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Sur les pas des artistes…

A la pointe du bic

Je ne savais pas que l’on pouvait faire autant de choses avec un bic. Sur une feuille de papier j’entends, pas pour se curer les oreilles (mais qui fait encore cette chose dégoûtante de nos jours?).

Je l’ai découvert à la galerie Gabriel & Gabriel, avec la toute nouvelle expo Neo-Portrait, expo collective d’une génération d’artistes autour du portrait.

On peut y admirer des oeuvres déjà exposées de photographes brillants et inventifs comme Ahmed Terbaoui, Videographik, Jobudenz.

Un des lonesome cowboy de Videographik, au grain si particulier…

Mais ce qui a définitivement emporté mon suffrage, ce sont deux artistes qui oeuvrent uniquement avec un stylo Bic. Sérieusement. Le bic orange tout con qui sert à remplir les grilles de Sudoku dans le métro (je ne remplis JAMAIS de Sudoku dans le métro ou ailleurs, je déteste le Sudoku.)

David Bideau, son truc, c’est les Red necks, ces Ricains des contrées lointaines et paumées,  à la tête très près du bonnet. Ils aiment la chasse, les coiffures en choucroute, les armes à feu et les bois de cerf. Tous ces portraits sont trouvés sur le net par l’artiste (ah, le fourre-tout magique de Flick’r). Oui, pour de vrai, il y a des vrais gens derrière ces photos ultra kitch. Ces images, minutieusement superposées, décalées, gommées, hachées, sont reconstituées à la pointe du bic, pour donner corps à des monstres du quotidien, la réalité des white trash, la classe américaine  rurale et populaire.

On ne peut que saluer la dextérité et la finesse du propos de l’artiste et penser, du moins sur le fond, au travail de Cindy Sherman, photographe américaine qui depuis plus de trente ans se grime et se tire le portrait, dans une critique acerbe  d’une société américaine glauque et vaine à force de consumérisme.

Sarah Esteje, photographe de formation, nous offre un voyage à travers l’animal, et l’animalité en nous, avec des portraits captivants et dérangeants, d’une incroyable finesse. Qu’il s’agisse d’un poulpe croqué au détail près, si précis qu’on pourrait le croire réel et presque percevoir la texture de sa peau, ou d’images inspirées de films pornos (gay ou non), qui vous chatouillent l’imagination. Impossible de rester de marbre devant tant de sensualité.

Je vous invite vivement à faire un tour à la Galerie Gabriel & Gabriel, 68 rue du Vertbois dans le 3ème arrondissement de Paris, mais également sur le site d’une autre reine du stylo bic, Carine Brancowitz, une Française de l’école Estienne, très orientée mode, et qui offre déjà ses talents à de nombreux magazines, labels et marques (comme BIC, et oui!).

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I’m back

Bon, tout d’abord, toutes mes confuses pour ma si longue absence. Mais j’ai une bonne excuse, j’ai commencé un nouveau taf encore plus passionnant que le précédent (ou alors c’est parce qu’il est nouveau, et que tout nouveau tout beau). En plus de livres d’histoire, je défends maintenant des livres de sciences humaines (philo, psycho, psychanalyse, développement personnel, sociologie), de sciences tout court, d’économie et d’écologie. bref, I’m loving it comme ils disent chez Mc Do.

Mais je n’ai pas fait que bosser, loin de là, vous vous en doutez. J’ai une vie après le travail moi madame. Et comme j’ai fait plein de trucs (au niveau culturel s’entend, pas ma vaisselle ni mes lessives), je vais essayer de me les rappeler et de vous donner envie d’y aller. En vrac :

1/ J’ai succombé à un massage aux huiles chaudes d’une heure et demie (sur le machiavélique site ultra capitaliste Groupon) et j’ai découvert une adresse incroyable, avec des masseuses et masseurs archi gentils (ils m’ont offert du thé pour que j’en refasse at home), et je vous dévoile en exclu l’adresse (à essayer impérativement, le massage thaï traditionnel de 2h)  : Thaï Harmonie Spa, 20 rue Greneta, dans le 2ème.

2/J’ai vu pour la première fois de ma vie une opérette, pour faire plaisir à maman lors de sa venue dans la capitale. Son père avait l’habitude d’écouter Luis Mariano, le spectacle était tout trouvé, La Belle de Cadix au théâtre Comédia (à Strasbourg Saint Denis). J’y suis allée sans trop y croire, et ben j’ai passé deux heures magiques. La mise en scène est revue et corrigée, sur fond de festival de Cannes et de show bizz, les acteurs sont excellents, ils jouent bien, chantent bien, dansent bien et le premier rôle est canon, il ressemble un peu à Poncherello (le motard de la série Chips) en plus beau, avec une coiffure et des sapes à la Elvis mâtiné de John Travolta. Un bien chouette moment, qui ne vous sera pas accessible tout de suite parce que une partie du plafond de la salle (500 kg tout de même) s’est effondré début octobre…

3/ Dans un tout autre registre, Roméo et Juliette sont en ce moment au théâtre de l’Odéon, mis en scène par Olivier Py. Pas mal. Olivier prend quelques libertés avec la pièce : je ne savais pas que Roméo était amoureux d’une autre fille avant Juliette, ni qu’il disait à l’époque « va te faire foutre », ni que les acteurs de Shakespeare montraient leur appendice et leur fesses aux spectateurs, ni que les hommes s’aimaient beaucoup sur scène…. On lui pardonnera ces petites entorses, car la scénographie est grandiose, les acteurs excellents (surtout Juliette), et rien que parce que la pièce dure 3h20, on peut les saluer bien bas. Je ne vous cache pas qu’après une journée de boulot, le strapontin fut fatal : moins confortable qu’un oreiller, il m’a tout de même fait louper les 5 mn de la scène d’empoisonnement. Sur plus de 3 heures, c’est une bonne moyenne.

4/Allez en prendre plein les mirettes avec l’expo au nom barbare Expressionismus & Expressionismi (1905-1920) à la Pinacothèque (Place de la Madeleine), autour d’une mise en abyme des deux mouvements de ce courant d’avant-garde allemand qu’est l’expressionisme : l’école Die Brücke (pour faire simple, c’est le courant le plus figuratif) et celle Der Blaue Reiter (le courant le plus abstractif, le groupe du Cavalier Bleu, fondé en partie par Vassily Kandinsky). On se rend compte que ces deux écoles que tout opposent ont finalement beaucoup en commun, et la comparaison des toiles que propose pour la première fois cette exposition est redoutablement efficace.

Le Chiffonnier, peinture de Marianne von Werefkin, ma préférée (courant Der Blaue Reiter)

Les toiles sont superbes (pour la plupart), des fines sculptures et des gravures saisissantes sont aussi présentées, la profusion des couleurs et des formes est un enchantement, mais la scénographie est complètement ratée : impossible de lire les blocs de texte sur un fond vert anis ou bleu lavande, et d’ailleurs les textes sont incompréhensibles : manque de virgules peut-être, ou plus vraisemblablement glose autiste d’un spécialiste incapable de se mettre à la portée du profane. En tous cas, j’ai deux toiles blanches et je savais pas quoi peindre dessus, je voulais faire un truc avec des couleurs flashy, me voilà inspirée….

5/ Plus sérieusement, courrez voir le dernier film de Maïwen, décidément très douée, Polisse. Elle filme la brigade des mineurs caméra à l’épaule sans misérabilisme, avec finesse et réalisme. Les dialogues sont drôles et violents (mi scénarisés mi improvisés), les acteurs sont excellents, tendus et à fleur de peau (mention spéciale à un Joey Starr impressionnant de justesse et de polyvalence, tantôt violent, tantôt tendre, et confirme ici sa prestation remarquée du Bal des actrices). Les images sont dures, on passe du rire aux larmes en quelques minutes (notamment grâce à des dialogues lunaires et aux fous rires incontrôlées lorsque les personnages et le spectateur se rendent compte, incrédules, que les gamines de 14 ans ont aujourd’hui une sexualité débridée insoupçonnée et que sucer pour récupérer un portable volé est on ne peut plus banal : « Est-ce que tu te rends compte que c’est une atteinte à ta dignité de faire ça et que tu ne dois pas accepter de faire ces choses là pour un portable? – Ben ouais, mais c’était vraiment un beau portable… » Le réalisme du film passe aussi par là, lorsque des situations dramatiques doivent être désamorcées par le rire, selon l’adage « mieux vaut en rire qu’en pleurer ».

Polisse, c’est une plongée dans la dure réalité de ce métier sacerdotal, qui n’offre aucun répit, pas même dans la sphère privée (on regrettera de ne pas connaître tout du dénouement de certaines affaires, mais l’attention de la réalisatrice est clairement portée sur les policiers et leur trajectoire personnelle, et non les enfants). Un film dur, réaliste, à travers lequel aucune lueur d’espoir ne parvient à percer.

6/ Après toutes ces émotions, ces joies, ces peines, allez faire un tour chez la tarte à la crème des brasseries parisiennes, mais qui fonctionne toujours : Chez Chartier, (sur les Grands Boulevards) avec son immense salle Art Nouveau, ses serveurs mi-blasés, mi-amusés, conscients du costume qu’ils endossent et de devoir faire honneur à la – mauvaise – réputation des garçons de café parisiens, son brouhaha, ses oeufs mayo, sa choucroute, son baba au rhum mangé cul-sec, et son addition peu relevée, plaisir ultime d’un repas copieux, correct et so « ça c’est pariiiiiiiiiiiis! »

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La Grande Madame

C’est le week-end, enfin. Il fait un temps de juillet, chaud, moite, lourd, sauf que c’est la rentrée, qu’on est à Paris au milieu de toute cette pollution et de cette agitation, et qu’on aurait aimé ce temps sur la plage. Bref, il re-pleut demain, pour changer.

Je suis un peu fatiguée, et reprends des forces pour la préparation demain d’un goûter d’anniversaire, spécial crêpes à la bretonne aromatisées au lambic et cuites sur bilig. Encore faut-il avoir la main pour pas que la crêpe ne ressemble à des lambeaux de dentelle mitée… Au passage, merci à la maman de Marie L. qui m’a tout appris (tout est relatif, vous l’aurez compris).

Ma semaine fut chargée, comme le week-end précédent.

J’ai enfin pu admirer les oeuvres de la magicienne du drapé et du plissé, Madame Grès, couturière qui officia des années 30 jusqu’aux années 80, et dont les pièces maîtresse ont été exposées au musée Bourdelle jusqu’à la semaine dernière.

Inutile de vous dire combien ces modèles très proches des drapés qui couvrent pudiquement les statues antiques ont été magnifiés, exposés parmi les sculptures démesurées et si brutes de l’artiste, et qui ont pris vie dans son atelier et son appartement.

Madame Grès, qui commence a travailler en 1934 sous le nom d’Alix, réalise les très remarqués costumes de la pièce de Jean Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu. En 1935, la couturière ne change son nom, Germaine Krebs, en Madame Grès, anagramme du nom de son sculpteur de mari, Serge Czerefkov. La sculpture, encore et toujours.

L’exposition présente de très nombreux modèles (des robes en majorité), ainsi que des croquis réalisés de la main de Madame, des clichés pris par les plus grands photographes, ou encore des pages magazines, le tout de l’époque.

Au fil de l’exposition, les robes sont de plus en plus travaillées, de plus en plus spectaculaires, et le si célèbre drapé de la créatrice (elle travaillait directement sur les mannequins et pouvait user jusqu’à trois paires de ciseaux pour une même robe) laisse peu à peu la place à son fameux plissés : un pli tous les 3 mm, qui peut réduire un tissu de 280cm à 7 cm (je ne suis pas tout à fait sûre de mes calculs, mais l’on peut voir que certaines jupes ont une circonférence de plus de 10 mètres, une  fois dépliées…).

La couturière aime le noir, dont elle travaille davantage le choix du tissu et un peu moins les pliés, le blanc pour des robes sublimes, à la grâce éternelle (non conçues comme des robes de mariées mais qui pourraient tout à fait être utilisées comme telles), et des couleurs pimpantes, sixties et seventies obligent, avec un orange flamboyant ou un jaune acidulé qui m’ont tapé dans l’oeil.

Je me serais bien vue dans certaines de ces robes, qui flattent la taille et le décolleté, qui allient minimalisme (peu de motifs sur les tissus) et volume du plissé/drapé. L’expo est une merveille, que l’on peut retrouver dans le catalogue édité par le musée Galliera, en travaux jusqu’en 2013 et qui délocalise donc ses expos dans différents lieux de la capitale (comme au Grand Trianon à Versailles, avec l’expo le XVIIIe au goût du jour, dont j’ai déjà parlé.)

J’ai eu la chance de suivre de loin une visite guidée, et la spécialiste nous racontait comment Madame Grès, son éternel turban sur la tête, qu’on confondait avec Arletty et qui fut plébiscité par toutes les fortunes et les people de la planète, n’a un jour plus été en mesure de payer le loyer de ses ateliers. En 1982, elle cède ses fameux parfums, dont le célébrissime Cabochard. En 1984, elle cède le tout à Bernard Tapie, pour finir par mettre la clé sous la porte en 1988 (le griffe est rachetée par un groupe japonais).

Déjà très âgée, elle n’a pu qu’assister, complètement perdue, au pillage de ses modèles, de ses archives, de ses dernières collections jetées dans des sacs poubelles, le tout balancé dans une benne à ordure. Trois étages vidés en une journée. La plupart des pièces exposées ont-elle été données au musée Galliera par des proches au courant de la liquidation judiciaire et présents ce jour-là autour de la benne? Personne n’a rien fait lorsque ce joyau du patrimoine de la haute-couture française a été menacé, contrairement aux manifestations de soutien dont a fait l’objet le couturier Christian Lacroix. La grande Madame Grès a été ensuite placée en maison de retraite où elle est morte dans l’anonymat le plus total en novembre 1993. Ce n’est qu’un an plus tard, en décembre 1994, que son décès fut révélé par une journaliste du Monde, Laurence Benaïm. Sa fille, Anne, assure avoir caché la nouvelle « par amour » pour sa mère…. C’est en tous cas une bien triste fin pour celle qui sculptait le tissu comme la pierre, et qui donna à la haute-couture française ses plus belles pièces…

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Made in US

Pour celles et ceux qui ne le savent pas encore, ma prochaine grosse destination, c’est la Grosse Pomme, les States, les Stasunis quoi.
J’en rêve depuis toute petite, bercés que nous étions mon frère et moi par toutes les séries américaines plus ou moins inspirées, mais qui comprenaient toujours le trio chasseur de prime/grosses cylindrées/belles pépées.  Les plus mythiques et addictives, dans le désordre : Magnum, L’homme qui tombe à pic, l’Agence Tous risques, Riptide, Shérif fait moi peur, L’homme qui valait Trois milliards, Starsky et Hutch (incontournable), Drôles de dames, L’Amour du risque, Chips (ah, ce générique avec gros plans sur les bottes, les lunettes, et la main gantée qui caresse l’accélérateur, quand on y réfléchit bien, l’esthétique de cette série faisait grave gay friendly, finalement Poncherello préférait-il les hommes?…), Wonder woman, Supercopter, MacGyver et sa nuque longue (mon frère avait la même coupe de veuch, pardon Ben), et j’en passe (n’hésitez pas à me dire si j’en oublie).

Je dois avouer une chose, elles ont très mal vieilli ces séries. Elles étaient déjà pas toutes neuves au milieu des années 80, l’âge d’or de la 5, la fameuse chaîne, succursale de toutes ces productions américaines réalisées à la chaîne.

Mais les regarder aujourd’hui, en VF de surcroît (moi qui aujourd’hui ne tolère plus le moindre film ou la moindre série doublés, non ce n’est pas du snobisme, c’est juste que c’est toujours très mal fait et INSUPPORTABLE), avec la pellicule usée jusqu’à la corde, le grain de l’image incertain, les couleurs surannées, c’est difficile. J’aurais jamais cru que ça m’arriverait un jour d’être blasée, tellement j’étais addict à ces séries, à la télé, au Club Dorothée en particulier. La pire chose que mes parents pouvaient nous faire, c’était nous punir en nous privant de télé. L’horreur absolue. Vous savez que je peux vous chanter TOUS les génériques et les mélodies de ces séries? (je vous prends au blind test quand vous voulez).

Aujourd’hui, je n’ai pas la télé. Comme quoi, parents, pas de panique, tout change. Ne forcez jamais votre gamin à manger un truc qu’il ne veut pas goûter, vous verrez plus tard, il enchaînera régime sur régime (qui a dit « ça sent le vécu »?). Ou même pire, il sera gros et petit parce que vous l’avez forcé à manger une soupe de légumes et qu’aujourd’hui il déteste ça même s’il devrait en abuser…

Mais je m’égare. Tout ça pour dire que je tends l’oreille dès que l’on parle des Etats-Unis, en particulier de NYC et que je collecte précieusement tous les articles à ce sujet (tendances, nouveaux lieux branchés) en prévision de mon voyage au printemps prochain (dans l’idéal).

Et donc, je suis tombée en admiration devant l’oeuvre de ce photographe de génie, Stephen Wilkes, exposé bien sûr dans une galerie new-yorkaise, Clampart, spécialisé dans l’art moderne et la photographie, et située dans le très branché et très bobo quartier de Chelsea.

Stephen Wilkes, donc, a produit de nombreuses séries toutes fascinantes, mais celle que je préfère est sa série sur New York, avec ses emblèmes que sont Times Square, le Flat Iron, Central Park, Park Avenue… La particularité de ces photos, c’est qu’elles sont en fait constituées d’une multitude de photos, prises du même angle, mais à différentes heures de la journée et de la nuit. Elles parviennent à donner une idée très précise de la ville en mouvement, de son dynamisme et son énergie. Les scènes de rue se mêlent à des paysages urbains grandioses, presque sauvages parfois.  Absolument fascinant.

Petit échantillon, et le reste de son oeuvre est à contempler :

A noter également, une angoissante série de photos aux couleurs étonnantes, sur le complexe hospitalier psychiatrique d’Ellis Island, à l’abandon depuis une cinquantaine d’années, et qui pourrait être le décor parfait pour un film d’épouvante (cf mon précédent article sur le sujet).

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Il pleut, il pleut bergèreuh…

Y’a plus de saisons ma bonne dame. Le long week-end du 14 juillet qui devait rimer avec pique-niques, bronzette, piscine découverte (la piscine Joséphine Baker par exemple) et apéros en terrasse s’est mué en week-end loose, grignotage devant la télé (avec du Nutella of course) et consommation massive de films et séries at home. Il a plu tout samedi sans discontinuer, c’est quoi ce temps de rentrée ??? On est même pas encore parti au soleil (et y’aura-t-il du soleil cette année dans le Sud? Je croise les doigts. Pour la Bretagne, je suis déjà préparée psychologiquement, on se fait une raison. Où est mon ciré Cotten?).

Tout n’a pas été que loose. Je me suis activée. Petite piscine Drigny pour se mettre en forme (entre Anvers et Pigalle, sous le lycée Jacques Decour), puis visite de Beaubourg avec l’expo Paris-Delhi-Bombay, qui invite à découvrir la société indienne contemporaine à travers les regards croisés d’artistes indiens et français.

La mise en scène en étoile est un peu fouillis mais très plaisante dans sa diversité (installations, photos, vidéos, peintures, en particulier celles de Pierre&Gilles, mes idoles, avec leurs photos peintes ultra glamour et subversives, à l’humour décalé et aux tons acidulés). L’expo est bouleversante lorsqu’elle dénonce le machisme de la société indienne et la condition déplorable des femmes aux droits inexistants ou constamment bafoués.

Fait intéressant, le billet d’entrée est valable pour explorer les deux étages de collections permanentes (arts moderne et contemporain), collections foisonnantes que nous n’avons pas eu le courage d’admirer en détail, l’expo sur l’Inde étant déjà suffisamment fournie, et les limites de notre capacité d’absorption largement atteintes.

Je suis passée également au BAL, la nouvelle salle d’expo de photographies ouverte au 6 impasse de la Défense, derrière la place de Clichy, dans les anciens murs de la guinguette Chez Isis, qui fut à la fois salle de bal, cabaret et hôtel « d’amour », et devenue ensuite le plus grand PMU de France jusqu’en 1992. Les rues adjacentes sont charmantes, des petites impasses qui n’ont pas bougé depuis un siècle, des ruelles pavées improbables, aux maisons inégales. Le café du Bal est agréable avec sa librairie adjacente, et l’on peut admirer en ce moment les oeuvres de trois photographes japonais, dont un reportage autour d’une enquête policière dans le Japon des années 50.

Enfin, petit tour à Versailles, avec un déjeuner à la Cantine de l’aparthé, un restau bio qui propose des salades originales (figues, kiwi, chèvre et épinard frais), des raviolis fondants aux petits légumes et des tartares du monde entier (à la libanaise par exemple), le tout dans un décor délicieusement rétro en périphérie du marché couvert, et pour un prix très raisonnable (2 rue André Chenier 78000 Versailles).

Nous voilà donc au Grand Trianon où se tient l’expo le XVIIIe au goût du jour conçue en partenariat avec le musée Galliera et consacrée à l’influence du siècle des Lumières sur la mode contemporaine. Elle compte une cinquantaine de modèles prêt-à-porter et haute-couture de Vivienne Westwood, Yoji Yamamoto, Comme des Garçons, Dior, Balmain, Alaïa, Chanel, Rochas avec le robe conçue pour le film de Sofia Coppola, Lacroix, Balenciaga, Alexander McQueen… Les robes présentées sont sublimes, et sublimées par le décor extraordinaire de ce mini Versailles construit par Mansart en 1687  pour Louis XIV, mais l’on peut regretter que la scénographie et les panneaux explicatifs soient trop parcimonieux et difficilement compréhensibles. De plus, on pestera toujours contre ces cordons placés devant des pièces entières où il est interdit de circuler, et contre les jumelles qu’il faudrait presque apporter pour admirer les robes, les meubles, les objets, les tapisseries…

Le Petit Trianon de Marie-Antoinette est un régal de poésie et de minutie, bâti sous Louis XV avec son sublime jardin à la Française et son temple de l’Amour, et ses curiosités comme le boudoir aux panneaux coulissants dont les miroirs occultent les fenêtres pour préserver l’intimité de la reine, pièce aussi appelée cabinet des glaces mouvantes.

On regrettera également que l’entre-sol (avec la chambre du Dauphin) et l’attique (avec la chambre du Roi, et de nombreuses autres pièces) ne soient ouvertes qu’aux visites commentées, dont on ne saura rien  sur place. Rien ne vaut les visites privées (et enchanteresses) du Versailles des couloirs et des passages secrets, des portes dérobées et des escaliers de services, des pièces minuscules où s’entassaient la cour, grâce  à certains privilégiés-maîtres-des-clefs qui travaillent au château, pour s’émouvoir et frissonner à la vue des appartements privées de Marie-Antoinette, ou de sa garde-robe de la taille de ma petite salle de bain, aux boiseries couleur soleil qui semblent avoir été fabriquées la veille…

Il en va de même pour le croquignolesque théâtre de la Reine (qui ne pouvait accueillir qu’une centaine de spectateurs), plongé dans la pénombre, et que l’on ne peut admirer que de très loin, et par une entrée si minuscule que l’on ne peut se tenir qu’à deux visiteurs…. Les décors en carton pâte et la précieuse machinerie pour les changer ont été conservés, mais tout est caché à la vue du public. Dommage.

Mon programme culturel fut à vrai dire, contrairement à ce que j’ai affirmé plus haut, assez chargé, et en concurrence directe avec mon programme loose, c’est à dire le visionnage de deux films hyper flippants (j’ai laissé une lumière allumée pendant toute la durée). Le premier c’est Insidious (par le réalisateur des derniers SAW).  Bien que cette histoire de gamin possédé et de maison hantée finisse par virer au grand guignol, c’est redoutablement efficace. Même pas peur, j’ai toujours mon oreiller magique derrière lequel me cacher si ça fout vraiment trop les chocottes (j’ai juste à regarder ma moitié sursauter et flipper vraiment pour refuser de baisser ce talisman).

L’autre film qui fout bien les chocottes, c’est Mirrors, du frenchie Alexandre Aja, le mec qui m’a déjà fait flipper avec le remake de La Colline a des yeux (un truc de morts-vivants).

L’action se passe dans un grand magasin qui a brûlé et dont les miroirs rendent les gardiens fous (en l’occurence Kiefer Sutherland qu’on voudrait voir plus souvent à l’écran) et qui en fait est un ancien hôpital psychiatrique… Et tous les fous, ou peut-être aussi des démons, on sait pas trop, sont prisonniers de la réalité parallèle, celle qui se trouve derrière les miroirs.. Élémentaire mon cher Watson…

Ah ces hôpitaux psychiatriques, ils sont déjà à toutes les sauces dans la littérature d’épouvante comme dans le livre Démences de Graham Masterton dont je vous ai déjà parlé, et ils sont encore dans d’autres films, comme dans le terrifiant Session 9, avec David Caruso (le monsieur rouquin des Experts), qui met en scène une équipe de désamiantage qui va finir par s’entretuer, manipulée par l’esprit d’une ancienne patiente possédée par un énième démon (je spoile pas, on s’en doute dès le début). Bon, OK, on finit toujours par prendre les mêmes et recommencer, mais diantre, que c’est toujours aussi diablement efficicace!

Pour finir avec l’écran, j’ai découvert une série fabuleuse, In Treatment, non moins flippante, puisqu’elle explore les secrets et les travers de l’âme humaine en suivant le psy Gabriel Byrne (raââââh, qu’il était beau dans Usual Suspects) lors de ses séances.

La série s’attache à quelques personnages seulement, que l’on suit tout au long de leur thérapie et des semaines qui passent (un pilote de retour d’Afghanistan, une jeune fille suicidaire, un couple en mal d’enfants, un nymphomane…)

On découvre que derrière la façade du psy silencieux, apaisant, posé et à l’écoute, les mains croisées devant lui, se cache un homme faible, en proie à ses démons, dont la vie sentimentale est un véritable désastre. Mention spéciale à l’actrice Michelle Forbes, incroyable dans Kalifornia (thriller mythique qui fait de Brad Pitt un psychopathe, de Juliette Lewis une attardé, et de David Duchovny un journaliste un peu coquin), et qui joue à merveille son épouse Kate, épuisée par la vie de femme de psy. Elle joue aussi dans la série True Blood apparemment, mais depuis Entretien avec un vampire, je refuse de regarder ce genre de séries qui n’arrivent pas à la cheville des romans d’Anne Rice, ni de Tom Cruise d’ailleurs. Elle fait aussi partie du casting de la saison 2 de cette très réussie série de SF Battlestar Galactica, mais j’ai décroché à la fin de la première… Trop chronophage…

On est fasciné par le travail du psy, même si aucune théorie n’est vraiment abordée, par sa façon de faire parler le patient, de le faire avancer dans sa réflexion, et de l’amener par lui-même à trouver les réponses à ses questions, à son mal-être. La plupart du temps, les patients viennent consulter pour un problème précis, pour trouver une réponse, une solution à une difficulté qu’ils traversent. Le psy passe son temps à essayer de leur faire comprendre qu’il n’y a pas une réponse, mais seulement leur réponse, et qu’ils ne doivent pas attendre de lui un oui ou un non définitif.

Là où ça se complique (et c’est ce qui fait le piment de la série), c’est qu’il finit bien sûr par lier des relations autres que professionnelles avec ses patients, dont une jeune femme qui succombe à son charme (elle fait ce qu’on appelle un transfert psychanalytique). Mais dans quelle mesure le psy n’a t-il pas appelé, encouragé inconsciemment ce type de comportement, du fait des difficultés sentimentales que lui-même traverse? L’arroseur-arrosé en somme… Pétri de doutes et de frustrations, de colère contenue, il consulte une thérapeute, qui fut aussi sa psy référente… Cette mise en abîme accroît encore l’intérêt et le potentiel incroyablement addictif de la série.

Chaque épisode dure 25 minutes, avec une unité de temps et de lieu, des dialogues acérés et millimétrés, qui tiennent le spectateur en haleine… On est pendu aux lèvres des personnages, en attente de la révélation du secret refoulé qui donnera la clé de l’épisode… Regarder In Treatment, c’est observer l’âme humaine par le trou de la serrure, et c’est ce frisson de voyeurisme qui rend la chose hautement excitante! Chaque saison compte une quarantaine d’épisodes, et bad news, la saison 3 sera la dernière…

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Une blonde à New York

Non, rassurez-vous, je ne pars pas dans l’immédiat visiter la Grosse Pomme. Il me faudra encore patienter un peu.

Mais j’ai pu calmer mes ardeurs baladeuses avec l’exposition présentée en ce moment à la Maison des Etats-Unis, jusqu’au 7 octobre prochain (au 3 rue Cassette dans le 6ème à Paris), et qui réunit les plus beaux clichés de Marilyn Monroe, pris lors de son séjour à New York en 1955.

On sait que Marilyn Monroe fut en son temps la reine des studios hollywoodiens, de ses premiers rôles de blonde légère et court vêtue au début des années 50 à ses derniers rôles de blonde un peu moins légère et très désespérée une décennie plus tard.

Consciente de gâcher son formidable talent d’actrice pour répondre aux exigences de producteurs toujours plus gourmands qui ne voient en elle qu’une blonde à forte poitrine, elle décide de quitter Hollywood en 1955 pour rallier la côte Est et sa ville phare, New York.

New York, ville refuge de tous les grands intellectuels de l’époque, et berceau de l’Actors Studio de Lee Strasberg, dont elle suit assidûment tous les cours et se fond dans la masse des anonymes, méconnaissable, affublée d’une perruque brune et de lunettes noires.

Cette ville joue un rôle particulier dans la vie et la carrière de l’actrice, puisque c’est à New York qu’elle se lie avec le dramaturge Arthur Miller dont elle deviendra la femme un an plus tard, et qu’elle crée sa maison de production, Marilyn Monroe Productions.

C’est aussi à New York et cette même année qu’elle tourne la scène qui la fera entrer dans la légende, dans le film Sept ans de réflexion de Billy Wilder, lorsque sa robe blanche se soulève en corolle au dessus d’une grille de métro, provoquant une telle émeute que la séquence dut être recréée en studio.

C’est à l’été 1955 que le rédacteur du magazine féminin Redbook, Robert Stein, recrute le reporter Ed Feingersh pour suivre Marilyn dans Manhattan pendant une semaine. Il veut en effet donner une image plus moderne de sa revue, et veut présenter l’actrice comme elle souhaite exactement être perçue : une femme posée, à l’image maîtrisée, dans l’air du temps et qui travaille pour gagner sa vie.

Ed Feingersh, de l’agence Pix, est un reporter baroudeur complètement à l’opposé du glamour hollywoodien, beaucoup plus proche de l’univers de la rue (il photographie régulièrement camionneurs et trafiquants de drogue). C’est ce regard décalé et novice qui fit de ces portraits les clichés les plus sensibles jamais réalisés de la star.

Ironie de l’histoire, Ed Feingersh est mort en 1961, à 35 ans, un an avant Monroe, ayant perdu tout goût pour la photographie.

C’est l’archiviste Michael Ochs qui retrouva par miracle au milieu des années 80 ces clichés dans un entrepôt de Brooklyn. L’agence Pix ayant fait faillite au début des années 60, ses archives furent dispersées et le reste stocké.

Sans ces images lumineuses, l’œuvre de Feingersh ne serait jamais passée à la postérité et nous n’aurions jamais vu cette Marilyn rêveuse, mélancolique, espiègle, changeant d’expression en une fraction de seconde, luttant pour contenir la détresse qui la rongeait de l’intérieur.

C’est aussi un reportage sur le Manhattan des mid-fifties, sur ses lieux populaires (les bars furent choisis par le photographe), où Marilyn semble aussi à l’aise que si elle les fréquentait depuis des années, elle qui descendit pour la première fois dans le métro pour les besoins de ces clichés.

Marilyn glamour contemplant la ville du haut du balcon de son hôtel, Marilyn achetant son journal, Marilyn et son meilleur ami, le parfum Chanel n°5 (la photo fut ensuite utilisée par la marque), Marilyn perdue dans l’immensité de la ville, Marilyn anonyme lorsque le photographe choisi étrangement de cadrer son corps sculptural, sans tête.

C’est un beau voyage dans le quotidien solitaire d’une star que nous sommes invités à contempler ici.

Pour en savoir davantage sur cette longue semaine de prises de vue, et ce qui a lié ces deux personnages au destin tragique, vous pourrez aussi parcourir le livre d’Adrien Gombeaud, Une blonde à Manhattan (Le serpent à plumes, 19 €)


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Rouge et tout en couleurs

Ma journée de samedi dernier a été placée sous le signe du drapeau arc-en-ciel (voilà seulement que je trouve le temps de finir mon post commencé il y a déjà quelques jours, c’est dur la vie d’artiste).

J’ai toujours voulu participer au défilé de la gay pride à Paris, mais je suis souvent occupée le samedi après-midi, et j’arrive toujours après la bataille. Ou avant. En l’occurrence, j’ai vraiment percuté que c’était bien ce jour-là quand je me suis rendue dans mon bar à tapas préféré, cis rue des lombards, au 8 précisément, Les Piétons, et que j’ai vu ça :

Et ça :

Le mec s’était bien fait chier à gonfler des centaines de ballons et les fixer à équidistance sur un fil, et à faire ensuite des acrobaties pour les tendre de part et d’autre de la rue. Heureusement, il n’a pas entendu le client derrière moi visiblement peu au fait de l’actualité, lâcher un « Ah, y’a un match? c’est quelle équipe ça? je reconnais pas trop les couleurs…. »

Même le Wolf bar, dans la même rue, et dont les tenanciers et clients ne sont pas réputés pour leur amabilité et leur « funitude », avaient sorti les lampions, dis-donc (ça donne envie hein?) :

Bravo aussi au Diable des Lombards, un bar-restau hyper agréable au passage, que je recommande fortement pour les happy hours :

Cette rue est magique, vous dis-je, avec juste à côté du Diable un bar-jazz qui propose des mojito à tomber, le Baiser-salé.

Toujours pas le temps de faire le défilé à Bastille ni de participer à la joie ambiante ( toutes les raisons de se réjouir sont là, puisqu’il y a quelques jours à New York, le mariage gay a été autorisé. Round 1 gagné). Je rentre donc à la maison, et sur le chemin, je découvre que c’est aussi ce jour-là le carnaval de Montmartre, (« la Vachalcade ») où tout le monde est invité à se déguiser  et à danser au son des fanfares, des groupes de rock et des écoles de musique. C’est la fête de la musique à rallonge quoi. Bon, j’ai vainement cherché la vachette et le mec qui se fait courir après comme dans nos mythiques Intervilles, les traditions se perdent ma bonne dame.

Le soir même, je vais faire un tour dans ce lieu ultra sympathique, La Maison Rouge, qui propose une exposition d’artistes contemporains canadien issus de la ville de Winnipeg (ça s’appelle d’ailleurs My Winnipeg, et j’en ai déjà parlé ).

Peintures, installations, collages, sculptures, courts métrages, c’est tout un panorama du dynamisme artistique de cette ville perdue au fin fond du Canada et qui a trouvé une manière originale de se réchauffer qui est proposé. Évidemment, la nature et les racines autochtones sont très présentes dans ces œuvres mélancoliques et décalées.

La petite maison de poupée d’un artiste dont j’ai oublié le nom m’a beaucoup marquée. Elle est complètement surréaliste, avec des couloirs clos et ne menant nulle part, du mobilier au plafond, de la neige dans la cave, un arbre au grenier, et une impression de malaise qui se dégage de ce lit psychiatrique placé dans une chambre paisible, ce sens du détail terrifiant et fascinant.

Et on a même eu droit à un mix VJ/DJ local, et à une séance de collages avec une des artistes exposés, dans le patio hyper agréable :

Pardon, les photos sont un peu dégueu, mais je fais avec les moyens du bord, vous pouvez toujours vous cotiser pour m’offrir un super appareil avec zoom de 25 mètres.

La soirée s’est ensuite un peu corsée, avec une nuit entière à la Club Sandwich, une soirée gay hétéro friendly comme la Flash Cocotte (souvent à la Machine du Moulin rouge ou à la Java), mais en plus prise de tête (et plus cher aussi), qui a eu lieu au Trianon (métro Anvers), après avoir squatté l’espace Pierre Cardin et son jardin.

Et d’un jardin, il y en aurait fallu, tellement l’air était irrespirable et la chaleur moite et dense. Mais point de jardin, et pour 25 euros, même pas le droit d’accéder au balcon, un videur (ah les videurs…) en barrait l’accès, dès fois qu’on aurait attendu pile cette soirée pour se balancer dans le vide…

Le flyer promettait luxure et fantaisie extrême (j’ai hésité à y aller, en me disant que cette fois ça allait être vraiment trash, mais en fait y’avait plein de nanas hyper lookées venues là pour se faire admirer). En ce qui me concerne, j’y suis allée avec deux amis (un mec et une fille) pour faire la fête et écouter de la bonne musique, ce qui est la plupart du temps assuré dans une soirée gay. Lâcher un peu les soupapes quoi. Bon, ben pas de panique de toute façon, j’ai à peine vu un baiser s’esquisser vers 6 heures du mat, et François Sagat (l’ancien acteur de porno gay au crâne entièrement tatoué) en diva à paillettes et perruque (de loin, je l’ai même pas reconnu) esquisser un strip tease et montrer ses fesses. Light, avouez-le.

Ah oui, et aussi Bob Sinclar faire semblant de mixer, avec sa veste bleu électrique pour qu’on fasse bien le parallèle avec la pub Sennheiser, mais ça c’est habituel, ça fait des années qu’il le fait, semblant de mixer. Heureusement, des jeunes gens plus aventureux (et dénudés aussi) ont pris le relais et nous ont fait danser jusqu’au bout de la nuit.

J’étais la plus petite de toute la boîte je pense, avec mes spartiates et mon 1 mètre 60, tandis que tous les mecs, déjà super grands, étaient bien sûr montés sur des échasses. Ce ne fut que profusion de cuir le plus tendre et de plumes les plus douces, avec faux-cils, faux seins et perruques blondes. Un régal pour les mirettes, et une bouffée d’air dans Paris caniculaire ! Bon, pour la subversion on repassera, une fois qu’on a fait la Gay pride au Berghain à Berlin, plus rien ne nous étonne (une pensée émue pour un ami pris de court par le manque de pudeur de certains clients de la boîte, mais d’avis général, c’est exceptionnel et arrive en particulier ce jour-là).

Je vous parlerai dans un prochain article d’une chouette petite rue (idyllique, calme et colorée, aux maisons sorties du conte Hansel et Gretel), que j’ai découverte sur le chemin de la Maison Rouge (10 bld de la Bastille). D’ici là, je vais me faire une ou deux expo, ça changera des soldes (de toute façon, j’ai pas le choix…).

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Que d’émotions!

Après un samedi très studieux (voir post précédent), mon dimanche l’a été tout autant.

Pas le courage de faire un jogging, levée trop tard, envie de looser sur le canapé. Ma bonne conscience me rattrape aussitôt, « non, non, pas moyen, tu vas bouger tes grosses fesses ».

– Oui, mais à condition que Guigui vienne avec moi… »

Après de longues minutes d’un argumentaire, efficace ou soûlant, ou les deux, j’ai trouvé mon compagnon de route, direction le Grand Palais et Monumenta 2011, la performance de l’artiste indien Anish Kapoor. Un dimanche après-midi, trois quart d’heure de queue, c’est raisonnable.

Leviathan ça s’appelle. On m’avait dit que la sécurité prévoyait des kits de premiers secours pour les visiteurs sensibles et claustrophobes, et je venais juste de repenser à la joyeuse perspective d’un grand videur me faisant du bouche à bouche, que, le ventre tordu comme avant de monter en avion, j’ai poussé la porte-tourniquet toute noire et hyper angoissante aux vitres opaques (mais qu’y a-t-il derrière?) de l’entrée de l’expo. Je suis illico projetée dans un immense… quoi? ballon? dirigeable? poumon? coeur? L’air est rare, épais, moite, mes repères sont sans-dessus-dessous, l’impression de suffoquer et de défaillir… Il faut quelques secondes pour profiter de ce lieu unique, de cette œuvre d’art que l’on peut visiter « de dedans ». On se plait à frapper des mains et guetter l’effet de cette formidable chambre d’écho.

Bon. Il fait décidément trop chaud, sortons admirer l’installation dans la nef. L’effet est saisissant, comme une énorme aubergine (un haricot rouge?) tchernobylesque, qui semble faire presque éclater la structure art nouveau du Grand Palais. On se sent tout petit à côté de cette énorme grosseur, dont on se demande comment elle tient. Gonflée comme un ballon ? La matière est pourtant extrêmement épaisse, comme celle d’une bâche en plastique ou d’un bateau gonflable.

Le dossier de presse ne soulève pas le voile, on n’en saura pas davantage.

L’oeuvre y est ainsi décrite par l’artiste : « Un seul objet, une seule forme, une seule couleur ». Il ajoute : « Mon ambition est de créer un espace dans l’espace qui réponde à la hauteur et la lumière de la Nef du Grand Palais. Les visiteurs seront invités à entrer dans l’oeuvre, à s’immerger dans la couleur et ce sera, je l’espère, une expérience contemplative et poétique ». Conçue avec les technologies les plus audacieuses, l’oeuvre ne s’adressera pas au seul regard mais invitera le visiteur à faire une découverte sensorielle et mentale globale. Défi technique et poétique sans équivalent dans l’histoire de la sculpture, cette œuvre remet en question ce que nous croyons savoir de l’art, de notre corps et de notre vécu le plus intime, de nos origines. Spectaculaire et profonde, elle répond à ce que l’artiste considère être l’enjeu de son travail : « Parvenir par des moyens strictement physiques à proposer une expérience émotionnelle et philosophique inédite ».

Bon, pour l’expérience émotionnelle et philosophique, on reviendra, c’est surtout une sensation étonnante de flotter dans un espace inédit, tout droit sorti de la série des Alien.

L’expérience du dernier Terrence Malick est tout aussi étonnante.  ça dépend s’il l’on parle de sensations comme le mal de dos, les fourmis, les bâillements, ou les larmes. Un spectre de ressentis assez large. Certains spectateurs ont même quitté la salle. Ce ne fut pas mon cas, j’ai résisté, vaillamment, aimé quelquefois, et poussé un Alléluia de soulagement au clap de fin (pour rester dans la thème, je vais y venir).

The Tree of life est un film long (2h20), parfois très long, mais beau. Un beau film, avec des longueurs donc. Je crois que j’ai même préféré son dernier, Le nouveau monde, qui date de 2005, il en fait peu, mais quand il en fait un, on ne parle que de ça. ça s’appelle privilégier la qualité sur la quantité, pas comme Kad Merad, mais je m’égare.

Guigui (ma moitié pour ceux qui suivent pas) a trouvé Le nouveau monde chiant, et celui-là « bouleversant ». Il pleurait à chaudes larmes. Moi, c’est l’inverse. Terrence a grave tripé cette fois, genre délire mystique psychédélique avec des images bizarres (comme les couleurs de la lumière qui se décompose) qui s’enchaînent, pour montrer au spectateur ennuyé ou abasourdi qu’il n’est qu’une toute petite poussière de lune dans ce grand univers crée par un être supérieur (Dieu? ou X?) . Bon, 5 minutes de volcans en fusion, de voie lactée, d’éruptions solaires, de chutes d’eau, de petits poissons qui nagent, c’est chouette (surtout avec une musique d’opéra sublime dont j’aimerais bien trouver le titre, quelqu’un peut m’aider?), mais à la 25ème minute, la lassitude commence à poindre. Voire une irrésistible envie de rigoler, quand Terence choisit, après 2001, l’odyssée de l’espace, de s’inspirer d’Avatar et Jurassic Park, en mettant en scène une dinosaure qui en épargne un autre. Moralité : même Denver, il a une conscience et éprouve de la pité. Bon, pour un peu, tu t’attendrais à voir Nicolas Hulot apparaître dans le champ dis-donc.

Et pis la voix off chuchotante et décousue (c’est exprès pas calé sur les images……………) est horripilante. Sinon, et ça je préfère, Malick est un génie pour filmer ses personnages, la cadrage est impeccable, les dialogues rares et ténus, chaque scène est intense et pensée au millimètre. Il filme l’enfance à merveille, les jeux, les bobos, les mesquineries, l’amour, l’amitié, la rébellion, la maladresse, la fratrie, l’amour qui lie une mère et un fils, un père et un fils, le remords, la culpabilité, le pardon. Et l’acceptation aussi, savoir lâcher prise face à la cruauté de la vie, accepter le départ d’êtres chers.

Brad Pitt est à son meilleur (c’est facile, c’est un drame, il y excelle contrairement aux comédies), Sean Penn fait du Sean Penn, froid, distant, fermé, bougon. Il a quand même monté les marches à Cannes, peut-être parce que Terrence n’était pas là. Sean le boude, faut dire qu’il a bien été coupé au montage… Il doit apparaître 10 minutes à l’écran à tout casser…

Bon, le film a quand même eu la Palme d’or à Cannes, c’est qu’il reste un excellent film, à la poésie un peu lourde, mais touchante, qui fait à coup sûr remonter des souvenirs d’enfance, joyeux et douloureux.

Daphné Dupotron, ma belle-maman et blogueuse invétérée, a vu ce film avant moi, et l’a trouvé inégal. On n’est pas d’accord sur tout, mais le film ne nous a pas bouleversées, en tous cas.

Rien à voir, je viens de (re) découvrir un super resto qui propose de la bouffe bio, avec plein de légumes, de protéines végétales, de fruits frais et pressés : TUGALIK.

Pour le restaurant, c’est 4 rue Toullier dans le 5ème près du Panthéon, et pour la vente à emporter, c’est 29 rue saint Placide.

Pas cher, bon pour les papilles et le corps tout entier, Tugalik propose une carte variée élaborée avec un nutritionniste. Il y a même une charte :

« Dans le souci de bien manger et pour préserver au mieux la qualité de la nourriture, chez TUGALIK, tout est cuisiné sur place à partir d’ingrédients naturels non transformés. Nous utilisons des céréales complètes et issues de l’agriculture biologique, dont les propriétés nutritionnelles sont plus riches. Nos fruits et légumes sont également issus de l’agriculture biologique, tout comme notre carte des vins, avec quelques belles références en biodynamie. Les glaces et sorbets sont fabriqués par des artisans glaciers, sans graisses hydrogénées. »

Comme ça court pas les rues, ça mérite d’être signalé.

Petit aperçu de la carte :

Soupe de légumes du marché 5€, L’assiette de crudités 5 €, Soupe + cake salé du jour 8.80 €, Paëlla végétarienne  9.50 €, Filet de lieu noir aux fines herbes et légumes printaniers 10.50 €, Grande salade asiatique 9,50 €, Grande salade de crudités et céréales complètes 9.50 €, Gâteau aux pommes 4.50 €, Fromage blanc – compote maison sans sucres ajoutés  3.80 €, Far breton aux pruneaux ou aux abricots secs 4,50 , Velouté de légumes verts 6 €; Aubergine panée aux épices et houmous maison 7 €, Tortilla et salsa de tomates pimentée 7 €, Wok de légumes et nouilles de riz sautées (végétarien ou avec poulet) 16 €, Orgeotto au haricots verts, artichauts et parmesan (végétarien ou avec poulet) 16 €, Saumon mariné, légumes de printemps, mousseline de petits pois et spaetzle de sarrasin  16 €, Nage de tapioca au lait de coco et coriandre accopagnée d’une glace coco 6€, Gâteau au chocolat à la farine de sarrasin (sans gluten) 6 €

Et si vous êtes tenté(e) (par conscience « verte », pour varier les plaisirs ou tout simplement par goût) de commencer à manger moins de viande, vous pouvez trouver plein de recettes et toutes les infos nécessaires dans Protéines Vertes, édité par la maison La Plage, qui publie des auteurs engagés et ayant un réel savoir-faire à transmettre dans l’écologie, sur des thèmes aussi variés que la cuisine bio, la cuisine végétarienne, l’habitat écologique… A bon entendeur, salut!

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Soyons gais et lyriques

Hier, par ce bel après-midi d’été (avec des températures encore plus chaudes qu’à la même époque en 1976, ça promet pour cet été), je suis allée me promener du côté de la Gaité lyrique, ce nouveau lieu qui « explore les cultures numériques sous toutes leurs formes : musique, cinéma, cinéma d’animation, théâtre, danse, arts visuels, design, design graphique, motion design, film musical, architecture, programmation informatique, art du code, web, jeu, mode, etc. » Ça fait beaucoup et c’est déjà pas mal. Et de fait, le concept est plutôt réussi et efficace.

Inauguré en grande pompe tout début mars 2011, et avec pas mal de couacs (notamment un site web pas super au point, un peu ballot pour un lieu qui met en avant les cultures numériques) et des files d’attente mémorables les premiers jours devant des guérites un peu cheap improvisées pour l’occasion (il faut dire que le service de presse de la mairie s’est bien arraché, on ne parlait que de cet événement très parisien dans toute la presse), la Gaité lyrique tient ses promesses. Enfin un lieu contemporain et futuriste à la fois, qui contredit un peu et pour notre plus grande satisfaction l’image poussiéreuse et figée de Paris-ville musée.

La programmation a commencé fort avec une semaine dédiée à la ville de Berlin et à sa culture musicale et visuelle (concert, conférence « Berlin Sounds » autour de la musique électronique berlinoise, projection de courts métrage d’animation et de documentaires avec la DJ Ellen Allien notamment). Je me suis donc précipitée pour acheter la carte unique d’adhésion, valable jusqu’en août 2011 et qui permet de bénéficier d’entrées gratuites aux expos, projections et conférences, et de réductions significatives sur les concerts.

Les performances proposées lors de la semaine d’ouverture ont été tour à tour déconcertantes, dérangeantes, envoûtantes. Le mot « déroutant » revient souvent lorsque je parle de ce lieu, hybride et unique, qui a conservé le foyer du théâtre de l’époque, mais qui ouvre au visiteur émerveillé ses trois niveaux, ses couloirs orange fluo et ses salles comme des cubes dans un cube (une salle de concert et une petite salle de performance).

Pêle-mêle, on y a vu des acteurs habillés de noir et blanc, immobiles, face aux visiteurs, qui attendaient pour se mouvoir que l’on trouve le courage et la curiosité de passer parmi eux (déconcertant donc), des femmes-robot, un mur de visage (ceux de tous les visiteurs filmés avec une petite caméra et projeté en damier et aléatoirement), une chambre sonore, aux murs capitonnés de blanc, à l’éclairage bleu banquise ou rouge Amsterdam, une salle « matrice », où le visiteur est soumis à une expérience peu sécurisante et troublante dans une salle noire, remplie d’un martèlement fort et des lasers puissants qui le balayent tel un prisonnier en pleine évasion) ou encore une salle remplie de néons lumineux qui tombent du plafond, rouges ou blancs, dont le clignotement et l’intensité varient selon le nombre de visiteurs dans la pièce, synchronisés avec des sons métalliques de plus en plus forts. On évolue librement à travers ce champ de bataille visuel et sonore, en interaction avec l’œuvre, et c’est ce qui rend l’expérience unique. Enfin, l’installation du miroir/écran qui reproduit les mouvements filmés par une caméra en slow-motion et en décalé donne un sentiment très troublant de dédoublement de soi.

L’exposition actuelle, « Super-Computer-Romantics » par Matt Pyke & Friends, est tout aussi bluffante. On passe d’un mur de projection géant qui voit deux danseurs avancer contre un vent violent et se désagréger en pixels, à une salle (toujours la petite salle aux performances qui abritait aussi une djette berlinoise) dont les murs sont entièrement recouverts de petites figures géométriques et colorées, qui bougent et se coordonnent au son d’une musique électronique tribale aux accents vaudou. Le test de Rorschach n’est pas loin, et ces petites silhouettes difformes semblent danser et/ou copuler, c’est selon. On est pris d’une folle envie de bouger sur cette musique transcendantale, plongé dans le noir, du son plein les oreilles, des couleurs plein les mirettes. Une expérience unique dont on ressort béat.

Nous attend ensuite un grand monolithe noir, dans lequel le visiteur peut glisser son visage (ou ses mains)  et se retrouver dans une plus petite boîte faite de miroirs, qui semble contenir toutes les étoiles de l’univers. 2001, l’odyssée de l’espace.

Le clou du spectacle est quand même cette écran sur lequel défile l’image d’un monstre, tête, torse, bras et jambes, dont les pas lourds résonnent en basses profondes dans toute l’exposition. Cet être se métamorphose au fil de sa marche, en évoluant à travers les différents états de la matière, tour à tour feu, eau, métal, molécule, poil, ambre, pierre, or, et le bruit de ses pas est accompagné du son que fait la matière qui s’entrechoque (bruissement, bruits métalliques, billes qui roulent). Tout simplement hypnotisant, hallucinant.

Ce week-end, c’est le producteur et animateur de radio Gilles Peterson qui propose un tour du monde de découvertes musicales et le week-end prochain, les 28 et 29 mai, la Gaité lyrique nous donne à vivre une « expérience japonaise », autour de la créativité nippone en musique, art numérique et performance.

Vraiment, ça vaut le coup, ne vous privez pas d’une expérience unique qui surprend les sens et bouleverse les repères.

Et d’une pierre deux coup, faites donc un petit tour à la Galerie Gabriel&Gabriel, rue du Vertbois, dont je vous avais déjà parlé, et qui nous propose pour sa quatrième exposition de découvrir l’univers de l’Artiste-Ouvrier, magicien du pochoir et de la bombe de peinture. Il fait naître à coups de dentelles de papier savamment superposées des œuvres magiques et mystiques, telle La Vierge dans la forêt, pièce maîtresse de l’exposition, ou encore  ses versions des Raboteurs, de Caillebotte. A l’initiative de la Galerie, l’artiste propose cette fois ses œuvres sur du plexiglas en couleur ou sur des blocs de béton en noir et blanc, en plus de son précédent travail réalisé sur des anciens tiroirs ou des vinyls.

Et comme mes galeristes préférés ont été portraiturés et paulettisés à merveille, je ne résiste par à vous faire  cliquer ici.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon voyage!

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Un Américain à Paris

Bon, aujourd’hui, j’avais prévu de vous parler de la nuit des musées, avec notamment l’expo Madame Grès (la couturière) au musée Bourdelle et les superbes tutures de Ralph Lauren aux Arts décoratifs, mais une tartine de chèvre frais en aura décidé autrement.

Bref, si vous voulez en savoir plus sur mes déboires avec la tartine susmentionnée, postez un commentaire.

Tenant compte de ce contretemps, j’ai déclaré forfait et maté un excellent film de Christopher Nolan, Memento, avec Guy Pearce et Carrie-Anne Moss, sur un mec qui perd la mémoire immédiate après un accident et cherche à venger la mort criminelle de sa femme. Excellents acteurs, excellent scénar (un brin complexe) et mise en scène nerveuse et originale (ça commence par la fin), mais pas plus barrée que pour les autres films de Nolan (Inception, Le Prestige). Prix du Jury au festival de Deauville en 2000, tout de même.

Sinon, j’ai quand même profité de mon vendredi off pour faire un tour à la BNF Tolbiac pour la saisissante expo Richard Prince, American Prayer (en référence à un poème de Jim Morrison). En bonne fan de la culture populaire américaine (Harley, Hell’s Angels, V8 et grosses cylindrées) et de sa contre-culture des années 50 à 80 (Beat Generation, Woodstock, Janis Joplin, Jimi Hendrix), je ne pouvais qu’être enchantée par ce voyage dans le temps à la recherche d’une identité culturelle américaine.

L’artiste, New Yorkais depuis les années 70, est devenu la figure de proue de l’appropriation art, qui consiste à s’approprier un objet (photo, affiche, livre) en le détournant en en le désignant comme œuvre d’art (cf en France Marcel Duchamp). Il a commencé sa carrière aux archives de Time Life, en collectionnant et photographiant des magazines et journaux découpés. C’est à lui que l’on doit les photographies des pubs Marlboro recadrées sur le cow-boy, ou encore la reprise de la photo scandale de Brooke Shields nue à 10 ans, par Gary Gross, renommée Spirtual America.

Il collectionne également des livres et magazines populaires : comics érotiques et fantastiques, pulp-fictions, romans policiers, romans de gare pornographiques, et des perles originales de la contre-culture américaine, qu’il appelle « beathippiepunk », comme une vingtaine d’éditions du roman Lolita de Nabokov, des lettres, manuscrits, documents originaux, de la plume de Jack Kerouac, William Burroughs, Allen Ginsberg, Richard Brautigan, Chester Himes, Philip K. Dick ou Jim Thompson, l’auteur d’un enquête culte chez les Hell’s Angels ou du cultissime méga trip Las Vegas Parano, adapté à l’écran par Terry Gilliam avec Johnny Depp. On peut citer des étonnantes lettres de Jimi Hendrix à son père, dans lesquelles il dit qu’il n’a pas été payé pour son concert, mais qu’il a toujours sa guitare et que ça lui suffit pour continuer à vivre.

La correspondance (cartes postales, lettres, photos) entre Truman Capote et le condamné à mort Perry Smith pour le meurtre « de sang froid » d’une famille entière, et avec qui il avait eu de nombreux contacts pour écrire le roman éponyme hallucinant paru en 66 (à lire absolument si ce n’est pas déjà fait) est fascinante. Des documents aussi intrigants que dérangeants, qui donnent la sensation de regarder par le trou de la serrure…

L’artiste se réapproprie bon nombre de documents et de photographies et choisit d’exposer ses photos dédicacées par des actrices porno ou célèbres comme Pamela Anderson ou Demi Moore (jeune et méconnaissable). Il collectionne également les photos de bikeuses dénudées au brushing savamment exécuté, alanguies sur leurs Harleys, telles des icônes de la culture populaire américaine (effet comique garanti). On ne parvient pas toujours à distinguer l’origine des clichés,(est-ce l’artiste qui les a réalisées?), les légendes de l’expo étant parfois trop parcimonieuses.

On se régale cependant devant un grand cliché pris à Woodstock, le seul qu’il ait pu réaliser faute de pellicule de rechange. Il avait 19 ans, pensait trouver une pelloche sur le chemin, venir et repartir, « come and go« , mais comme il l’explique, il était impossible d’aller « jeter un œil », avec 20 km de bouchon pour entrer sur le site, et pour ressortir, la même chose. Il s’est donc débarrassé de ce cliché réalisé à la volée, où l’on voit au premier plan des jeunes hippies assis serrés les uns contre les autres, et en arrière plan, les collines noires de monde, un paysage humain incroyable, inimaginable à moins d’y être.

En bonus, la BNF a donné carte blanche à l’artiste pour choisir une quarantaine de livres pornographiques des années 70 issus du Dépôt légal, et d’en modifier la couverture (plastifiée) d’une richesse graphique étonnante. Bonne surprise, en fin d’expo, tous les livres de l’artiste sont en consultation sur des I-Pad, super pratique et très chic.

Je vous parlais dans mon dernier post de la photographe Canadienne Diana Throneycroft qui détournait les clichés sur l’identité nationale canadienne et mettait en avant la violence des images dans la société de consommation actuelle. Richard Prince travaille sur l’Amérique des profondeurs et les mythes américains pour ce qu’ils sont : des images d’images d’une société d’abondance. En cela, il fait partie du groupe informel de The Pictures Generation (comme la photographe Cindy Sherman), qui propose au public de réfléchir sur les images des codes et des valeurs dont il n’est pas dupe, mais par lesquelles il aime se laisser séduire.

Richard Prince tourne en dérision cette culture de masse, bien qu’il soit aujourd’hui un des artistes les plus chers au monde (sa série de peintures « Nurses » s’arrache à des sommets). La dualité de son identité artistique, qui combine rejet de la société de consommation et œuvre ultra bankable, célébrée par une élite aussi vaine que le star-system qu’il détourne, correspond bien au paradoxe du mythe américain dont il s’inspire : sex, drogues et rock’n’roll, argent, célébrité, scandale. Obsession du paraître mais aussi et surtout, quête de liberté. Born to be wild, yeah.

Et sinon, pour finir ce post interminable (j’ai fait plein de trucs ce week-end, même avec un doigt bien entaillé), un petit mot tout de même sur le dernier Woody Allen, Midnight in Paris.


Allez-y, c’est vraiment pas mal. On est un peu dubitatif au début, c’est du Woody-déjà-vu, genre un couple qui passe une semaine à Paris avant son mariage, avec les beaux-parents ricains, pétés de fric, et Tea partistes. Le fiancé (Owen Wilson, de mieux en mieux comme je le disais il y a peu, et très à l’aise dans le rôle du scénariste d’Hollywood, aspirant écrivain, et toujours aussi désarmant en looser un peu paumé) veut s’installer à Paris pour vivre de sa plume et trouver l’inspiration dans la vie de bohème.  Sa compagne (Rachel McAdams, beaucoup moins exaspérante que dans Morning Glory où elle est tout simplement insupportable), encouragée par ses parents, ne veut pas renoncer à son petit confort.

L’intrigue est posée, et sans jouer au spoiler, on sait bien que ça va péter. Alors oui, le Paris de Woody est tout lisse, tout plein de réverbères allumés (même où toi Parisien tu sais que Paris est crade et que les réverbères ça court pas les rues), les distances y sont super réduites ou alors c’est qu’ils marchent super vite chez Woody (on passe d’un plan de Montmartre aux bords de Seine en deux minutes et demi). Non, la prestation de Carla n’est pas indispensable et elle reste d’ailleurs anecdotique. Oui, ça fait plaisir quand toi Parisien, tu reconnais des endroits que les autres ne reconnaitront pas (le Musée des arts forains, les Puces de Saint-Ouen, le restaurant Polidor qui existe vraiment mais que tu sais qu’il est pas là où Woody le filme et que c’est un fake, l’UGC Danton à Odéon devant lequel tu passes tous les jours – hey, c’est pas moi là avec mon parapluie rouge?). Oui, c’est un peu le Paris de carte postale, tout propre et tout chic, mais c’est le Paris que veulent voir les Ricains tout propres et tout chics (antiquaires hors de prix, taxis à tout bout de champ, dégustation de vin sur la terrasse d’un hôtel avec vue sur la tour Eiffel).

Et du coup, le reste du film est un enchantement, quand à minuit à l’issue d’une de ses promenades nocturnes (après la famueuse dégustation), Owen aviné est invité à monter dans une Peugeot des années 20. La citrouille se transforme en carrosse (ou en DeLorean sans Marty McFly). On rencontre alors avec lui tout le Paris des Années folles (Francis Scott Fitzgerald, Zelda Fitzgerald, Picasso, Luis Bunuel, Man Ray, Gertrude Stein, Ernest Hemingway (mention spéciale à l’acteur qui l’incarne, un bien joli brun ténébreux nommé Corey Stoll). Il faut l’avouer, le casting assure (Michael Sheen, Kathy Bates, Marion Cotillard, pas mal, Adrian Brody, jouissif en Salvador Dali).

Bref, un très bon moment de cinéma, une étonnante incursion de Woody Allen dans la SF, et un joli voyage à la découverte de la vie intellectuelle et culturelle parisienne, de la Belle Époque aux Années Folles.

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