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Avec la carte illimitée, c’est plus facile…

Summertime

Summertime est un beau film. Un film lent et délicat, et qui pourtant parle de choses tragiques, du douloureux passage de l’enfance à l’adolescence, d’espoirs et de rêves brisés.

De ce film, prix du Jury au festival de Deauville, qui récompense des petits bijoux du cinéma indépendant américain (je pense à Winter’s bone ou Martha Marcy May Marlene), on retient la moiteur du Mississipi, son soleil écrasant, le désert doré de ses champs de maïs, le bitume aride de ses routes infinies, promesse d’horizons meilleurs pour une population pauvre et digne, qui essaie de s’en sortir la tête haute.

The Dynamiter (titre original du film), est l’histoire d’un gamin au seuil de l’adolescence, presque 15 ans, Robbie, qui tente de maintenir l’illusion d’une famille qu’il n’a pas connue : sa mère est partie « se soigner » en Californie, le laissant seul avec sa grand-mère mutique et son demi-frère dont il s’occupe comme un père.  Il lutte au quotidien pour rester dans le droit chemin, montrer l’exemple à ce petit garçon innocent et dont il donnerait tout pour qu’il le reste. Même si pour cela il doit s’opposer à son grand frère, joueur de football raté, coureur de jupons, voleur, bon à rien.

Le jeune acteur est formidable (William Ruffin), tout en retenue, colère contenue, en sourires parcimonieux si  lumineux, presque sensuel avec son corps noueux et musclé à demi nu, habitué à la moiteur du climat. Son visage encore enfantin contraste avec ce corps à la virilité affirmée, déjà celui d’un adulte, (il compare avec son frère le poids qu’il est capable de soulever) : il n’est pas prêt à assumer des décisions de grandes personnes, et pourtant il n’aura pas le choix.

Summertime est un film tendre, violent, contemplatif parfois (Terrence Malick n’est pas loin), qui saisit au vol des parcelles de vie, la joie de jeux d’enfants, les premiers émois, la tristesse des illusions perdues. C’est la nostalgie de l’enfance qui s’en va trop vite, qui défile sans se retourner, qui projette les êtres malgré eux dans l’âge adulte, où le destin prend les choses en main et les choix sont faits par défaut. Summertime, c’est la nostalgie d’un été qui passe trop vite, qui plus jamais ne sera, le coeur qui se sert quand à peine on y pense, et déjà c’est fini, un été qui fait d’un enfant un homme, et pour toujours.

Notre été commence à peine, et il commence plutôt bien. Le réalisateur, Matthew Gordon, dont c’est le premier essai, n’a pas fini de faire entendre parler de lui.

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Cinémathèque

Je suis beaucoup moins assidue que d’habitude, et je prie mes (nombreux) lecteurs attentifs de m’en excuser. Pendant ces quelques semaines d’absence, j’ai beaucoup travaillé, fait la fête (à Londres notamment, on ne peut pas être partout) et les soldes. Et tout cela, ben ça prend du temps.

J’ai aussi comme vous vous en doutez beaucoup arpenté les salles obscures, avec quelques films remarquables à la clé, et une demi-déception (elle était prévisible).

S’il on revient un peu en arrière, genre aux alentours de Noël, il faut quand même que je vous dise que j’ai adoré le Carnage de Roman Polanski (sorti le 7 décembre et toujours à l’affiche, tiré d’une pièce de Yasmina Reza) huis-clos jouissif entre deux couples réunis dans un appartement pour résoudre le litige qui opposent leurs deux fils (une vulgaire baston de gamins qui finiront, comme toujours par se rabibocher). Là où l’exercice est fascinant, c’est que cette trame est le prétexte à une très caustique comédie sociale, sur les rapports humains entre les classes et à l’intérieur même du couple. Jodie Foster et John C. Reilly incarnent la middle-class bobo-intello (elle surtout, lui est dans les chasses d’eau, et sa beaufitude sera prétexte à des joutes verbales incroyables et hilarantes), tandis que Kate Winslet et son avocat de mari, Christophe Waltz (très beauf aussi, scotché à son téléphone portable et d’une impolitesse crasse) sont issus de la hupper classe new yorkaise. Tout ceci commence de façon bien policée, pour finir en joyeux (?) bordel, arrosé de whisky, de pleurs, de crises d’hystérie, et même de vomi (si, si). Roman Polanski nous offre là un excellent moment de cinéma, une critique acerbe de la bonne conscience humaniste et des dérives du capitalisme, en même temps qu’un portrait au vitriol des couples qui n’ont rien à faire ensemble et qui maintiennent un semblant de vie commune pour le bien-être de leur enfant et davantage par souci du qu’en dira-t-on. A voir absolument, juste parce que l’on rêve d’assister à la même scène lors d’un déjeuner de famille convenu et ennuyeux, pour voir tout ce beau vernis craquer. Ce film, ça a été mon cadeau de Noël à moi.

J’ai un peu aimé Shame pour le beau Michael Fassbender, si émouvant en sex addict  handicapé des sentiments incapable de tomber amoureux qui lutte chaque seconde pour essayer de ne plus penser à la seule chose qui l’éloigne de ses démons :  baiser. Pour Carey Mulligan aussi, sa soeur paumée qui cherche à se rapprocher de la seule famille qui lui reste. On est ému, bouleversé par des scènes de violence désespérée où l’acteur va jusqu’à satisfaire ses pulsions dans un club gay car il est refoulé de son club habituel. On est aussi déçu de ne rien savoir de ce qui a brisé ces deux êtres solitaires, de leur passé ou de leur avenir, alors que le film comporte pourtant bien des longueurs (notamment une scène où Carey interprète mal et trop longuement le fameux hymne « New York New York »). Dommage.

Plus récemment, Take Shelter, sorti le 4 janvier, est ma première grosse claque ciné de l’année (hormis une fin un peu facile qu’on aurait aimé plus ouverte), avec la révélation Michael Shannon, déjà découvert en flic psychopathe dans la série sur la prohibition Boardwalk Empire et dans le bouleversant Revolutionary Roads (Les Noces Rebelles) de Sam Mendes, aux côtés de Di Caprio et Kate Winslet dans le rôle du voisin à moitié dingue, mais le plus lucide de tous, évidemment. Take Shelter offre le portrait d’un homme en proie à des rêves extrêmement pregnants, et qu’il imagine prémonitoires, doublés d’hallucinations qui lui semblent plus que réelles et qui finissent par handicaper son quotidien. Il est persuadé qu’une énorme tempête va toucher le fin fond de son Ohio perdu et menacer sa petite famille (dont Jessica Chastain, divine en épouse aimante et dévouée) et se met en tête d’agrandir un abri sous terrain déjà existant. Tout le monde le prend pour un dingue, ce qu’il finit par devenir, avant d’accepter de se faire soigner. La terreur de cet homme, son angoisse à l’idée qu’il ne parvienne pas à protéger sa famille, à l’idée qu’il puisse vraiment perdre la raison comme sa propre mère, tout cela se lit admirablement sur les traits inquiétants et puissant d’un acteur avec qui il faudra désormais compter.

Louise Wimmer (4 janvier) est un beau portrait de femme, un film social et engagé, avec cette actrice ultra nature issue du théâtre, Corinne Masiero, qui campe une femme de 50 ans, qui suite à un divorce houleux (on comprend qu’elle a quitté de son plein gré un mari volage et qu’elle n’est pas femme à accepter de revenir) se retrouve à faire des petits boulots et à dormir dans sa voiture. Le portrait qu’en fait Cyril Mennegun est dur, cruel, comme la vraie vie peut l’être, mais jamais irrespectueux. L’actrice est digne, elle lutte pour conserver cette seule chose qui lui reste, la dignité, un combat de chaque instant, surtout lorsqu’il faut soutenir le regard larmoyant de sa fille qui la fuit. Louise ne sourit pas beaucoup, elle est parfois aggressive, mais comment ne pas l’être quand la vie s’en charge pour vous ? Elle se fait console et trompe sa solitude avec des amants de ci de là, qui ne savent rien de sa détresse, mais qui la font se sentir femme à nouveau l’espace de quelques heures. Une note d’espoir point à la fin du film, et il était temps : on sait que le brouillard étouffant de la précarité nous guette tous.

Trust, en salles depuis mercredi, le second long métrage de David Schwimmer (Ross de Friends) est une réussite, parfois un peu didactique mais le propos est suffisamment grave pour ne pas être traité à la légère ni de façon ambigüe. Une gamine de 14 ans (époustouflante Lian Liberato) est contactée par tchat par un certain Charlie, lycéen de 15 ans. Au fil du temps, une amitié se noue. Le Charlie en question se sent en confiance et lui avoue qu’il a en fait 20 ans, puis 25. La gamine hésite, mais ne prévient pas son père, pubard occupé mais prévenant (Clive Owen, en flux tendu pendant tout le film).

Charlie, profitant d’un week-end d’absence des parents d’Annie (la gamine), lui propose de la rencontrer dans un centre commercial. Jusqu’ici tout va bien, mais on sent le truc bien glauque qui arrive. Le mec en a au moins 35, Annie est terrorisée, en larmes, puis se laisse embobiner et guider par se mec qui lui chante combien elle est jolie et combien il l’aime. On est très sérieux sur ces choses-là quand on a 14 ans. Je ne spoile rien du tout, mais il y aura viol, qu’Annie refusera au début de considérer comme tel en continuant de défendre son bourreau contre son père qui s’échine à comprendre comment sa fille a pu tomber ses filets. Le violeur sera traqué et par le père et par le FBI. Pas facile de retrouver ces pros du chat, qui se planquent derrière des adresses IP en Hongrie et utilisent des téléphones jetables. L’ADN correspond, le mec est récidiviste. Il faudra ça pour que la gamine comprenne que son histoire n’a rien eu d’une amourette.

Là où le film est intéressant, c’est que la question de la marchandisation et de la chosification du corps des gamines est sans cesse mise en parallèle avec  la déviance et la perversion du violeur. Le personnage du père travaille pour une boite qui  élabore les campagnes de pub pour American Apparel, où l’on voit des mannequins extrêmement jeunes sourire à l’objectif à moitié nues et dans des poses très lascives… Tous coupables? La quête du jeunisme absolu fera-t-elle de nous des pédophiles en puissance? Certainement pas, mais de la lingerie sexy et des strings pour des gamines de 10 ans, on en trouve partout.

Ce film est tiré d’un fait divers, le réalisateur ayant été sensibilisé par une association de protection des mineurs au cours du tournage d’un épisode de Friends. Emu et bouleversé par cette histoire, il a décidé d’en faire un film, grandement financé par Clive Owen, par ailleurs. La plus jeune des victimes de ce violeur n’avait que 12 ans…

Et enfin, n’allez pas voir J. Edgar, excepté si vous êtes fan absolu de Di Caprio (comme moi), il a des lentilles brunes et son sex-appeal en est grandement modifié. Si vous y allez quand même, rincez-vous plutôt l’oeil avec celui qui fut  l’accolyte et compagnon de route  de Hoover pendant 40 ans, son fidèle ami (boyfriend?) Clyde Tolson, interprété par le sublime Armie Hammer, qui jouait un des frères Winklevoss spolié par Mark Zuckerberg dans The Social Network de David Fincher .

L’interprétation des acteurs est impéccable, malgré des couches et des couches de maquillage, qui en ont d’autant plus de mérite. Caprio est excellent, comme toujours, Noami Watts en secrétaire fidèle, admirablement bien vieillie, est formidable. Mention spéciale aussi à l’acteur qui joue un Nixon plus vrai que nature, sourire scotch brite, brushing compris et « fucking » à toutes les sauces.

Le film est court pour l’ampleur de la tâche (2h15), trop court. Même critique que pour les Marches du pouvoir, de Georges Clooney, il faut plus de temps pour asseoir et peindre un tel personnage, avec de telles zones d’ombres et ambiguïtés : profondément anti-communiste, raciste, gay refoulé, fils à maman, paranoïaque, charmeur implacable… Et plus de temps aussi pour éviter les clichés inhérents à ce scénario qui traite toute la vie d’un personnage secret et complexe. Judy Dench est parfaite en mère castratrice, mais la caricature guette (« je préfère avoir un fils mort qu’un fils homo »). On sent que Clint Eastwood est tiraillé entre son âme de Républicain et celle du citoyen progressiste engagé. Il aurait pu seulement se concentrer sur cette belle histoire d’amour et de fidélité entre deux hommes, qu’il a par ailleurs retranscrit avec finesse et pudeur, en laissant planer le doute, mais en se risquant à montrer cette histoire jusqu’alors taboue dans le grand public américain.

Mais l’on passe trop vite sur les relations de Hoover avec sa mère, ainsi qu’avec les belles actrices qui tombaient à ses pieds (Ginger Rogers par exemple) mais qui le terrorisaient littéralement. Explorer ses relations avec les différents présidents (il en connaîtra pas moins de 9 pendant une présidence de 48 ans) aurait également apporté des réponses. On passe aussi trop vite sur l’enlèvement et la mort du petit Lindbergh, l’enfant du célèbre aviateur, résolue grâce à Hoover et les débuts de la police scientifique. Bref, on sent que Eastwood a de la sympathie pour le directeur du FBI, bien qu’il s’en défende dans de multiples interviews,  et c’est bien ça le problème. Hoover était loin d’être sympathique. En choisissant de montrer ses failles personnelles, sa fragilité, plutôt que ses actes professionnels malveillants et malhonnêtes, le réalisateur choisit finalement le consensus, en restant à la surface de la vie ce control freak frustré et aigri, sans jamais en approfondir un aspect.  Il est vrai qu’il est difficile de raconter la vie de ce paranoïaque si secret, mais tout réalisateur est maître de son oeuvre et peut offrir son interprétation de l’histoire. Eastwood offre ici  un film au scénario lénifiant qui manque cruellement de point de vue. Re-dommage.

Mais rien n’est joué, et ça vaut la peine de se plonger dans le passionnant roman de Marc Dugain, La malédiction d’Edgar, qui raconte les relations particulièrement tumultueuses voire hostiles entre Hoover et les Kennedy.

Ah oui, j’oubliais, Millenium version David Fincher, avec Daniel Craig et Rooney Mara est un peu en acceléré elle aussi, en tous cas du point de vue du scénario.  La version suédoise du premier épisode est en effet plus détaillée et plus minutieuse, mais aussi beaucoup plus classique (trop?). Naomi Rapace y campe tout de même une Lisbeth Salander inoubliable et beaucoup plus animale que Rooney Mara, avec sa tête de poupon anorexique, mais dont la sensualité effarouchée et naïve fait mouche.

The Girl with the dragon tattoo sent la patte Fincher et le rythme du film est incontestablement plus soutenu, l’image plus belle et le parti pris scénique plus marqué. Mention spéciale au générique du film, montage halluciné et syncopé en image de synthèse de corps déformés et recouverts de ce qui semble être toute la boue des horreurs de ce monde, et tout ça sur la magnétique Immigrant Song de Led Zeppelin, reprise par le dieu Trent Reznor. Effet garanti.

La scène dans laquelle Lisbeth se venge sur un des hommes qui n’aimait pas les femme est toujours aussi jouissive, et rien que pour tout ça, on y retourne les yeux fermés (et un peu pour Daniel Craig, décidément très sexy en lunettes).

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Le choc des titans

Perso, je trouve Carl Jung beaucoup plus sexy que Sigmund Freud, non?

Faut dire que le pauvre Viggo a hérité d’un faux nez pour faire plus vrai,  mais c’était nécessaire.

 

Tout ça pour dire que j’ai passé un très bon moment de cinéma pour finir cette année 2011 et que je sais déjà que je vais en passer encore beaucoup d’autres en 2012…

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Il était une fois le vibro

Je vous conseille un excellent film, Oh my God!, comédie anglaise jouissive (elle était facile) et légère sur l’invention du godemiché, du vibromasseur plus précisément.

Nous sommes à la fin du XIXe siècle et le Dr. Mortimer Granville (Hugh Dancy, très beau garçon), en avance sur son temps et horrifié par la médecine moyenâgeuse encore pratiquée (saignées et ignorance des germes et microbes), se fait virer de tous les hôpitaux et atterrit dans le cabinet d’un médecin spécialiste de l’hystérie féminine (pléonasme, « hystérie » venant d' »utérus »), le Dr. Dalrymple. Il y apprend que pour soigner l’hystérie, il va falloir qu’il use avec abondance de sa main droite, pour prodiguer des massage utérins à toutes ces femmes en quête de bien-être et de paix.

En effet, à cette époque extrêmement prude et misogyne, la mélancolie, le  mal-être et l’extrême nervosité d’une femme sont à chercher du coté d’un mari négligent, ou d’un veuvage,  mais toute femme un peu indépendante (et surtout « vieille fille ») est considérée comme folle et bonne à enfermer. Et comme on pense encore que le plaisir féminin ne peut provenir que de l’acte de pénétration vaginale, cela ne pose aucun problème, pour calmer tout signe d’hystérie, de faire appel à un médecin ou une infirmière pour procéder à une stimulation manuelle du clitoris , qui conduira à un « paroxysme » et au soulagement des tensions.

Vous vous en doutez, l’affaire du Dr. Dalrymple est florissante, et le devient d’autant plus avec le talent du jeune Mortimer. Le rythme des consultations est effréné, et la crampe de la main ne tarde pas à surgir. C’est là qu’intervient l’ami de Mortimer, joué par Rupert Everett (hilarant en dandy loufoque, tout en retenue et espièglerie – son visage figé par le bistouri n’aidant pas à l’expressivité…).

Passionné par la toute nouvelle fée électricité, il s’invente l’ancêtre du ventilateur qu’il nomme « plumeau », et que Mortimer va détourner pour stimuler le clitoris de ses patientes…

Evidemment, une histoire d’amour couve dans cette comédie réjouissante, et le personnage de femme de caractère, presque féministe en avance elle aussi sur son temps, interprétée par une Maggie Gyllenhaal inspirée, va défier ce jeune homme et le pousser à changer sa vie.

Je n’en dis pas plus, mais attendez bien la fin du générique avant de quitter la salle, il ne faut pas louper le florilège des plus beaux vibromasseurs, des débuts à nos jours (on passe du sèche-cheveux au canard souriant, quel voyage).

Si vous êtes intéressé(e) par ce sujet et souhaitez creuser la question, voici trois conseils de lecture :

L’Affaire Rouy, de Yannick Ripa (éditions Tallandier), qui raconte l’histoire de cette jeune pianiste indépendante et célibataire, enfermée dans un asile sur ordre de son demi-frère voulant ce débarrasser du fardeau qu’elle représente. Enfermée pendant 14 ans, rayée de la carte, elle finira par être libérée par des administrateurs plus éclairés, et à demi-folle pour de bon, cette fois.

Histoire sommaire de la maladie et du somnambulisme de Lady Lincoln, des Dr. Koreff et Wolowski (éditions Tallandier). Ceci est un journal tenu par deux médecins, dont un Français magnétiseur, chargés de soigner une jeune Anglaise atteinte d’hystérie et de véritables crises de catatonie, de paralysie et de démence, comme si elle était possédée (elle parvient au cours d’un séance à se déboiter la mâchoire et la hanche une dizaine de fois sans paraître ressentir la douleur). Pour la soigner, les médecins ont recours au « somnambulisme » (à l’hypnose en réalité) et aux massages de la vulve. La femme semble faire des progrès mais la famille finit par lui interdire les consultations, sur pression du mari. On apprendra ensuite que les crises ont subitement disparu après son divorce. Elle s’était en effet plainte d’un mari qui la délaissait et avec lequel elle n’avait aucun point commun… Réalité ou jeu dangereux, le mystère reste entier mais le témoignage est saisissant et l’on serait tenté d’y croire. Le corps a pu ici exprimer de façon inconsciente un mal-être et réagir violemment aux carcans d’un quotidien morne et oppressant.

Technologies de l’orgasme. Le Vibromasseur, l’hystérie et la satisfaction sexuelle des femmes, de Rachel Maines (éditions Payot).  Dans cet ouvrage passionnant, l’historienne montre comment l’orgasme féminin a toujours été l’objet de luttes, en étudiant l’histoire du vibromasseur et les techniques de masturbation féminine. Utilisées depuis l’Antiquité à usage médical, comme un acte thérapeutique, puis pour excuser les ratés de la vie conjugale en pathologisant la sexualité féminine, elle sont devenues techniques érotiques utilisées par les femmes et ont fait du vibromasseur l’étendard de la la liberté sexuelle féminine.

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Trop de Ryan tue le Ryan

Je suis allée voir les Marches du pouvoir hier, le dernier film de George Clooney. George, toujours aussi parfait, y interprète le gouverneur Morris, dans la course à la primaire démocrate, qui doit le conduire tout droit à la Maison Blanche. Son conseiller en communication, jeune loup encore frais et naïf, talentueux et plein d’idéaux, c’est l’omniprésent Ryan Gosling ( et il adore George le politicien sympa, de gauche, avec des idées tout à fait louables sur l’écologie et la faim dans le monde). Bref, comme vous (et nous dès le début du film), on sait que quelque chose va craquer et faire déraper toutes ces belles intentions. Mais je ne spoilerai pas.

Philip Seymour Hoffman, un des plus grand acteur de sa génération (et qui ne joue malheureusement que trop souvent des seconds rôles), incarne le directeur de la com’ de Clooney, hyper droit dans ses bottes et très attaché à la loyauté de son staff. Face à lui, Paul Giamatti (encore un excellent acteur de seconds roles), qui joue le dir’com de l’autre candidat démocrate. Un salaud comme les autres, ni plus, ni moins.

De facture classique (trop?), le film met longtemps à démarrer, accumule un peu trop poncifs et raccourcis faciles, finit tout de même par être efficace. Il dure un peu plus d’une heure et demie, ce qui paraît court lorsqu’on prend l’habitude des deux heures qui sont aujourd’hui la norme. Ca peut suffire à rendre un film percutant. Là, on reste un peu sur sa faim, on aurait voulu que George nous en dise plus, qu’il approfondisse l’intrigue, creuse les personnages, les fasse parler un peu plus et nous faire comprendre ce qui pousse un homme à se parjurer pour réussir.

On est trop habitué, aussi, à ces séries magistrales sur le monde de la politique, sa pourriture, les vases communiquant entre toutes les institutions (congrès, mairies, police, éducation, entreprises privées), le renoncement à tous ses idéaux pour atteindre la plus haute marche, les compromis qu’il faut faire mais qui vous déchirent de l’intérieur. Comme The Wire, où l’on suit l’ascension d’un jeune politicard plein de bons sentiments et qui finit par jouer le jeu pour devenir le maire de Baltimore. En cinq saisons magistrales, The Wire vous démontre avec une efficacité redoutable toute l’illusion du processus démocratique.

Evidemment, en 5 saisons de 13 épisodes chacune, on a le temps de développer le sujet. Les Marches du pouvoir, c’est plutôt : « tous pourris,  et what else? »

Je ne peux pas clore cet article, vous vous en doutez bien maintenant, sans parler de la prestation du beau Ryan Gosling. Est-ce parce que l’on vient de le voir dans une demi-douzaine de films ces six derniers mois et qu’on va surement le voir dans l’autre demi-douzaine dans les mois qui viennent, qu’on se dit que finalement, il joue toujours un peu pareil, Ryan (là, tenez, on revoit sa mine de beau gosse sûr de lui dans le non moins excellent Crazy Stupid Love…).

Vous me direz, chaque acteur a sa personnalité et finit par avoir toujours un peu les mêmes expressions, surtout quand il enchaîne les films et le spectateur avec. Tous les acteurs ont eu leur période de prise d’otage médiatique en leur temps (Brad Pitt et Entretien avec un vampire, Légendes d’Automne, 7 ans au Tibet, Sleepers, Seven, L’Armée des 12 singes, avant la consécration Fight Club, Tom Cruise avec Jour de Tonnerre, Top Gun, Cocktail et j’en passe, Mel Gibson avec son arme fatale et ses comédies, Richard Gere et sa pretty woman – ma mère en cherche toujours un comme lui, faut que je lui explique qu’il est plus comme dans ses films des nineties – Bruce Willis, Mickael Douglas et plus récemment Jeff Bridges – qui sort un excellent disque de country par ailleurs).

Toujours est-il que Ryan manque un peu de profondeur, qu’il a du mal à incarner son personnage et faire face à un Philip Seymour Hoffman de haut niveau.

Je dois admettre que dans un court dialogue, il joue même un peu faux… En panne d’inspi Ryan? ça peut arriver, surtout après un tel rôle d’autiste…  On peut imaginer combien il est difficile ensuite de décrocher de la mine patibulaire et inexpressive… Mais bon tu es payé pour ça mon p’tit bichon. Tu n’as jamais été meilleur que dans Blue Valentine, avec ton jeu d’acteur riche et travaillé, incarnant un artiste raté, grand romantique désappointé, qui émeut et prend aux tripes. Ce sera pour la prochaine fois, mais il te reste encore du chemin, n’oublions pas que tu fus et restes un fan de Mickey, comme Justin et Britney…

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I’m back

Bon, tout d’abord, toutes mes confuses pour ma si longue absence. Mais j’ai une bonne excuse, j’ai commencé un nouveau taf encore plus passionnant que le précédent (ou alors c’est parce qu’il est nouveau, et que tout nouveau tout beau). En plus de livres d’histoire, je défends maintenant des livres de sciences humaines (philo, psycho, psychanalyse, développement personnel, sociologie), de sciences tout court, d’économie et d’écologie. bref, I’m loving it comme ils disent chez Mc Do.

Mais je n’ai pas fait que bosser, loin de là, vous vous en doutez. J’ai une vie après le travail moi madame. Et comme j’ai fait plein de trucs (au niveau culturel s’entend, pas ma vaisselle ni mes lessives), je vais essayer de me les rappeler et de vous donner envie d’y aller. En vrac :

1/ J’ai succombé à un massage aux huiles chaudes d’une heure et demie (sur le machiavélique site ultra capitaliste Groupon) et j’ai découvert une adresse incroyable, avec des masseuses et masseurs archi gentils (ils m’ont offert du thé pour que j’en refasse at home), et je vous dévoile en exclu l’adresse (à essayer impérativement, le massage thaï traditionnel de 2h)  : Thaï Harmonie Spa, 20 rue Greneta, dans le 2ème.

2/J’ai vu pour la première fois de ma vie une opérette, pour faire plaisir à maman lors de sa venue dans la capitale. Son père avait l’habitude d’écouter Luis Mariano, le spectacle était tout trouvé, La Belle de Cadix au théâtre Comédia (à Strasbourg Saint Denis). J’y suis allée sans trop y croire, et ben j’ai passé deux heures magiques. La mise en scène est revue et corrigée, sur fond de festival de Cannes et de show bizz, les acteurs sont excellents, ils jouent bien, chantent bien, dansent bien et le premier rôle est canon, il ressemble un peu à Poncherello (le motard de la série Chips) en plus beau, avec une coiffure et des sapes à la Elvis mâtiné de John Travolta. Un bien chouette moment, qui ne vous sera pas accessible tout de suite parce que une partie du plafond de la salle (500 kg tout de même) s’est effondré début octobre…

3/ Dans un tout autre registre, Roméo et Juliette sont en ce moment au théâtre de l’Odéon, mis en scène par Olivier Py. Pas mal. Olivier prend quelques libertés avec la pièce : je ne savais pas que Roméo était amoureux d’une autre fille avant Juliette, ni qu’il disait à l’époque « va te faire foutre », ni que les acteurs de Shakespeare montraient leur appendice et leur fesses aux spectateurs, ni que les hommes s’aimaient beaucoup sur scène…. On lui pardonnera ces petites entorses, car la scénographie est grandiose, les acteurs excellents (surtout Juliette), et rien que parce que la pièce dure 3h20, on peut les saluer bien bas. Je ne vous cache pas qu’après une journée de boulot, le strapontin fut fatal : moins confortable qu’un oreiller, il m’a tout de même fait louper les 5 mn de la scène d’empoisonnement. Sur plus de 3 heures, c’est une bonne moyenne.

4/Allez en prendre plein les mirettes avec l’expo au nom barbare Expressionismus & Expressionismi (1905-1920) à la Pinacothèque (Place de la Madeleine), autour d’une mise en abyme des deux mouvements de ce courant d’avant-garde allemand qu’est l’expressionisme : l’école Die Brücke (pour faire simple, c’est le courant le plus figuratif) et celle Der Blaue Reiter (le courant le plus abstractif, le groupe du Cavalier Bleu, fondé en partie par Vassily Kandinsky). On se rend compte que ces deux écoles que tout opposent ont finalement beaucoup en commun, et la comparaison des toiles que propose pour la première fois cette exposition est redoutablement efficace.

Le Chiffonnier, peinture de Marianne von Werefkin, ma préférée (courant Der Blaue Reiter)

Les toiles sont superbes (pour la plupart), des fines sculptures et des gravures saisissantes sont aussi présentées, la profusion des couleurs et des formes est un enchantement, mais la scénographie est complètement ratée : impossible de lire les blocs de texte sur un fond vert anis ou bleu lavande, et d’ailleurs les textes sont incompréhensibles : manque de virgules peut-être, ou plus vraisemblablement glose autiste d’un spécialiste incapable de se mettre à la portée du profane. En tous cas, j’ai deux toiles blanches et je savais pas quoi peindre dessus, je voulais faire un truc avec des couleurs flashy, me voilà inspirée….

5/ Plus sérieusement, courrez voir le dernier film de Maïwen, décidément très douée, Polisse. Elle filme la brigade des mineurs caméra à l’épaule sans misérabilisme, avec finesse et réalisme. Les dialogues sont drôles et violents (mi scénarisés mi improvisés), les acteurs sont excellents, tendus et à fleur de peau (mention spéciale à un Joey Starr impressionnant de justesse et de polyvalence, tantôt violent, tantôt tendre, et confirme ici sa prestation remarquée du Bal des actrices). Les images sont dures, on passe du rire aux larmes en quelques minutes (notamment grâce à des dialogues lunaires et aux fous rires incontrôlées lorsque les personnages et le spectateur se rendent compte, incrédules, que les gamines de 14 ans ont aujourd’hui une sexualité débridée insoupçonnée et que sucer pour récupérer un portable volé est on ne peut plus banal : « Est-ce que tu te rends compte que c’est une atteinte à ta dignité de faire ça et que tu ne dois pas accepter de faire ces choses là pour un portable? – Ben ouais, mais c’était vraiment un beau portable… » Le réalisme du film passe aussi par là, lorsque des situations dramatiques doivent être désamorcées par le rire, selon l’adage « mieux vaut en rire qu’en pleurer ».

Polisse, c’est une plongée dans la dure réalité de ce métier sacerdotal, qui n’offre aucun répit, pas même dans la sphère privée (on regrettera de ne pas connaître tout du dénouement de certaines affaires, mais l’attention de la réalisatrice est clairement portée sur les policiers et leur trajectoire personnelle, et non les enfants). Un film dur, réaliste, à travers lequel aucune lueur d’espoir ne parvient à percer.

6/ Après toutes ces émotions, ces joies, ces peines, allez faire un tour chez la tarte à la crème des brasseries parisiennes, mais qui fonctionne toujours : Chez Chartier, (sur les Grands Boulevards) avec son immense salle Art Nouveau, ses serveurs mi-blasés, mi-amusés, conscients du costume qu’ils endossent et de devoir faire honneur à la – mauvaise – réputation des garçons de café parisiens, son brouhaha, ses oeufs mayo, sa choucroute, son baba au rhum mangé cul-sec, et son addition peu relevée, plaisir ultime d’un repas copieux, correct et so « ça c’est pariiiiiiiiiiiis! »

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Classé dans ça s'est passé (ou pas)..., Culture/Déconfiture, Miam, On se fait une toile?, Une nuit au musée (ou à la galerie), Va voir là-bas si j'y suis!

Sec (sex) comme un coup de trique

Pardonnez ce mauvais jeu de mots, mais j’en suis encore toute retournée…

J’ai passé une heure et demie hier soir avec Ryan Gosling, plus sauvage et mutique que jamais, tout en jambes et en nerfs, un demi-dieu quoi.

Drive, le dernier film de Nicolas Winding Rufn (au nom imprononçable donc), Prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes, est une petite merveille de précision et d’efficacité.

Comme il l’a dit lui-même juste avant la projection, son film est « violent, avec un peu de romance, Ryan Gosling, beaucoup de courses poursuites en voiture, et pas mal de French pop music ». On l’a beaucoup applaudi, et même Gaspard Noé, venu en guest, et peut-être aussi pour prendre sa claque…

Je ne m’attendais pas à un film aussi violent, il faut le dire, à une violence sourde qui explose sans prévenir, au milieu d’une scène tendue certes, mais posée. C’est un véritable déchaînement de violence que prend le spectateur en pleine face. Et la gueule d’ange de Ryan de se transformer en celle d’un fou dangereux (et son léger strabisme divergeant de devenir vraiment inquiétant). Ne pas se fier au apparences… Même la typo du générique de film, écriture de fille rose fluo façon Dirty Dancing, brouille les pistes.

L’acteur joue le rôle de The Driver, jeune homme solitaire, perdu, avare autant en paroles qu’en sourires, dont on devine que sa vie n’a pas été bordée de pétales de roses… Il est cascadeur le jour, accessoirement conducteur de stock-cars, un peu garagiste aussi, et roule pour des truands la nuit, en les aidant à s’extirper de braquages, sans toutefois y participer. Il leur laisse 5 minutes, pas plus, pas moins, et ensuite il sauve sa peau. Chacun sa merde.

Il entre dans la peau du Driver en enfilant un blouson improbable, blanc cassé métallisé, avec un énorme scorpion mordoré brodé au dos. Faites marcher votre imagination. On ne s’en rend pas compte tout de suite, mais ça correspond bien au côté schizophrène du personnage, si calme et si doux, si plein de menace sourde et de violence contenue.

Sa vie morne et sans saveur s’éclaire lorsqu’il fait la connaissance de sa voisine (Carey Mulligan, pas plus bavarde) et de son petit-garçon, dont le père est en prison. Une idylle naît toute en douceur, on ne sait pas si elle ira au-delà d’un baiser, mais une main qui en couvre une autre sur le levier de vitesse, ça donne des frissons (surtout quand c’est celle de M. RG).

Là où ça se corse, c’est quand Ryan, épris de ces deux personnes qui comblent pour la première fois le vide intersidéral de sa vie, décide de prêter main forte au père tout juste sorti de prison. Celui-ci est en effet menacé par de sordides malfrats, qui jurent également de s’en prendre à sa petite famille.

Je n’en dirai pas plus. C’est le premier film de Nicolas Winding Rufn que je vois, mais je crois savoir que Le Guerrier silencieux, Valhalla Rising, qui comme son nom l’indique ne comporte pas beaucoup de dialogues, est ultra-violent, et combine également des scènes complètement planantes dans des décors à couper le souffle, sur des musiques divines. J’ai la trilogie des Pusher en DVD, je pense y jeter un coup d’oeil, planquée derrière mon coussin anti-frayeur.

Drive est un film de mec, comme tous les films de son réalisateur. Par son sujet, mais aussi par le traitement des personnages féminins. Carey Mulligan, brillante mais un peu nunuche, symbolise le repos du guerrier, sa raison de vivre, cette fleur fragile qu’il doit protéger, mais qu’il ne peut garder à cause de toute cette violence qu’il porte en lui. L’autre actrice, c’est Christina Hendricks (les fans de Mad Men répondront présent), sculpturale et fascinante dans des fringues modernes un peu cheap, en jean slim et hoody, qui subliment ses formes, et qui nous font nous exclamer « pour une fois une vraie femme dans un film, avec des seins et des fesses! ». Son rôle est pourtant très mineur, et sa fin très peu glamour (c’est un euphémisme…). Le reste des figurantes se résume à une poignée de gogo-danseuses aux seins de silicone, poupées gonflables  immobiles et sans vie, impuissantes et paralysées par tant de fureur déployée…

Drive est réalisé au millimètre près et chaque scène a sa raison d’être. Le silence des acteurs rend chaque moment extrêmement dense, décuple les émotions si parcimonieuse que l’on guette avidement sur les visages. Une grande douceur émane de certaines scènes de romance, mais une sauvagerie indicible peut apparaître dans la scène suivante (celle de l’ascenseur est particulièrement torve pour le spectateur).

Moi qui suis une fan absolue de courses poursuites en voiture (j’ai adoré Boulevard de la Mort de Tarantino, quoi qu’on en dise, et cette scène avec cette vraie cascadeuse couchée sur le capot d’une Mustang lancée à pleine vitesse, quel frisson), je n’ai pas été déçue. La caméra embarquée dans la voiture, qui filme en contre-plongée un Ryan Gosling concentré, tendu, et qui machouille un eternel cure-dent, le tout sur fond d’électro bien sentie, c’est tout simplement diabolique.

Au passage, le titre phare de la BO (disponible le 27 septembre prochain) est signé Kavinsky, alias le french Vincent Belorgey, et dont les morceaux font beaucoup penser à ceux de son pote Sébastien Tellier.

Mention spéciale à Chromatics, un groupe de Portland, pour ce morceau ultra tendu.

Enfin, on doit la majorité de la B.O. à Cliff Martinez, le compositeur très Hollywoodien des musiques de A l’origine, La défense Lincoln, Sexe, mensonges et vidéo, Gray’s anatomy, Narc, ou encore Solaris.

Dans les films de Nicolas Winding Rufn, l’homme est un loup pour l’homme, mais ne se déplace jamais en meute. Il est et restera cavalier solitaire, et pour lui point de salut.

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La Mostra et son dressing

La Mostra de Venise, le plus ancien festival cinématographique, a ouvert ses portes depuis quelques jours, et les fermera le 10 septembre.

On a pu y voir se faire descendre en flèche le dernier nanard à l’eau de rose de Madonna, W.E. On a aussi pu se mettre l’eau à la bouche avec le très attendu polar politique de notre George préféré, et avec notre Ryan préféré, The Ides of March.

En attendant de savourer tout cela dans les salles obscures (ou pas, pour le dernier Madonna par exemple), régalons-nous un peu avec le défilé des people sur le red carpet. Et c’est pas triste. Démonstration.

Déjà, notre George est en Italie comme à la maison. Il a d’ailleurs une résidence au Lac de Côme et adooooore la péninsule. Quand Clooney est à la Mostra, c’est en toute décontraction, et avec les manches de sa chemise reboulées, notez.

Question décontraction, ambiance on est chez mémé, Vincent Cassel n’est pas en reste, genre je descends de l’avion et j’ai pas eu le temps de me changer. C’est ça la french touch.

On ne peut pas en dire autant d’Al Pacino, véritable caricature de lui-même, en parrain du pauvre version Saturday Night Fever, et qui a beaucoup forcé sur le botox et les UV (il ne peut pas ôter ses lunettes, la preuve).

Dans la catégorie ratage/le ridicule ne tue pas, voici Philip Seymour Hoffman, tout juste sorti d’une conf call chez Goldman Sachs.

Keira Knightley, de son côté, a préféré l’option tapisserie, malheureusement totalement inefficace pour passer inaperçue…

Dans la catégorie « Aïe ça fait mal », je dois malgré moi récompenser Matt Damon, d’habitude si sexy, pour :

1/sa coupe de Kojak qui ne lui va pas du tout et fort mal à propos,

2/sa femme boudinée dans sa robe et gaie comme un pinson. Si t’es pas contente d’être là, file-moi ta place, vilaine.

Dans la catégorie j’adore, look réussi, trop la classe, dans l’ordre:

1/ Madonna en Madeleine Vionnet (ça ne peut être que réussi, pour une fois)

2/ Kate Winslet en Victoria Beckham (si, si, c’est pas mal ce qu’elle fait, et c’est pas réservé aux anorexiques)

3/ Diane Kruger, en Elie Saab, comme d’hab, aucun fashion faux pas, elle est parfaite.

Dans la catégorie vieilleries du musée Grévin sorties de l’entrepôt, j’ai nommé Valentino Garavani, (le couturier pour les non-modeux).

Dans la catégorie « On s’en fout », voire « Mais qu’est ce qu’il fout ici lui? », Rocco Siffredi, mesdames (et messieurs, c’est comme vous voulez).

Pour terminer le palmarès des plus beaux looks de la Mostra, je décerne le prix du jury (composé de moi-même), à Riri (avec des implants mammaires), Fifi et Loulou (ou Prof, Timide et Joyeux, c’est vous qui voyez). Merci les filles pour vos robes-meringues, elles contrastent bien avec le tapis, ça vous évitera de vous faire piétiner (je sais, c’est nul,c’est une petite mesquinerie facile de la part d’une fille de 1 m 60, mais ça fait du bien).

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Made in US

Pour celles et ceux qui ne le savent pas encore, ma prochaine grosse destination, c’est la Grosse Pomme, les States, les Stasunis quoi.
J’en rêve depuis toute petite, bercés que nous étions mon frère et moi par toutes les séries américaines plus ou moins inspirées, mais qui comprenaient toujours le trio chasseur de prime/grosses cylindrées/belles pépées.  Les plus mythiques et addictives, dans le désordre : Magnum, L’homme qui tombe à pic, l’Agence Tous risques, Riptide, Shérif fait moi peur, L’homme qui valait Trois milliards, Starsky et Hutch (incontournable), Drôles de dames, L’Amour du risque, Chips (ah, ce générique avec gros plans sur les bottes, les lunettes, et la main gantée qui caresse l’accélérateur, quand on y réfléchit bien, l’esthétique de cette série faisait grave gay friendly, finalement Poncherello préférait-il les hommes?…), Wonder woman, Supercopter, MacGyver et sa nuque longue (mon frère avait la même coupe de veuch, pardon Ben), et j’en passe (n’hésitez pas à me dire si j’en oublie).

Je dois avouer une chose, elles ont très mal vieilli ces séries. Elles étaient déjà pas toutes neuves au milieu des années 80, l’âge d’or de la 5, la fameuse chaîne, succursale de toutes ces productions américaines réalisées à la chaîne.

Mais les regarder aujourd’hui, en VF de surcroît (moi qui aujourd’hui ne tolère plus le moindre film ou la moindre série doublés, non ce n’est pas du snobisme, c’est juste que c’est toujours très mal fait et INSUPPORTABLE), avec la pellicule usée jusqu’à la corde, le grain de l’image incertain, les couleurs surannées, c’est difficile. J’aurais jamais cru que ça m’arriverait un jour d’être blasée, tellement j’étais addict à ces séries, à la télé, au Club Dorothée en particulier. La pire chose que mes parents pouvaient nous faire, c’était nous punir en nous privant de télé. L’horreur absolue. Vous savez que je peux vous chanter TOUS les génériques et les mélodies de ces séries? (je vous prends au blind test quand vous voulez).

Aujourd’hui, je n’ai pas la télé. Comme quoi, parents, pas de panique, tout change. Ne forcez jamais votre gamin à manger un truc qu’il ne veut pas goûter, vous verrez plus tard, il enchaînera régime sur régime (qui a dit « ça sent le vécu »?). Ou même pire, il sera gros et petit parce que vous l’avez forcé à manger une soupe de légumes et qu’aujourd’hui il déteste ça même s’il devrait en abuser…

Mais je m’égare. Tout ça pour dire que je tends l’oreille dès que l’on parle des Etats-Unis, en particulier de NYC et que je collecte précieusement tous les articles à ce sujet (tendances, nouveaux lieux branchés) en prévision de mon voyage au printemps prochain (dans l’idéal).

Et donc, je suis tombée en admiration devant l’oeuvre de ce photographe de génie, Stephen Wilkes, exposé bien sûr dans une galerie new-yorkaise, Clampart, spécialisé dans l’art moderne et la photographie, et située dans le très branché et très bobo quartier de Chelsea.

Stephen Wilkes, donc, a produit de nombreuses séries toutes fascinantes, mais celle que je préfère est sa série sur New York, avec ses emblèmes que sont Times Square, le Flat Iron, Central Park, Park Avenue… La particularité de ces photos, c’est qu’elles sont en fait constituées d’une multitude de photos, prises du même angle, mais à différentes heures de la journée et de la nuit. Elles parviennent à donner une idée très précise de la ville en mouvement, de son dynamisme et son énergie. Les scènes de rue se mêlent à des paysages urbains grandioses, presque sauvages parfois.  Absolument fascinant.

Petit échantillon, et le reste de son oeuvre est à contempler :

A noter également, une angoissante série de photos aux couleurs étonnantes, sur le complexe hospitalier psychiatrique d’Ellis Island, à l’abandon depuis une cinquantaine d’années, et qui pourrait être le décor parfait pour un film d’épouvante (cf mon précédent article sur le sujet).

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Classé dans La Perle du net, On se fait une toile?, Une nuit au musée (ou à la galerie)

C’est la rentrée, olé!

Me voilà de retour après pratiquement un mois de silence. J’étais en vacances figurez-vous. Elles ne furent pas toutes ensoleillées, mais elles furent reposantes, gourmandes et sportives, et c’est le principal.

Me voilà donc de retour à ma trépidante vie parisienne, et dans les salles de ciné de la capitale. (Je vous avais dit que j’allais voir la planète des singes, et ben c’est fait, et c’est pas mal, quoiqu’en disent certains. Et ça soulève de bonnes questions, je trouve, c’est du grand spectacle intelligent).

Bref, vendredi soir, c’était deux films sinon rien, avec le très sombre Tu seras mon fils, et le très drôle Comment tuer son boss. Le premier est un bon drame psychologique à la française, sur un fils piétiné par un père trop occupé par son domaine viticole et son petit nombril. Laurànt Deutsch est à la hauteur, on a eu peur car trop de Comédie Française tue la comédie. Il ne surjoue pas, il incarne avec justesse ce fils meurtri, ex-bègue, en quête de l’adoubement d’un père qui le méprise. Niels Arestrup est odieux, violent, et c’est ce qu’il joue le mieux (vous souvenez-vous de son rôle de parrain sadique dans Un prophète?). Le scénario co-écrit par Delphine de Vigan, auteur de la rentrée littéraire avec un roman sur sa mère, que je dois lire (Rien ne s’oppose à la nuit, JC Lattès) est violemment efficace, bien que parfois trop caricatural. Un film assez bouleversifiant, j’en conviens.

Comment tuer son boss est jouissif… L’identification du spectateur est simple, évidente (qui n’a pas un jour rêvé de tuer son boss?), c’est si facile de compatir pour ces trois loustics déprimés par leur job. On s’attendait à une énième redite du moyen Very Bad Trip 2,  du film de potes pas très finauds, avec le gros lourd, le dragueur, le bosseur. C’est aussi cela, mais pas que. Le trio fonctionne bien, faisant bloc contre leurs trois débiles de patrons. Kevin Spacey est toujours impeccable en sadique caustique (évidemment), et la comédie lui réussit (American Beauty est un chef d’oeuvre).

Jennifer Aniston change de registre en incarnant une dentiste brune complètement nympho, totalement à la ramasse, qui rêve que son assistant lui danse sur les seins. L’autre allumé est Colin Farrell, méconnaissable en beauf à la calvitie précoce, cocainé jusqu’aux yeux. Pas très subtil comme jeu d’acteur, mais ultra drôle. J’ai presqu’autant ri que pour le surprenant Very Bad Trip 1 (je le redis, n’allez pas voir la suite). Bref, bonne surprise.

Au moment où j’écris ces lignes, je devrais être dans une salle obscure à regarder Melancholia, du très bizarre (et un peu cintré) Lars Von Trier, mais, une fois n’est pas coutume, je suis arrivée à la bourre et la séance affichait complet. La loose. C’est pas comme si mon week-en n’avait pas été émaillé de plans loose (pas seulement hein, mes week-ends ne sont jamais totalement pourris).

1- Je découvre que Madame Connasse est peut-être (je dis peut-être, car ça peut être aussi sa mère, je sais pas à combien ils vivent là-dedans) rentrée de ses deux mois de vacances, et qu’elle commence déjà à bouger TOUS les meubles de son appart…. Mais tu pouvais pas rester en Bulgarie connasse ????? (Ma patience est à bout, je ne réponds plus de rien si je revis une autre année de merde avec cette conne.)

2- Je me faisais une joie de revoir Etienne de Crecy en live. Il y a deux ans, son live à la Défense, avec Laurent Garnier en première partie, m’avait complètement éblouie. Le mec mixait au milieu d’un cube de néons qui bougeait en rythme. Expérience hallucinante.

Il était donc samedi soir au Nouveau Casino, en after de Rock en Seine.

On arrive vers 2 h, après une soirée mémorable et très réussie pour les 30 ans de Anne (merci Anne, je te fais des bisous). Il a pas encore commencé, le petit Etienne. On se pose en mezzanine, en pestant (déjà) contre un des deux DJ en première partie dont je ne veux même pas me souvenir du nom, et qui nous passe une merde infâme en levant les bras, genre je mets l’ambiance. Personne ne danse, sauf son guignol de pote à gauche de la scène, qui mouline allègrement du bras, en prenant des photos de lui et d’une grosse blonde au QI de palourde (j’adore les palourdes). J’avais enlevé mes talons pour être plus à l’aise, et ben je m’en serais bien delesté sur sa joue, à ce gros beauf… J’avais la bonne fenêtre de tir, dommage…

Vous vous souvenez de cette merde qui passait sur FUNERGIE à l’époque, de l’infâme dance mâtinée de Machina, Alarma, par le talentueux DJ 666 ?

Et ben, à peu de choses près, c’était ça. Une machine à laver. Comme Fidz ou Housemeister en première partie de Boyz noise à la Gaité lyrique l’autre jour. Impossible de danser. Des sirènes hurlantes, des break trop faciles et trop nombreux, re-sirènes qui vrillent les oreilles, puis beat de marteau piqueur, ou, et c’est pire, raggamuffin, à la Rihanna ou à la Sean Paul, comme toutes ces merdes qui passent en « boîte », et pour finir, sirènes, encore et encore.

Etienne arrive enfin, et c’est la même. Rien de son nouvel album, que du son club tout pourri pour gamins de 18 ans (ils y étaient en masse d’ailleurs).

Est-ce que tu te serais pas un peu foutu de notre gueule, Etienne, là, sur ce coup? Hein? C’est ça la french touch? Le son des Daft Punk et de Justice tellement surexploité, distordu, surjoué, que ça en est inaudible? Tu voudrais pas aller voir ton copain David et sa F*** me, I’m famous? Il se fait plus de blé, lui, au moins. Et pis, il assume sa merde, lui. Toi aussi tu me diras, tu dansais même! Ou tu fais bien semblant de kiffer alors… Ils t’ont bien payé à Rock en Seine, j’espère, parce que là, faudra du temps pour que je retourne contempler ton jeu de main, jeu de vilain….

On est quand même loin de ton dernier son, Hope, ou Someone like you avec ton pote Alex Gopher, et Camille en guest, sa voix caresse ultra sensuelle, que je vais me réécouter peinard à la maison, avec les toutes dernières enceintes de mon chéri, qui envoient du bois, elles.

Je t’embrasse pas, tu perds tes cheveux.

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Classé dans ça m'énerve!, Mets du son!, On se fait une toile?, VDM