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Sur ma table de chevet (ou dans mon sac si je prends le métro)…

Lisez, c’est l’été! (ou Marilyn à la plage)

Je viens de terminer la lecture de plusieurs bouquins, lus voracement d’affilée. Il y a eu pour une fois pas mal de romans, quelques essais (ce que je lis plus volontiers), des beaux livres.

Mais voilà, l’été, il fait chaud, on prend l’apéro, on a les neurones aussi mous que notre corps ébouillanté au soleil, et donc il faut  un truc qui se lise vite et bien.

Mais je n’ai pas dit une bouse qui se lise vite et bien, il faut de la cuisse, de la chair, de la consistance Madame. Les lectures d’été, c’est du sérieux.

J’ai sélectionné deux titres pas trop déprimants pour cette belle période estivale (la météo parisienne  s’en étant déjà chargé, je ne vais pas en plus vous plomber le moral). En effet, j’ai dévoré (le mot n’est pas trop fort) le livre de Lionel Shriver, Il faut que l’on parle de Kevin (porté à l’écran par Lynne Ramsay sous le titre original We need to talk about Kevin avec l’incroyable Tilda Swinton), qui met en scène  mère mal-aimante qui tente de comprendre les raisons qui ont poussé son fils à devenir le meutrier de 9 de ses camarades et professeurs de collège, et de mettre un mot sur l’horreur absolue. Passionnant mais pas très réjouissant.

Ce que n’est pas non plus le bouleversant Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan (JC Lattès), éminemment récompensé cette année par de nombreux prix littéraires, et une fois n’est pas coutume, le livre est plus qu’à la hauteur, il vous retourne les tripes.

L’écrivaine y raconte l’histoire de sa famille, au premier abord parfait mais gangrenée par des secrets de famille comme dans toutes les familles, l’histoire de cette mère bipolaire traumatisée dans l’enfance par des gestes que l’on ne nomme pas, mais qui laissent des traces indélébiles dans l’âme de celle ou celui qui les subit. Elle tente (et y parvient avec force et pudeur) de mettre en mots la souffrance ressentie à la mort de sa mère (qui se suicide à 63 ans) et de comprendre ce qui l’a menée à ce geste extrême. Sublime, mais pas folichon pour l’insouciance d’une conversation autour du rosé de l’apéro.

Je commencerai donc par un bon vieux polar des familles, Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, d’Olivier Gay.

Un petit dealer sans histoires y fait son petit business en écumant les soirées hype parisiennes et se mue en enquêteur du dimanche, sur les traces d’un serial killer de jeunes clubbeuses. Une intrigue bien ficelée, des personnages hauts en couleur, un anti-héros attachant, cynique à souhait,  tous les ingrédients d’un page-turner sont réunis dans ce suspense tragi-comique, adéquat pour les bains de soleil. Précisions que les Parisiens savoureront le plaisir de suivre les pérégrinations de l’enquêteur dans un décor qui leur est familier, Paris Panam, Paris by night, et s’enivreront du parfum sulfureux des nuits parisiennes et des clubs de Pigalle, ce qui change des polars écrits à la chaîne et se déroulant le plus souvent outre-atlantique.

Comme vous le savez sans doute au vu du matraquage médiatique autour de l’événement, nous célébrerons demain les 50 ans de la mort de Marilyn Monroe, survenue dans la nuit du 4 au 5 août 1962, à 36 ans.

Parmi la pléthore de livres parus et à paraître sur le sujet, en fan intarissable que je suis (j’ai lu plus d’une quinzaine de biographies et essais sur le sujet et je ne m’en lasse toujours pas), et si je ne devais vous en conseiller qu’un seul qui puisse permettre au novice de faire le tour de la question et au fan d’en apprendre toujours plus sur l’objet de sa passion, je choisirai le livre dirigé par deux journalistes de Libération, François-Marie Santucci et Elisabeth Franck-Dumas, Monroerama, paru chez Stock.

Ce petit joyau graphique et iconographique propose de survoler les grandes étapes de la vie de la star (vie privée, amours, carrière) en éclairant d’un jour nouveau certains aspects particuliers comme par exemple sa santé mentale, ses thérapies, ses secrets de beauté, sa coiffure, ses tenues préférées, ses contrats, son addiction aux médicaments, ses chansons, son parfum, sa mort,  pour offrir en quelque sorte les miscellanées de Marilyn Monroe, personnage, il faut bien le rappeler, créé de toute pièce par Norma Jean Baker.

Marilyn était double, triple, quadruple, tout à tour bombe sexuelle, femme-enfant, femme d’affaires avisée, croqueuse d’hommes (mais jamais de diamants), s’en servant parfois pour arriver à ses fins (devenir la plus grande star de tous les temps),  intelligente mais jouant parfaitement l’idiote quand cela pouvait lui servir, bosseuse, avide d’apprendre, perfectionniste, excellente comédienne au sens de la comédie assuré mais capable de rôles dramatiques d’une force incroyables (regardez The Misfits), consciente de ses atouts, sachant se mettre en valeur, mais souffrant d’un cruel manque de confiance en elle.

Chaque interview, article, plan, liste, nouvelle, écrit par des journalistes, des écrivains, des cinéastes, des médecins, des parfumeurs, des photographes,  apporte sa petite touche au portrait de Marilyn qui restera malgré tout à jamais inachevé : comme on le découvre dans le livre, il existe des millions de clichés de l’icône, et autant de pièces à assembler pour reconstituer le puzzle de sa vie. Qui fit réelemment Marilyn Monroe? Norma Jean Baker, Zelda Zonk (le pseudo qu’elle utilisait pour voyager anonymement), Marilyn ? I’m not MM, dit-elle dans ses Fragments, parus au Editions du Seuil l’année passée et réédités aujourd’hui chez Points.

A défaut de pouvoir retracer sa vie dans sa globalité, peut-être est-il judicieux de commencer par en explorer les détails. Ce livre se picore ou se lit d’un trait, comme on boit une bonne coupe de champagne (breuvage qu’elle appréciait beaucoup – trop?).

Marilyn Monroe par Georges Barris, Santa Monica, 1962. 

Attention quand même avec le sable et la crème solaire, ce livre est un bel objet et ce serait dommage de l’abîmer.

Voilà pour le moment deux idées de lectures sur la playa ou au bord de la piscine, mais bien sûr, il y en aura d’autres, laissez-moi juste le temps de les lire…

Note : pour les fans de Marilyn ET de mode, à lire absolument, Le Style Marilyn, chez Michel Lafon, un beau livre qui rassemble les plus beaux croquis et clichés de William Travilla, styliste créateur des sublimes costumes portés par l’actrice dans ses films et à la ville,  et notamment de la mythique robe blanche (crème en réalité) porté par l’actrice dans 7 ans de Réflexion, dans la fameuse scène de la bouche d’aération de métro qui provoqua une émeute et dû être retournée en studio.

Je ne m’en lasse pas, je vous dis.

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Champagne!

En cette veille de veille de Noël, il est encore temps pour moi de vous donner une idée cadeau de dernière minute, pour les retardataires que je devine nombreux.

Comme tous les ans, le champagne va couler à flots pour les fêtes et va d’ailleurs grandement aider à faire passer la pilule toujours douloureuse du Noël interminable en famille…

Mais saviez-vous que le champagne doit son apparition aux caprices de la météo ? Qu’il vaut mieux le servir dans une flûte pour préserver ses bulles et son arôme? Qu’il faut le verser en inclinant le verre? Que ce n’est pas du gaz carbonique qui s’échappe de la bouteille que l’on ouvre mais de la vapeur d’eau (comme les nuages) ? Que le nombre de bulles et leur finesse n’ont rien à voir avec la qualité du champagne? Que les bulles apparaissent grâce aux micro-poussières qui recouvrent les parois du verre? Que le rouge à lèvres accélère l’éclatement des bulles? Que c’est la bulle de champagne qui véhicule les arômes comme l’écume des vagues les embruns? Que l’on compte en moyenne deux millions de bulles par flûte, et qu’elles tourbillonnent ?

Pour tout savoir sur la vie et la mort d’une bulle de champagne, et pour le déguster intelligemment, précipitez-vous sur le magnifique Voyage au coeur d’une bulle de champagne, de Gérard Liger-Belair et Guillaume Polidori. Deux scientifiques passionnés et passionnants vous invitent à découvrir dans un beau-livre riche de superbes photographies, les secrets du breuvage le plus glamour jamais inventé (à consommer avec modération,en théorie).

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Il était une fois le vibro

Je vous conseille un excellent film, Oh my God!, comédie anglaise jouissive (elle était facile) et légère sur l’invention du godemiché, du vibromasseur plus précisément.

Nous sommes à la fin du XIXe siècle et le Dr. Mortimer Granville (Hugh Dancy, très beau garçon), en avance sur son temps et horrifié par la médecine moyenâgeuse encore pratiquée (saignées et ignorance des germes et microbes), se fait virer de tous les hôpitaux et atterrit dans le cabinet d’un médecin spécialiste de l’hystérie féminine (pléonasme, « hystérie » venant d' »utérus »), le Dr. Dalrymple. Il y apprend que pour soigner l’hystérie, il va falloir qu’il use avec abondance de sa main droite, pour prodiguer des massage utérins à toutes ces femmes en quête de bien-être et de paix.

En effet, à cette époque extrêmement prude et misogyne, la mélancolie, le  mal-être et l’extrême nervosité d’une femme sont à chercher du coté d’un mari négligent, ou d’un veuvage,  mais toute femme un peu indépendante (et surtout « vieille fille ») est considérée comme folle et bonne à enfermer. Et comme on pense encore que le plaisir féminin ne peut provenir que de l’acte de pénétration vaginale, cela ne pose aucun problème, pour calmer tout signe d’hystérie, de faire appel à un médecin ou une infirmière pour procéder à une stimulation manuelle du clitoris , qui conduira à un « paroxysme » et au soulagement des tensions.

Vous vous en doutez, l’affaire du Dr. Dalrymple est florissante, et le devient d’autant plus avec le talent du jeune Mortimer. Le rythme des consultations est effréné, et la crampe de la main ne tarde pas à surgir. C’est là qu’intervient l’ami de Mortimer, joué par Rupert Everett (hilarant en dandy loufoque, tout en retenue et espièglerie – son visage figé par le bistouri n’aidant pas à l’expressivité…).

Passionné par la toute nouvelle fée électricité, il s’invente l’ancêtre du ventilateur qu’il nomme « plumeau », et que Mortimer va détourner pour stimuler le clitoris de ses patientes…

Evidemment, une histoire d’amour couve dans cette comédie réjouissante, et le personnage de femme de caractère, presque féministe en avance elle aussi sur son temps, interprétée par une Maggie Gyllenhaal inspirée, va défier ce jeune homme et le pousser à changer sa vie.

Je n’en dis pas plus, mais attendez bien la fin du générique avant de quitter la salle, il ne faut pas louper le florilège des plus beaux vibromasseurs, des débuts à nos jours (on passe du sèche-cheveux au canard souriant, quel voyage).

Si vous êtes intéressé(e) par ce sujet et souhaitez creuser la question, voici trois conseils de lecture :

L’Affaire Rouy, de Yannick Ripa (éditions Tallandier), qui raconte l’histoire de cette jeune pianiste indépendante et célibataire, enfermée dans un asile sur ordre de son demi-frère voulant ce débarrasser du fardeau qu’elle représente. Enfermée pendant 14 ans, rayée de la carte, elle finira par être libérée par des administrateurs plus éclairés, et à demi-folle pour de bon, cette fois.

Histoire sommaire de la maladie et du somnambulisme de Lady Lincoln, des Dr. Koreff et Wolowski (éditions Tallandier). Ceci est un journal tenu par deux médecins, dont un Français magnétiseur, chargés de soigner une jeune Anglaise atteinte d’hystérie et de véritables crises de catatonie, de paralysie et de démence, comme si elle était possédée (elle parvient au cours d’un séance à se déboiter la mâchoire et la hanche une dizaine de fois sans paraître ressentir la douleur). Pour la soigner, les médecins ont recours au « somnambulisme » (à l’hypnose en réalité) et aux massages de la vulve. La femme semble faire des progrès mais la famille finit par lui interdire les consultations, sur pression du mari. On apprendra ensuite que les crises ont subitement disparu après son divorce. Elle s’était en effet plainte d’un mari qui la délaissait et avec lequel elle n’avait aucun point commun… Réalité ou jeu dangereux, le mystère reste entier mais le témoignage est saisissant et l’on serait tenté d’y croire. Le corps a pu ici exprimer de façon inconsciente un mal-être et réagir violemment aux carcans d’un quotidien morne et oppressant.

Technologies de l’orgasme. Le Vibromasseur, l’hystérie et la satisfaction sexuelle des femmes, de Rachel Maines (éditions Payot).  Dans cet ouvrage passionnant, l’historienne montre comment l’orgasme féminin a toujours été l’objet de luttes, en étudiant l’histoire du vibromasseur et les techniques de masturbation féminine. Utilisées depuis l’Antiquité à usage médical, comme un acte thérapeutique, puis pour excuser les ratés de la vie conjugale en pathologisant la sexualité féminine, elle sont devenues techniques érotiques utilisées par les femmes et ont fait du vibromasseur l’étendard de la la liberté sexuelle féminine.

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Classé dans Culture/Déconfiture, In-Folio, On se fait une toile?

Noël en Pyjamarama

C’est horrible, je n’arrive pas à trouver le temps d’écrire, alors que j’ai plein de trucs à dire.

Il faut bien sélectionner, et comme c’est bientôt Noyël, il est temps pour moi de partager mes quelques idées cadeaux.

Et ça tombe bien, je viens d’avoir le coup de coeur pour un objet qui ravira petits et grands.

Et ce n’est pas parce que je suis à fond dans mon trip voyage à New York que j’ai choisi ce petit bijou qu’est le livre jeunesse New York en Pyjamarama, de Michaël Leblond et Frédérique Betrand, aux Editions du Rouergue.

Mais qu’est ce que c’est au juste?

Déjà, avouez, la couverture est superbe, si graphique et attractive. Elle éveille la curiosité, et pour le meilleur.

Le livre est un mince album qui raconte l’histoire d’un petit bonhomme à l’heure du coucher, fin prêt dans son pyjama à rayures à vivre de palpitantes aventures au pays des rêves. Et ce pays des rêves, c’est la ville scintillante et grouillante de New York. Au cours de son voyage, il va découvrir son traffic, sa foule, ses lumières éblouissantes, autant d’escalators, de lieux, de routes, et de carrefours qui s’animent comme par magie grâce à la technique d’animation fascinante qu’est l’ombro-cinéma.

Il suffit de promener doucement le calque transparent rayé de fins traits noirs sur les illustrations pour que tout s’anime  : les feuillages des arbres de Central Park, les lumières de Broadway, les roues des taxis jaunes.

Ce livre est hypnotisant, régressif, ludique, ensorcelant, dépaysant, en un mot addictif.

A mettre très vite entre toutes les mains, sur toutes les listes au Père Noël et sous tous les sapins.

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Classé dans Culture/Déconfiture, In-Folio

Paris vs New York

En attendant de découvrir la Grosse Pomme au printemps prochain, et de me faire un tortis colis à force d’avoir le nez en l’air (typique des touristes peu habitués à la hauteur impressionnante des gratte-ciel new-yorkais, comme Marilyn par exemple, habituée à l’horizontalité de L.A),

je vais me plonger dans un petit livre tout à fait sympathique, qui paraît aujourd’hui aux éditions 10/18, les mêmes qui ont publié l’hilarant Dessine-moi un Parisien.

Il s’agit de Paris vs New York, de Vahram Muratyan, graphiste d’origine arménienne et bobo parisien prêt à en découdre avec The Big Apple, lorsqu’il y met les pieds en 2010. Il ne connaît personne. Trois mois plus tard, son livre est publié chez Pinguin, le biggest american publisher ever. Entre-temps, il a ouvert un blog pour faire connaître ses créations légères, minimalistes et figuratives. Il y compare à coups de vignettes drôles et colorées ce qui peut être comparable entre sa ville natale et sa ville d’adoption.

C’est la ruée sur ce blog tout simple qui comptabilise presque 3 millions de visites. Le coup de coeur de l’éditeur suit, et c’est la consécration. Le studio de graphisme qu’il vient de créer promet de ne pas manquer de commandes. Comme ça, il n’aura plus besoin de choisir entre un côté ou l’autre de l’Atlantique…

Mes vignettes préférées, si vraies :

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Classé dans Culture/Déconfiture, In-Folio, Va voir là-bas si j'y suis!

Trois petits livres…

Cette semaine, j’ai enfin repris mon mode de lecture intensif, après une grosse flemme, une grosse addiction ciné/séries (comme vous aviez pu vous en rendre compte en lisant mes derniers posts), et une dépendance à la lecture de la presse en tout genre, boulot oblige.

Je viens de dévorer trois livres d’affilée.

Le premier s’appelle Quand j’étais Superman, et il est émouvant. Superman, c’est l’ex-rugbymen Raphaël Poulain, très mignon sur la couverture, grand gaillard blond tenant un ballon du Stade Français, qui a égayé une paire de calendriers, et la vie nocturne d’une paire de nénettes (et de mecs aussi).

J’avais lu son portrait dans L’Express, et le journaliste mettait en avant le côté pas du tout niais ni bâclé du livre, et la sincérité avec laquelle ce pauvre bougre raconte ses malheurs à celui qui l’aide à écrire, Thomas Saintourens (enfin un écrivain et un éditeur honnêtes, soit dit en passant).

Il commence le rugby à l’âge de 7 ans, est champion de France junior à 17, mais n’a jamais joué aucune des six finales de son club. Toujours sur le banc ou dans les tribunes. Toujours blessé sur le terrain et au-dehors. Toujours à faire le con, à faire la fête dans les boîtes à la mode, les cafés de Saint-Germain des Prés, à boire, à fumer, à draguer, à accepter des paris puérils comme un banal bras de fer avec un gentil lycéen qui lui coûte d’ailleurs les nerfs de son bras…

Toujours à la poursuite d’une gloire qui ne vient pas, d’un semblant de reconnaissance qu’il ne trouvera jamais sur le terrain, le colosse de muscle aux os de verre cédera à tous les excès, fera toutes les conneries (piquer un cheval en plastique au Salon de l’Agriculture, mettre – malencontreusement –  le feu à la chevelure d’une conquête d’un soir parce que trop bourré pour se rendre compte qu’il la pousse vers la bougie du bar, rouler vite, boire du rhum par hectolitres et manger comme un porc, à s’en faire vomir, prendre un médoc pour bander une semaine et voir quel effet ça fait, tester la vie de SDF, servir aux Restos du coeur, vivre avec le RSA après avoir touché 9000 € par mois, et brader tous ses souvenirs d’enfance et de rugby sur une brocante pour pouvoir payer son loyer. Pas mal pour un seul homme. Il finit  sur les planches aux côtés d’Adjani (un petit rôle muet de bourreau, certes), partage une colloc avec son pote Tahar Rahim, et réussit quand même à s’aimer enfin et à penser à l’avenir.

Une belle histoire, crue, émouvante et forte, parfois drôle, et si humaine. On aurait bien envie de lui faire un câlin à ce gros nounours-là.

Le livre suivant est érudit, on le dévore bouche bée, comme tous les livres de son auteur. Paris sous tension, d’Eric Hazan, paru aux éditions La Fabrique, est un petit précis du Paris révolutionnaire et du Paris qui bout sous le couvercle de sa cocotte.

Point ici de promenades tranquilles et de flâneries légères (excepté pour faire revivre les quartiers pauvres du Paris romantique, repaires de truands et d’ouvriers, devenus des repaires de hipsters), il est question du Paris des résistants de 1814, des insurgés de 1848,  de la Commune, et de leurs successeurs d’aujourd’hui, Chinois de Belleville, Indiens du 10ème, Maghrébins de Barbès et Africains de Château rouge, toute cette population que les adeptes du « Grand Paris » veulent voir quitter au plus vite la capitale. Le casse-tête est bien sûr de les envoyer aux tréfonds du Grand Paris à la périphérie, et sans option de retour. Un des urbanistes (ah, les urbanistes, grands amis de l’auteur…) participant au concours organisé à l’initiative de Sarko sur ce Paris en plus grand a d’ailleurs proposé qu’on supprime la gare du Nord, pour stopper ce flux de populations de banlieues traditionnellement rouges qui se précipitent vers la capitale pour y troubler l’ordre public.

Les autorités auront beau aseptiser le tout avec des espaces verts (pratiques quand on n’a plus d’idées) et des immeubles pseudo modernes, le vernis est prêt à craquer selon l’auteur. J’en retiendrai surtout de ce livre la maxime de Talleyrand qui résume fort bien le propos de l’auteur et toute l’histoire des Parisiens : « On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus »… Méfiez-vous bobos des quartiers aseptisés, vidés de leur jus révolutionnaire (Bastille, Faubourg Saint-Antoine, République) et populaire (Hôtel de ville, Saint-Paul, Châtelet), le Paris prolo est encore là, plus au Nord-Est, certes, mais il bouge encore.

Enfin, je terminerai ce petit aperçu de ma bibliothèque par une bio romancée qui augurait du meilleur, mais qui s’avère une grosse déception (merci les critiques littéraires pour vos conseils avisés).

Il s’agit de Jayne Mansfield 67, de Simon Liberati, qui raconte en un peu moins de 200 pages (pour 16 €, quand même) les derniers mois de la vie de la célèbre pin-up morte à 34 ans, aux perruques ultra-kitch (Amy Winehouse n’a rien inventé) et au talent d’actrice médiocre mais qui cultivait à merveille son personnage de blonde trash. Birtney Spears et Lindsay Lohan l’aurait adorée.

Sa carrière qui n’a jamais vraiment décollé (quelques navets à la limite du porno au mieux et une apparition au festival de Cannes) s’effondre avec la chute des Studios Hollywoodiens et leur star-system, et l’essor de la télévision et du cinéma d’auteur pour intellos. A défaut de talent et d’obtenir des critiques pour ses films, elle remplit les pages des magazines people par ses frasques, et préfigure ainsi toutes les célébrités de ce début de millénaire, des personnalités sans talent et sans étoile, socialites portées aux nues et humiliées pour leurs attitudes scandaleuses et leur potentiel à faire vendre ces feuilles de chou.

Le personnage est complexe, la légende réelle, mais on ne saura rien dans le livre de cette blonde peroxydée (et perruquée pour avoir abusé des talents de son coloriste), si ce n’est qu’elle avait un Q.I. de 163, qu’elle abusait de substances illicites (du LSD en particulier), de médoc et de whisky, qu’elle était bipolaire et que ses crises ne faisaient que s’aggraver, qu’elle avait une fascination pour le satanisme et qu’elle fréquentait un des maîtres de la discipline les derniers mois de sa vie (on a d’ailleurs beaucoup parlé de malédiction), qu’elle aimait plaire et choquer à la fois, qu’elle aimait les hommes mais qu’elle voulait rester maîtresse de son destin en payant ses facture seule (elle gagnait très bien sa vie avec ses shows douteux). Ce ne fut pas le cas de sa rivale Marilyn Monroe (Jayne fut lancée par les studios pour lui faire concurrence) qui connut la gloire et la postérité (son réel talent d’actrice fut reconnu sur le tard), mais très peu le succès et l’indépendance financière et sentimentale.

Ah oui, on sait aussi à la lecture du livre de Liberati que Jayne aimait le rose et les chihuahua, et ses enfants, bien qu’elle fut accusée de mauvais traitements sur eux.

On saura évidemment tout dans ce livre sur l’accident de voiture qui causa sa mort, comment son crâne fut décalloté et son visage réduit en bouillie quand sa Buick Electra vint s’encastrer sous la remorque d’un poids lourd sur une route déserte et sombre de Louisiane. Ah oui, on sait aussi maintenant que la barre protectrice installée derrière les remorques est appelée familièrement pas les routiers « The Mansfield bar »…

Les premières pages sont les meilleures, puis c’est un enchaînement décousu de noms inconnus, de personnages jetés pêle-mêle, de précisions sans intérêts, d’abus de parenthèses, utilisées comme des figures de style (or, il n’y a pas de style), de faits sans lien les uns avec les autres, de dialogues poisseux, de vulgarité gratuite sans queue ni tête, d’approximations dans la construction des phrases. Le travail semble bâclé, comme si l’auteur avait commencé avec enthousiasme en s’essoufflant en route, sans savoir comment mettre un point final à son manuscrit. Je sais, on ne peut pas comparer ce qui n’est pas comparable, mais quand on a lu Blonde de Joyce Carol Oates, sur la vie (un poil romancée, mais avec quel talent!) de Marilyn, on devient plus difficile. A quand la vraie bio de Jayne Mansfield?

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Il pleut, il pleut bergèreuh…

Y’a plus de saisons ma bonne dame. Le long week-end du 14 juillet qui devait rimer avec pique-niques, bronzette, piscine découverte (la piscine Joséphine Baker par exemple) et apéros en terrasse s’est mué en week-end loose, grignotage devant la télé (avec du Nutella of course) et consommation massive de films et séries at home. Il a plu tout samedi sans discontinuer, c’est quoi ce temps de rentrée ??? On est même pas encore parti au soleil (et y’aura-t-il du soleil cette année dans le Sud? Je croise les doigts. Pour la Bretagne, je suis déjà préparée psychologiquement, on se fait une raison. Où est mon ciré Cotten?).

Tout n’a pas été que loose. Je me suis activée. Petite piscine Drigny pour se mettre en forme (entre Anvers et Pigalle, sous le lycée Jacques Decour), puis visite de Beaubourg avec l’expo Paris-Delhi-Bombay, qui invite à découvrir la société indienne contemporaine à travers les regards croisés d’artistes indiens et français.

La mise en scène en étoile est un peu fouillis mais très plaisante dans sa diversité (installations, photos, vidéos, peintures, en particulier celles de Pierre&Gilles, mes idoles, avec leurs photos peintes ultra glamour et subversives, à l’humour décalé et aux tons acidulés). L’expo est bouleversante lorsqu’elle dénonce le machisme de la société indienne et la condition déplorable des femmes aux droits inexistants ou constamment bafoués.

Fait intéressant, le billet d’entrée est valable pour explorer les deux étages de collections permanentes (arts moderne et contemporain), collections foisonnantes que nous n’avons pas eu le courage d’admirer en détail, l’expo sur l’Inde étant déjà suffisamment fournie, et les limites de notre capacité d’absorption largement atteintes.

Je suis passée également au BAL, la nouvelle salle d’expo de photographies ouverte au 6 impasse de la Défense, derrière la place de Clichy, dans les anciens murs de la guinguette Chez Isis, qui fut à la fois salle de bal, cabaret et hôtel « d’amour », et devenue ensuite le plus grand PMU de France jusqu’en 1992. Les rues adjacentes sont charmantes, des petites impasses qui n’ont pas bougé depuis un siècle, des ruelles pavées improbables, aux maisons inégales. Le café du Bal est agréable avec sa librairie adjacente, et l’on peut admirer en ce moment les oeuvres de trois photographes japonais, dont un reportage autour d’une enquête policière dans le Japon des années 50.

Enfin, petit tour à Versailles, avec un déjeuner à la Cantine de l’aparthé, un restau bio qui propose des salades originales (figues, kiwi, chèvre et épinard frais), des raviolis fondants aux petits légumes et des tartares du monde entier (à la libanaise par exemple), le tout dans un décor délicieusement rétro en périphérie du marché couvert, et pour un prix très raisonnable (2 rue André Chenier 78000 Versailles).

Nous voilà donc au Grand Trianon où se tient l’expo le XVIIIe au goût du jour conçue en partenariat avec le musée Galliera et consacrée à l’influence du siècle des Lumières sur la mode contemporaine. Elle compte une cinquantaine de modèles prêt-à-porter et haute-couture de Vivienne Westwood, Yoji Yamamoto, Comme des Garçons, Dior, Balmain, Alaïa, Chanel, Rochas avec le robe conçue pour le film de Sofia Coppola, Lacroix, Balenciaga, Alexander McQueen… Les robes présentées sont sublimes, et sublimées par le décor extraordinaire de ce mini Versailles construit par Mansart en 1687  pour Louis XIV, mais l’on peut regretter que la scénographie et les panneaux explicatifs soient trop parcimonieux et difficilement compréhensibles. De plus, on pestera toujours contre ces cordons placés devant des pièces entières où il est interdit de circuler, et contre les jumelles qu’il faudrait presque apporter pour admirer les robes, les meubles, les objets, les tapisseries…

Le Petit Trianon de Marie-Antoinette est un régal de poésie et de minutie, bâti sous Louis XV avec son sublime jardin à la Française et son temple de l’Amour, et ses curiosités comme le boudoir aux panneaux coulissants dont les miroirs occultent les fenêtres pour préserver l’intimité de la reine, pièce aussi appelée cabinet des glaces mouvantes.

On regrettera également que l’entre-sol (avec la chambre du Dauphin) et l’attique (avec la chambre du Roi, et de nombreuses autres pièces) ne soient ouvertes qu’aux visites commentées, dont on ne saura rien  sur place. Rien ne vaut les visites privées (et enchanteresses) du Versailles des couloirs et des passages secrets, des portes dérobées et des escaliers de services, des pièces minuscules où s’entassaient la cour, grâce  à certains privilégiés-maîtres-des-clefs qui travaillent au château, pour s’émouvoir et frissonner à la vue des appartements privées de Marie-Antoinette, ou de sa garde-robe de la taille de ma petite salle de bain, aux boiseries couleur soleil qui semblent avoir été fabriquées la veille…

Il en va de même pour le croquignolesque théâtre de la Reine (qui ne pouvait accueillir qu’une centaine de spectateurs), plongé dans la pénombre, et que l’on ne peut admirer que de très loin, et par une entrée si minuscule que l’on ne peut se tenir qu’à deux visiteurs…. Les décors en carton pâte et la précieuse machinerie pour les changer ont été conservés, mais tout est caché à la vue du public. Dommage.

Mon programme culturel fut à vrai dire, contrairement à ce que j’ai affirmé plus haut, assez chargé, et en concurrence directe avec mon programme loose, c’est à dire le visionnage de deux films hyper flippants (j’ai laissé une lumière allumée pendant toute la durée). Le premier c’est Insidious (par le réalisateur des derniers SAW).  Bien que cette histoire de gamin possédé et de maison hantée finisse par virer au grand guignol, c’est redoutablement efficace. Même pas peur, j’ai toujours mon oreiller magique derrière lequel me cacher si ça fout vraiment trop les chocottes (j’ai juste à regarder ma moitié sursauter et flipper vraiment pour refuser de baisser ce talisman).

L’autre film qui fout bien les chocottes, c’est Mirrors, du frenchie Alexandre Aja, le mec qui m’a déjà fait flipper avec le remake de La Colline a des yeux (un truc de morts-vivants).

L’action se passe dans un grand magasin qui a brûlé et dont les miroirs rendent les gardiens fous (en l’occurence Kiefer Sutherland qu’on voudrait voir plus souvent à l’écran) et qui en fait est un ancien hôpital psychiatrique… Et tous les fous, ou peut-être aussi des démons, on sait pas trop, sont prisonniers de la réalité parallèle, celle qui se trouve derrière les miroirs.. Élémentaire mon cher Watson…

Ah ces hôpitaux psychiatriques, ils sont déjà à toutes les sauces dans la littérature d’épouvante comme dans le livre Démences de Graham Masterton dont je vous ai déjà parlé, et ils sont encore dans d’autres films, comme dans le terrifiant Session 9, avec David Caruso (le monsieur rouquin des Experts), qui met en scène une équipe de désamiantage qui va finir par s’entretuer, manipulée par l’esprit d’une ancienne patiente possédée par un énième démon (je spoile pas, on s’en doute dès le début). Bon, OK, on finit toujours par prendre les mêmes et recommencer, mais diantre, que c’est toujours aussi diablement efficicace!

Pour finir avec l’écran, j’ai découvert une série fabuleuse, In Treatment, non moins flippante, puisqu’elle explore les secrets et les travers de l’âme humaine en suivant le psy Gabriel Byrne (raââââh, qu’il était beau dans Usual Suspects) lors de ses séances.

La série s’attache à quelques personnages seulement, que l’on suit tout au long de leur thérapie et des semaines qui passent (un pilote de retour d’Afghanistan, une jeune fille suicidaire, un couple en mal d’enfants, un nymphomane…)

On découvre que derrière la façade du psy silencieux, apaisant, posé et à l’écoute, les mains croisées devant lui, se cache un homme faible, en proie à ses démons, dont la vie sentimentale est un véritable désastre. Mention spéciale à l’actrice Michelle Forbes, incroyable dans Kalifornia (thriller mythique qui fait de Brad Pitt un psychopathe, de Juliette Lewis une attardé, et de David Duchovny un journaliste un peu coquin), et qui joue à merveille son épouse Kate, épuisée par la vie de femme de psy. Elle joue aussi dans la série True Blood apparemment, mais depuis Entretien avec un vampire, je refuse de regarder ce genre de séries qui n’arrivent pas à la cheville des romans d’Anne Rice, ni de Tom Cruise d’ailleurs. Elle fait aussi partie du casting de la saison 2 de cette très réussie série de SF Battlestar Galactica, mais j’ai décroché à la fin de la première… Trop chronophage…

On est fasciné par le travail du psy, même si aucune théorie n’est vraiment abordée, par sa façon de faire parler le patient, de le faire avancer dans sa réflexion, et de l’amener par lui-même à trouver les réponses à ses questions, à son mal-être. La plupart du temps, les patients viennent consulter pour un problème précis, pour trouver une réponse, une solution à une difficulté qu’ils traversent. Le psy passe son temps à essayer de leur faire comprendre qu’il n’y a pas une réponse, mais seulement leur réponse, et qu’ils ne doivent pas attendre de lui un oui ou un non définitif.

Là où ça se complique (et c’est ce qui fait le piment de la série), c’est qu’il finit bien sûr par lier des relations autres que professionnelles avec ses patients, dont une jeune femme qui succombe à son charme (elle fait ce qu’on appelle un transfert psychanalytique). Mais dans quelle mesure le psy n’a t-il pas appelé, encouragé inconsciemment ce type de comportement, du fait des difficultés sentimentales que lui-même traverse? L’arroseur-arrosé en somme… Pétri de doutes et de frustrations, de colère contenue, il consulte une thérapeute, qui fut aussi sa psy référente… Cette mise en abîme accroît encore l’intérêt et le potentiel incroyablement addictif de la série.

Chaque épisode dure 25 minutes, avec une unité de temps et de lieu, des dialogues acérés et millimétrés, qui tiennent le spectateur en haleine… On est pendu aux lèvres des personnages, en attente de la révélation du secret refoulé qui donnera la clé de l’épisode… Regarder In Treatment, c’est observer l’âme humaine par le trou de la serrure, et c’est ce frisson de voyeurisme qui rend la chose hautement excitante! Chaque saison compte une quarantaine d’épisodes, et bad news, la saison 3 sera la dernière…

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On dirait le Sud…

Il a plu! Enfin! L’orage tant attendu est arrivé, le ciel a enfin craqué, depuis vendredi ça marinait! Quelle délicieuse odeur de souffre que celle de la pluie sur le macadam chauffé par des journées de soleil brûlant. Les éclairs qui déchirent le ciel, la pluie qui tombe sur les feuillages (j’ai la chance d’avoir un appart entouré de verdure), quel délice!

Bon, trêve de poésie, je voulais justement profiter des dernières heures de soleil pour tester un nouvel endroit, le Mama Shelter, le restaurant hôtel designé par Starck au 109 rue de Bagnolet. Et sa terrasse. Le hic, c’est que depuis cette année, elle est privatisable (mais pas pour toi), et que du coup, vers 20h, tu dois te contenter de dîner sur la terrasse (beaucoup moins sympa) du resto. Et en plus, pour boire un verre « faudra attendre minuit madame, à cette heure-ci c’est pour dîner » et sous-entendu, ça te coûte un bras.

Point de Mama Shelter donc, et on atterrit métro Gambetta. Comme toujours à Paris, vu la pléthore de restaurants, on ne sait que choisir, à moins d’être pile devant un endroit que l’on connait. Je sors donc mon smartphone avec la super application « Dis-moi où », qui te situe bars, restaurants, cafés, hôtels, magasins alentours, te donne la distance à parcourir et surtout les commentaires d’internautes qui ont déjà testé le lieu. On tombe sur un petit restau aux commentaires très enthousiastes, à 200 mètres du métro. « Les petites indécises » ça s’appelle (2 Rue des Trois Bornes 75011 Paris – 01 43 57 26 00).

C’est au coin d’une petite place très arborée et toute mignonnette, et la terrasse fait presque tout le tour du lieu. La carte est bon marché et plutôt élaborée, avec des plats de viande, de poissons, de quinoa pour les bio eaters, avec un petite tendance world food qui n’est pas pour me déplaire.

Cerise sur le gâteau, le service est assuré, entre autres, pas deux superbes blondinets au sourire scotch brite, qui se ressemble traits pour traits (des frères?), l’un en chemise rayée bleue, l’autre à fins carreaux bleus. Rapides, agréables, blagueurs, à Paris, ça mérite d’être signalé. Il ne manque plus que les cigales… tsstsstsstsstsstss….

La même, mais en images :

Et sinon, il arrive des trucs de ouf parfois, tout droit sortis d’une comédie romantique hollywoodienne. Woody ne ferait pas mieux. Une amie me racontait pendant ce dîner qu’elle était allée assister à une dédicace en librairie l’autre soir. Elle était en pleine discussion avec des amis quand un homme l »interrompt en s’excusant avec un « je suis désolé, je ne peux pas m’en empêcher », et il lui tend un livre, son livre favori lui dit-il.

En page de garde, une inscription comme une dédicace :

Et ben, elle l’a revu, et ça a marché! A l’heure où Meetic réunit tant d’âmes seules (je ne crache pas dans la soupe, j’en suis et ça dure depuis plus de deux ans), un peu de romantisme, ça fait son petit effet (on a toutes prononcé un whaouuuuuu admiratif, des paillettes plein les yeux). Moi, je dis, la librairie, c’est le nouveau lieu tendance où il faut draguer! A quand les happy hours dans les clubs de lecture?

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Un Américain à Paris

Bon, aujourd’hui, j’avais prévu de vous parler de la nuit des musées, avec notamment l’expo Madame Grès (la couturière) au musée Bourdelle et les superbes tutures de Ralph Lauren aux Arts décoratifs, mais une tartine de chèvre frais en aura décidé autrement.

Bref, si vous voulez en savoir plus sur mes déboires avec la tartine susmentionnée, postez un commentaire.

Tenant compte de ce contretemps, j’ai déclaré forfait et maté un excellent film de Christopher Nolan, Memento, avec Guy Pearce et Carrie-Anne Moss, sur un mec qui perd la mémoire immédiate après un accident et cherche à venger la mort criminelle de sa femme. Excellents acteurs, excellent scénar (un brin complexe) et mise en scène nerveuse et originale (ça commence par la fin), mais pas plus barrée que pour les autres films de Nolan (Inception, Le Prestige). Prix du Jury au festival de Deauville en 2000, tout de même.

Sinon, j’ai quand même profité de mon vendredi off pour faire un tour à la BNF Tolbiac pour la saisissante expo Richard Prince, American Prayer (en référence à un poème de Jim Morrison). En bonne fan de la culture populaire américaine (Harley, Hell’s Angels, V8 et grosses cylindrées) et de sa contre-culture des années 50 à 80 (Beat Generation, Woodstock, Janis Joplin, Jimi Hendrix), je ne pouvais qu’être enchantée par ce voyage dans le temps à la recherche d’une identité culturelle américaine.

L’artiste, New Yorkais depuis les années 70, est devenu la figure de proue de l’appropriation art, qui consiste à s’approprier un objet (photo, affiche, livre) en le détournant en en le désignant comme œuvre d’art (cf en France Marcel Duchamp). Il a commencé sa carrière aux archives de Time Life, en collectionnant et photographiant des magazines et journaux découpés. C’est à lui que l’on doit les photographies des pubs Marlboro recadrées sur le cow-boy, ou encore la reprise de la photo scandale de Brooke Shields nue à 10 ans, par Gary Gross, renommée Spirtual America.

Il collectionne également des livres et magazines populaires : comics érotiques et fantastiques, pulp-fictions, romans policiers, romans de gare pornographiques, et des perles originales de la contre-culture américaine, qu’il appelle « beathippiepunk », comme une vingtaine d’éditions du roman Lolita de Nabokov, des lettres, manuscrits, documents originaux, de la plume de Jack Kerouac, William Burroughs, Allen Ginsberg, Richard Brautigan, Chester Himes, Philip K. Dick ou Jim Thompson, l’auteur d’un enquête culte chez les Hell’s Angels ou du cultissime méga trip Las Vegas Parano, adapté à l’écran par Terry Gilliam avec Johnny Depp. On peut citer des étonnantes lettres de Jimi Hendrix à son père, dans lesquelles il dit qu’il n’a pas été payé pour son concert, mais qu’il a toujours sa guitare et que ça lui suffit pour continuer à vivre.

La correspondance (cartes postales, lettres, photos) entre Truman Capote et le condamné à mort Perry Smith pour le meurtre « de sang froid » d’une famille entière, et avec qui il avait eu de nombreux contacts pour écrire le roman éponyme hallucinant paru en 66 (à lire absolument si ce n’est pas déjà fait) est fascinante. Des documents aussi intrigants que dérangeants, qui donnent la sensation de regarder par le trou de la serrure…

L’artiste se réapproprie bon nombre de documents et de photographies et choisit d’exposer ses photos dédicacées par des actrices porno ou célèbres comme Pamela Anderson ou Demi Moore (jeune et méconnaissable). Il collectionne également les photos de bikeuses dénudées au brushing savamment exécuté, alanguies sur leurs Harleys, telles des icônes de la culture populaire américaine (effet comique garanti). On ne parvient pas toujours à distinguer l’origine des clichés,(est-ce l’artiste qui les a réalisées?), les légendes de l’expo étant parfois trop parcimonieuses.

On se régale cependant devant un grand cliché pris à Woodstock, le seul qu’il ait pu réaliser faute de pellicule de rechange. Il avait 19 ans, pensait trouver une pelloche sur le chemin, venir et repartir, « come and go« , mais comme il l’explique, il était impossible d’aller « jeter un œil », avec 20 km de bouchon pour entrer sur le site, et pour ressortir, la même chose. Il s’est donc débarrassé de ce cliché réalisé à la volée, où l’on voit au premier plan des jeunes hippies assis serrés les uns contre les autres, et en arrière plan, les collines noires de monde, un paysage humain incroyable, inimaginable à moins d’y être.

En bonus, la BNF a donné carte blanche à l’artiste pour choisir une quarantaine de livres pornographiques des années 70 issus du Dépôt légal, et d’en modifier la couverture (plastifiée) d’une richesse graphique étonnante. Bonne surprise, en fin d’expo, tous les livres de l’artiste sont en consultation sur des I-Pad, super pratique et très chic.

Je vous parlais dans mon dernier post de la photographe Canadienne Diana Throneycroft qui détournait les clichés sur l’identité nationale canadienne et mettait en avant la violence des images dans la société de consommation actuelle. Richard Prince travaille sur l’Amérique des profondeurs et les mythes américains pour ce qu’ils sont : des images d’images d’une société d’abondance. En cela, il fait partie du groupe informel de The Pictures Generation (comme la photographe Cindy Sherman), qui propose au public de réfléchir sur les images des codes et des valeurs dont il n’est pas dupe, mais par lesquelles il aime se laisser séduire.

Richard Prince tourne en dérision cette culture de masse, bien qu’il soit aujourd’hui un des artistes les plus chers au monde (sa série de peintures « Nurses » s’arrache à des sommets). La dualité de son identité artistique, qui combine rejet de la société de consommation et œuvre ultra bankable, célébrée par une élite aussi vaine que le star-system qu’il détourne, correspond bien au paradoxe du mythe américain dont il s’inspire : sex, drogues et rock’n’roll, argent, célébrité, scandale. Obsession du paraître mais aussi et surtout, quête de liberté. Born to be wild, yeah.

Et sinon, pour finir ce post interminable (j’ai fait plein de trucs ce week-end, même avec un doigt bien entaillé), un petit mot tout de même sur le dernier Woody Allen, Midnight in Paris.


Allez-y, c’est vraiment pas mal. On est un peu dubitatif au début, c’est du Woody-déjà-vu, genre un couple qui passe une semaine à Paris avant son mariage, avec les beaux-parents ricains, pétés de fric, et Tea partistes. Le fiancé (Owen Wilson, de mieux en mieux comme je le disais il y a peu, et très à l’aise dans le rôle du scénariste d’Hollywood, aspirant écrivain, et toujours aussi désarmant en looser un peu paumé) veut s’installer à Paris pour vivre de sa plume et trouver l’inspiration dans la vie de bohème.  Sa compagne (Rachel McAdams, beaucoup moins exaspérante que dans Morning Glory où elle est tout simplement insupportable), encouragée par ses parents, ne veut pas renoncer à son petit confort.

L’intrigue est posée, et sans jouer au spoiler, on sait bien que ça va péter. Alors oui, le Paris de Woody est tout lisse, tout plein de réverbères allumés (même où toi Parisien tu sais que Paris est crade et que les réverbères ça court pas les rues), les distances y sont super réduites ou alors c’est qu’ils marchent super vite chez Woody (on passe d’un plan de Montmartre aux bords de Seine en deux minutes et demi). Non, la prestation de Carla n’est pas indispensable et elle reste d’ailleurs anecdotique. Oui, ça fait plaisir quand toi Parisien, tu reconnais des endroits que les autres ne reconnaitront pas (le Musée des arts forains, les Puces de Saint-Ouen, le restaurant Polidor qui existe vraiment mais que tu sais qu’il est pas là où Woody le filme et que c’est un fake, l’UGC Danton à Odéon devant lequel tu passes tous les jours – hey, c’est pas moi là avec mon parapluie rouge?). Oui, c’est un peu le Paris de carte postale, tout propre et tout chic, mais c’est le Paris que veulent voir les Ricains tout propres et tout chics (antiquaires hors de prix, taxis à tout bout de champ, dégustation de vin sur la terrasse d’un hôtel avec vue sur la tour Eiffel).

Et du coup, le reste du film est un enchantement, quand à minuit à l’issue d’une de ses promenades nocturnes (après la famueuse dégustation), Owen aviné est invité à monter dans une Peugeot des années 20. La citrouille se transforme en carrosse (ou en DeLorean sans Marty McFly). On rencontre alors avec lui tout le Paris des Années folles (Francis Scott Fitzgerald, Zelda Fitzgerald, Picasso, Luis Bunuel, Man Ray, Gertrude Stein, Ernest Hemingway (mention spéciale à l’acteur qui l’incarne, un bien joli brun ténébreux nommé Corey Stoll). Il faut l’avouer, le casting assure (Michael Sheen, Kathy Bates, Marion Cotillard, pas mal, Adrian Brody, jouissif en Salvador Dali).

Bref, un très bon moment de cinéma, une étonnante incursion de Woody Allen dans la SF, et un joli voyage à la découverte de la vie intellectuelle et culturelle parisienne, de la Belle Époque aux Années Folles.

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Esprit, es-tu là?

Bon, aujourd’hui j’ai la flemme, comme tous les autres jours d’avant. Il a fait beau, c’est pour ça, j’ai eu autre chose à faire que de looser devant mon ordi. Eh ouais, week-end sportif avec jogging et piscine, et un déménagement en prime, du lourd.

Et pour une fois, je vais faire de la pub pour une publication de la bien-aimée maison d’édition qui veut bien m’employer.

Je fais donc d’une pierre deux coups, en recyclant le communiqué de presse que je viens de rédiger sur un bouquin passionnant, Histoire des maisons hantées, de Stéphanie Sauget, un de mes auteurs préférés, ultra brillante et hyper sympa avec ça.  C’est l’occasion de vous faire profiter de ma pertinente lecture, et de rentabiliser mon labeur.

J’ai toujours été fascinée depuis toute petite par les histoires de revenants et de maisons hantées. Mon frère c’était Roswell et la zone 51 , moi c’était l’exorciste, les cas de possession et autres Poltergeist (mon éducation catholique, un peu subie, disons le tout de go, y est peut-être pour quelque chose). J’avais 8 ans et je voulais absolument regarder cette foutue émission « Mystères » qui me terrorisait et me faisait passer des nuits blanches comme les dames. Une fascination-répulsion en quelque sorte. Et du coup, mes lectures étaient assorties : témoignages, romans fantastiques (le chef d’œuvre du maître Graham Masterton, Démences, n’est pas à mettre entre toutes les mains, mais je vous le conseille vivement pour meubler une nuit blanche, en tous cas, vous serez sûr qu’elle le sera…),

classiques de E.A. Poe, avec sa terrifiante nouvelle Le Chat noir, essais (Les maisons hantées, un vieux livre de Camille Flammarion, cédé par ma mère qui a toute la bibliothèque de « L’aventure mystérieuse » chez J’ai lu, publiée dans les années 70),

sans oublier les films cultes (L’exorciste donc, Hantise, un régal d’effets spéciaux, La Porte des secrets, sur une maison hantée par le vaudou en Louisiane, terrifiant!)… La biblio et la filmo étant interminables, n’hésitez pas à ajouter vos films cultes dans les commentaires.

Voici donc mon petit bla-bla sur ce passionnant traité d’hantologie, que vous trouverez dans toutes les bonnes librairies le 21 avril !

« Que nous y croyions ou non, le thème des « maisons hantées » exerce une fascination que l’on peut expliquer de bien des manières : attachement aux lieux, sensibilité physique et psychologique à l’espace, goût pour le bizarre, plaisir de se faire gentiment peur, vague croyance ou curiosité pour les fantômes, envie d’imaginer l’au-delà, questionnement métaphysique sur les traces que nous, et les autres, laissons sur notre passage… Tout cela peut nous sembler intemporel. Mais peut-on vraiment imaginer que nos peurs ou nos angoisses, même si elles semblent des invariants anthropologiques, ne soient pas des productions en partie historiques et culturelles ?

Siècle marqué par la violence de la Terreur, de la Révolution, des guerres de l’Empire et de la guerre de Sécession, par les deuils impossibles à faire et les mémoires mutilées, le xixe siècle est aussi le siècle de la révolution industrielle et de la rationalisation des sociétés occidentales. Pourtant, c’est dans ce contexte de « désenchantement du monde » que se multiplient les phénomènes de hantises : la spiritualité se replie progressivement sur la sphère privée et individuelle, et la maison devient le creuset de toutes les angoisses.

Partout en Europe, mais aussi aux États-Unis, des dizaines de cas de maisons hantées et de milliers de témoignages de « rencontres avec l’au-delà », dans les milieux sociaux les plus divers, sont signalés. On assiste à un puissant revival religieux, avec un retour de la croyance au purgatoire. C’est l’âge d’or des spirites et de leurs séances de tables tournantes, des chasseurs de fantômes, des prêtres exorcistes, des scientifiques confrontés aux les problèmes psychiques que déclenchent ces manifestations.

C’est que la maison hantée nous offre une lucarne sur les turbulences de la vie psychique et émotionnelle des contemporains et notamment sur les phénomènes de hantise non réductibles à la peur. La hantise n’est pas une émotion à proprement parler, mais c’est une réalité psychique et corporelle qui s’articule aux perceptions, à l’imagination, aux systèmes de croyance, à la construction du sujet – tous éléments dont les historiens ont montré qu’ils avaient une histoire particulièrement riche au xixe siècle.

Stéphanie Sauget nous propose ici de faire le point sur un objet d’histoire culturelle fascinant, qui n’en finit pas de revenir d’une manière ou d’une autre comme un mythe éclairant de nos sociétés post-industrielles. À travers cet essai passionnant et inédit sur un sujet qui l’est tout autant, et en s’appuyant sur de nombreuses références littéraires, artistiques, théologiques, psychologiques ou scientifiques, elle analyse la dimension humaine de ces phénomènes étranges, l’enjeu des drames privés qui font de ces maisons le cœur d’une tension entre la mémoire familiale et le patrimoine, la relation de l’individu avec la famille et le voisinage, la question de son rapport aux ancêtres, aux morts, à la descendance.

Pour une magistrale anthropologie de la maison hantée, véritable mythe moderne.

Stéphanie Sauget est agrégée et docteur en histoire contemporaine. Elle est déjà l’auteure chez Tallandier d’une histoire des gares parisiennes : À la recherche des pas perdus (2009). »

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