui la rongent? Liberté, égalité, fraternité, en sursis?

En parlant de ne pas oublier les sujets qui fâchent, je vous signale que le vrai, le grand, l’unique Christophe Alévêque revient dans un nouveau spectacle au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 20 février prochain. Ses Monstrueuses actualités, c’est tous les soirs à 18h30 et c’est 16€ pour les moins de 30 ans. Être jeune à encore du bon…

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