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Lisez, c’est l’été! (ou Marilyn à la plage)

Je viens de terminer la lecture de plusieurs bouquins, lus voracement d’affilée. Il y a eu pour une fois pas mal de romans, quelques essais (ce que je lis plus volontiers), des beaux livres.

Mais voilà, l’été, il fait chaud, on prend l’apéro, on a les neurones aussi mous que notre corps ébouillanté au soleil, et donc il faut  un truc qui se lise vite et bien.

Mais je n’ai pas dit une bouse qui se lise vite et bien, il faut de la cuisse, de la chair, de la consistance Madame. Les lectures d’été, c’est du sérieux.

J’ai sélectionné deux titres pas trop déprimants pour cette belle période estivale (la météo parisienne  s’en étant déjà chargé, je ne vais pas en plus vous plomber le moral). En effet, j’ai dévoré (le mot n’est pas trop fort) le livre de Lionel Shriver, Il faut que l’on parle de Kevin (porté à l’écran par Lynne Ramsay sous le titre original We need to talk about Kevin avec l’incroyable Tilda Swinton), qui met en scène  mère mal-aimante qui tente de comprendre les raisons qui ont poussé son fils à devenir le meutrier de 9 de ses camarades et professeurs de collège, et de mettre un mot sur l’horreur absolue. Passionnant mais pas très réjouissant.

Ce que n’est pas non plus le bouleversant Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan (JC Lattès), éminemment récompensé cette année par de nombreux prix littéraires, et une fois n’est pas coutume, le livre est plus qu’à la hauteur, il vous retourne les tripes.

L’écrivaine y raconte l’histoire de sa famille, au premier abord parfait mais gangrenée par des secrets de famille comme dans toutes les familles, l’histoire de cette mère bipolaire traumatisée dans l’enfance par des gestes que l’on ne nomme pas, mais qui laissent des traces indélébiles dans l’âme de celle ou celui qui les subit. Elle tente (et y parvient avec force et pudeur) de mettre en mots la souffrance ressentie à la mort de sa mère (qui se suicide à 63 ans) et de comprendre ce qui l’a menée à ce geste extrême. Sublime, mais pas folichon pour l’insouciance d’une conversation autour du rosé de l’apéro.

Je commencerai donc par un bon vieux polar des familles, Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, d’Olivier Gay.

Un petit dealer sans histoires y fait son petit business en écumant les soirées hype parisiennes et se mue en enquêteur du dimanche, sur les traces d’un serial killer de jeunes clubbeuses. Une intrigue bien ficelée, des personnages hauts en couleur, un anti-héros attachant, cynique à souhait,  tous les ingrédients d’un page-turner sont réunis dans ce suspense tragi-comique, adéquat pour les bains de soleil. Précisions que les Parisiens savoureront le plaisir de suivre les pérégrinations de l’enquêteur dans un décor qui leur est familier, Paris Panam, Paris by night, et s’enivreront du parfum sulfureux des nuits parisiennes et des clubs de Pigalle, ce qui change des polars écrits à la chaîne et se déroulant le plus souvent outre-atlantique.

Comme vous le savez sans doute au vu du matraquage médiatique autour de l’événement, nous célébrerons demain les 50 ans de la mort de Marilyn Monroe, survenue dans la nuit du 4 au 5 août 1962, à 36 ans.

Parmi la pléthore de livres parus et à paraître sur le sujet, en fan intarissable que je suis (j’ai lu plus d’une quinzaine de biographies et essais sur le sujet et je ne m’en lasse toujours pas), et si je ne devais vous en conseiller qu’un seul qui puisse permettre au novice de faire le tour de la question et au fan d’en apprendre toujours plus sur l’objet de sa passion, je choisirai le livre dirigé par deux journalistes de Libération, François-Marie Santucci et Elisabeth Franck-Dumas, Monroerama, paru chez Stock.

Ce petit joyau graphique et iconographique propose de survoler les grandes étapes de la vie de la star (vie privée, amours, carrière) en éclairant d’un jour nouveau certains aspects particuliers comme par exemple sa santé mentale, ses thérapies, ses secrets de beauté, sa coiffure, ses tenues préférées, ses contrats, son addiction aux médicaments, ses chansons, son parfum, sa mort,  pour offrir en quelque sorte les miscellanées de Marilyn Monroe, personnage, il faut bien le rappeler, créé de toute pièce par Norma Jean Baker.

Marilyn était double, triple, quadruple, tout à tour bombe sexuelle, femme-enfant, femme d’affaires avisée, croqueuse d’hommes (mais jamais de diamants), s’en servant parfois pour arriver à ses fins (devenir la plus grande star de tous les temps),  intelligente mais jouant parfaitement l’idiote quand cela pouvait lui servir, bosseuse, avide d’apprendre, perfectionniste, excellente comédienne au sens de la comédie assuré mais capable de rôles dramatiques d’une force incroyables (regardez The Misfits), consciente de ses atouts, sachant se mettre en valeur, mais souffrant d’un cruel manque de confiance en elle.

Chaque interview, article, plan, liste, nouvelle, écrit par des journalistes, des écrivains, des cinéastes, des médecins, des parfumeurs, des photographes,  apporte sa petite touche au portrait de Marilyn qui restera malgré tout à jamais inachevé : comme on le découvre dans le livre, il existe des millions de clichés de l’icône, et autant de pièces à assembler pour reconstituer le puzzle de sa vie. Qui fit réelemment Marilyn Monroe? Norma Jean Baker, Zelda Zonk (le pseudo qu’elle utilisait pour voyager anonymement), Marilyn ? I’m not MM, dit-elle dans ses Fragments, parus au Editions du Seuil l’année passée et réédités aujourd’hui chez Points.

A défaut de pouvoir retracer sa vie dans sa globalité, peut-être est-il judicieux de commencer par en explorer les détails. Ce livre se picore ou se lit d’un trait, comme on boit une bonne coupe de champagne (breuvage qu’elle appréciait beaucoup – trop?).

Marilyn Monroe par Georges Barris, Santa Monica, 1962. 

Attention quand même avec le sable et la crème solaire, ce livre est un bel objet et ce serait dommage de l’abîmer.

Voilà pour le moment deux idées de lectures sur la playa ou au bord de la piscine, mais bien sûr, il y en aura d’autres, laissez-moi juste le temps de les lire…

Note : pour les fans de Marilyn ET de mode, à lire absolument, Le Style Marilyn, chez Michel Lafon, un beau livre qui rassemble les plus beaux croquis et clichés de William Travilla, styliste créateur des sublimes costumes portés par l’actrice dans ses films et à la ville,  et notamment de la mythique robe blanche (crème en réalité) porté par l’actrice dans 7 ans de Réflexion, dans la fameuse scène de la bouche d’aération de métro qui provoqua une émeute et dû être retournée en studio.

Je ne m’en lasse pas, je vous dis.

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Summertime

Summertime est un beau film. Un film lent et délicat, et qui pourtant parle de choses tragiques, du douloureux passage de l’enfance à l’adolescence, d’espoirs et de rêves brisés.

De ce film, prix du Jury au festival de Deauville, qui récompense des petits bijoux du cinéma indépendant américain (je pense à Winter’s bone ou Martha Marcy May Marlene), on retient la moiteur du Mississipi, son soleil écrasant, le désert doré de ses champs de maïs, le bitume aride de ses routes infinies, promesse d’horizons meilleurs pour une population pauvre et digne, qui essaie de s’en sortir la tête haute.

The Dynamiter (titre original du film), est l’histoire d’un gamin au seuil de l’adolescence, presque 15 ans, Robbie, qui tente de maintenir l’illusion d’une famille qu’il n’a pas connue : sa mère est partie « se soigner » en Californie, le laissant seul avec sa grand-mère mutique et son demi-frère dont il s’occupe comme un père.  Il lutte au quotidien pour rester dans le droit chemin, montrer l’exemple à ce petit garçon innocent et dont il donnerait tout pour qu’il le reste. Même si pour cela il doit s’opposer à son grand frère, joueur de football raté, coureur de jupons, voleur, bon à rien.

Le jeune acteur est formidable (William Ruffin), tout en retenue, colère contenue, en sourires parcimonieux si  lumineux, presque sensuel avec son corps noueux et musclé à demi nu, habitué à la moiteur du climat. Son visage encore enfantin contraste avec ce corps à la virilité affirmée, déjà celui d’un adulte, (il compare avec son frère le poids qu’il est capable de soulever) : il n’est pas prêt à assumer des décisions de grandes personnes, et pourtant il n’aura pas le choix.

Summertime est un film tendre, violent, contemplatif parfois (Terrence Malick n’est pas loin), qui saisit au vol des parcelles de vie, la joie de jeux d’enfants, les premiers émois, la tristesse des illusions perdues. C’est la nostalgie de l’enfance qui s’en va trop vite, qui défile sans se retourner, qui projette les êtres malgré eux dans l’âge adulte, où le destin prend les choses en main et les choix sont faits par défaut. Summertime, c’est la nostalgie d’un été qui passe trop vite, qui plus jamais ne sera, le coeur qui se sert quand à peine on y pense, et déjà c’est fini, un été qui fait d’un enfant un homme, et pour toujours.

Notre été commence à peine, et il commence plutôt bien. Le réalisateur, Matthew Gordon, dont c’est le premier essai, n’a pas fini de faire entendre parler de lui.

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L’épidémie continue….

 

En fait non, c’est pas ok… Arrêtez de mourir, merde!

Si tous les meilleurs (même si dans le cas de Whitney ses dernières bonnes chansons remontent à quelques temps maintenant) s’en vont, il va finir par ne plus rester que David Guetta et Mamie Madonna (qui s’est bien donnée au Superbowl malgré tout, mais musicalement, son dernier album est un désastre).

Allez, encore un pour la route, elle avait la classe quand même…

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Cinémathèque

Je suis beaucoup moins assidue que d’habitude, et je prie mes (nombreux) lecteurs attentifs de m’en excuser. Pendant ces quelques semaines d’absence, j’ai beaucoup travaillé, fait la fête (à Londres notamment, on ne peut pas être partout) et les soldes. Et tout cela, ben ça prend du temps.

J’ai aussi comme vous vous en doutez beaucoup arpenté les salles obscures, avec quelques films remarquables à la clé, et une demi-déception (elle était prévisible).

S’il on revient un peu en arrière, genre aux alentours de Noël, il faut quand même que je vous dise que j’ai adoré le Carnage de Roman Polanski (sorti le 7 décembre et toujours à l’affiche, tiré d’une pièce de Yasmina Reza) huis-clos jouissif entre deux couples réunis dans un appartement pour résoudre le litige qui opposent leurs deux fils (une vulgaire baston de gamins qui finiront, comme toujours par se rabibocher). Là où l’exercice est fascinant, c’est que cette trame est le prétexte à une très caustique comédie sociale, sur les rapports humains entre les classes et à l’intérieur même du couple. Jodie Foster et John C. Reilly incarnent la middle-class bobo-intello (elle surtout, lui est dans les chasses d’eau, et sa beaufitude sera prétexte à des joutes verbales incroyables et hilarantes), tandis que Kate Winslet et son avocat de mari, Christophe Waltz (très beauf aussi, scotché à son téléphone portable et d’une impolitesse crasse) sont issus de la hupper classe new yorkaise. Tout ceci commence de façon bien policée, pour finir en joyeux (?) bordel, arrosé de whisky, de pleurs, de crises d’hystérie, et même de vomi (si, si). Roman Polanski nous offre là un excellent moment de cinéma, une critique acerbe de la bonne conscience humaniste et des dérives du capitalisme, en même temps qu’un portrait au vitriol des couples qui n’ont rien à faire ensemble et qui maintiennent un semblant de vie commune pour le bien-être de leur enfant et davantage par souci du qu’en dira-t-on. A voir absolument, juste parce que l’on rêve d’assister à la même scène lors d’un déjeuner de famille convenu et ennuyeux, pour voir tout ce beau vernis craquer. Ce film, ça a été mon cadeau de Noël à moi.

J’ai un peu aimé Shame pour le beau Michael Fassbender, si émouvant en sex addict  handicapé des sentiments incapable de tomber amoureux qui lutte chaque seconde pour essayer de ne plus penser à la seule chose qui l’éloigne de ses démons :  baiser. Pour Carey Mulligan aussi, sa soeur paumée qui cherche à se rapprocher de la seule famille qui lui reste. On est ému, bouleversé par des scènes de violence désespérée où l’acteur va jusqu’à satisfaire ses pulsions dans un club gay car il est refoulé de son club habituel. On est aussi déçu de ne rien savoir de ce qui a brisé ces deux êtres solitaires, de leur passé ou de leur avenir, alors que le film comporte pourtant bien des longueurs (notamment une scène où Carey interprète mal et trop longuement le fameux hymne « New York New York »). Dommage.

Plus récemment, Take Shelter, sorti le 4 janvier, est ma première grosse claque ciné de l’année (hormis une fin un peu facile qu’on aurait aimé plus ouverte), avec la révélation Michael Shannon, déjà découvert en flic psychopathe dans la série sur la prohibition Boardwalk Empire et dans le bouleversant Revolutionary Roads (Les Noces Rebelles) de Sam Mendes, aux côtés de Di Caprio et Kate Winslet dans le rôle du voisin à moitié dingue, mais le plus lucide de tous, évidemment. Take Shelter offre le portrait d’un homme en proie à des rêves extrêmement pregnants, et qu’il imagine prémonitoires, doublés d’hallucinations qui lui semblent plus que réelles et qui finissent par handicaper son quotidien. Il est persuadé qu’une énorme tempête va toucher le fin fond de son Ohio perdu et menacer sa petite famille (dont Jessica Chastain, divine en épouse aimante et dévouée) et se met en tête d’agrandir un abri sous terrain déjà existant. Tout le monde le prend pour un dingue, ce qu’il finit par devenir, avant d’accepter de se faire soigner. La terreur de cet homme, son angoisse à l’idée qu’il ne parvienne pas à protéger sa famille, à l’idée qu’il puisse vraiment perdre la raison comme sa propre mère, tout cela se lit admirablement sur les traits inquiétants et puissant d’un acteur avec qui il faudra désormais compter.

Louise Wimmer (4 janvier) est un beau portrait de femme, un film social et engagé, avec cette actrice ultra nature issue du théâtre, Corinne Masiero, qui campe une femme de 50 ans, qui suite à un divorce houleux (on comprend qu’elle a quitté de son plein gré un mari volage et qu’elle n’est pas femme à accepter de revenir) se retrouve à faire des petits boulots et à dormir dans sa voiture. Le portrait qu’en fait Cyril Mennegun est dur, cruel, comme la vraie vie peut l’être, mais jamais irrespectueux. L’actrice est digne, elle lutte pour conserver cette seule chose qui lui reste, la dignité, un combat de chaque instant, surtout lorsqu’il faut soutenir le regard larmoyant de sa fille qui la fuit. Louise ne sourit pas beaucoup, elle est parfois aggressive, mais comment ne pas l’être quand la vie s’en charge pour vous ? Elle se fait console et trompe sa solitude avec des amants de ci de là, qui ne savent rien de sa détresse, mais qui la font se sentir femme à nouveau l’espace de quelques heures. Une note d’espoir point à la fin du film, et il était temps : on sait que le brouillard étouffant de la précarité nous guette tous.

Trust, en salles depuis mercredi, le second long métrage de David Schwimmer (Ross de Friends) est une réussite, parfois un peu didactique mais le propos est suffisamment grave pour ne pas être traité à la légère ni de façon ambigüe. Une gamine de 14 ans (époustouflante Lian Liberato) est contactée par tchat par un certain Charlie, lycéen de 15 ans. Au fil du temps, une amitié se noue. Le Charlie en question se sent en confiance et lui avoue qu’il a en fait 20 ans, puis 25. La gamine hésite, mais ne prévient pas son père, pubard occupé mais prévenant (Clive Owen, en flux tendu pendant tout le film).

Charlie, profitant d’un week-end d’absence des parents d’Annie (la gamine), lui propose de la rencontrer dans un centre commercial. Jusqu’ici tout va bien, mais on sent le truc bien glauque qui arrive. Le mec en a au moins 35, Annie est terrorisée, en larmes, puis se laisse embobiner et guider par se mec qui lui chante combien elle est jolie et combien il l’aime. On est très sérieux sur ces choses-là quand on a 14 ans. Je ne spoile rien du tout, mais il y aura viol, qu’Annie refusera au début de considérer comme tel en continuant de défendre son bourreau contre son père qui s’échine à comprendre comment sa fille a pu tomber ses filets. Le violeur sera traqué et par le père et par le FBI. Pas facile de retrouver ces pros du chat, qui se planquent derrière des adresses IP en Hongrie et utilisent des téléphones jetables. L’ADN correspond, le mec est récidiviste. Il faudra ça pour que la gamine comprenne que son histoire n’a rien eu d’une amourette.

Là où le film est intéressant, c’est que la question de la marchandisation et de la chosification du corps des gamines est sans cesse mise en parallèle avec  la déviance et la perversion du violeur. Le personnage du père travaille pour une boite qui  élabore les campagnes de pub pour American Apparel, où l’on voit des mannequins extrêmement jeunes sourire à l’objectif à moitié nues et dans des poses très lascives… Tous coupables? La quête du jeunisme absolu fera-t-elle de nous des pédophiles en puissance? Certainement pas, mais de la lingerie sexy et des strings pour des gamines de 10 ans, on en trouve partout.

Ce film est tiré d’un fait divers, le réalisateur ayant été sensibilisé par une association de protection des mineurs au cours du tournage d’un épisode de Friends. Emu et bouleversé par cette histoire, il a décidé d’en faire un film, grandement financé par Clive Owen, par ailleurs. La plus jeune des victimes de ce violeur n’avait que 12 ans…

Et enfin, n’allez pas voir J. Edgar, excepté si vous êtes fan absolu de Di Caprio (comme moi), il a des lentilles brunes et son sex-appeal en est grandement modifié. Si vous y allez quand même, rincez-vous plutôt l’oeil avec celui qui fut  l’accolyte et compagnon de route  de Hoover pendant 40 ans, son fidèle ami (boyfriend?) Clyde Tolson, interprété par le sublime Armie Hammer, qui jouait un des frères Winklevoss spolié par Mark Zuckerberg dans The Social Network de David Fincher .

L’interprétation des acteurs est impéccable, malgré des couches et des couches de maquillage, qui en ont d’autant plus de mérite. Caprio est excellent, comme toujours, Noami Watts en secrétaire fidèle, admirablement bien vieillie, est formidable. Mention spéciale aussi à l’acteur qui joue un Nixon plus vrai que nature, sourire scotch brite, brushing compris et « fucking » à toutes les sauces.

Le film est court pour l’ampleur de la tâche (2h15), trop court. Même critique que pour les Marches du pouvoir, de Georges Clooney, il faut plus de temps pour asseoir et peindre un tel personnage, avec de telles zones d’ombres et ambiguïtés : profondément anti-communiste, raciste, gay refoulé, fils à maman, paranoïaque, charmeur implacable… Et plus de temps aussi pour éviter les clichés inhérents à ce scénario qui traite toute la vie d’un personnage secret et complexe. Judy Dench est parfaite en mère castratrice, mais la caricature guette (« je préfère avoir un fils mort qu’un fils homo »). On sent que Clint Eastwood est tiraillé entre son âme de Républicain et celle du citoyen progressiste engagé. Il aurait pu seulement se concentrer sur cette belle histoire d’amour et de fidélité entre deux hommes, qu’il a par ailleurs retranscrit avec finesse et pudeur, en laissant planer le doute, mais en se risquant à montrer cette histoire jusqu’alors taboue dans le grand public américain.

Mais l’on passe trop vite sur les relations de Hoover avec sa mère, ainsi qu’avec les belles actrices qui tombaient à ses pieds (Ginger Rogers par exemple) mais qui le terrorisaient littéralement. Explorer ses relations avec les différents présidents (il en connaîtra pas moins de 9 pendant une présidence de 48 ans) aurait également apporté des réponses. On passe aussi trop vite sur l’enlèvement et la mort du petit Lindbergh, l’enfant du célèbre aviateur, résolue grâce à Hoover et les débuts de la police scientifique. Bref, on sent que Eastwood a de la sympathie pour le directeur du FBI, bien qu’il s’en défende dans de multiples interviews,  et c’est bien ça le problème. Hoover était loin d’être sympathique. En choisissant de montrer ses failles personnelles, sa fragilité, plutôt que ses actes professionnels malveillants et malhonnêtes, le réalisateur choisit finalement le consensus, en restant à la surface de la vie ce control freak frustré et aigri, sans jamais en approfondir un aspect.  Il est vrai qu’il est difficile de raconter la vie de ce paranoïaque si secret, mais tout réalisateur est maître de son oeuvre et peut offrir son interprétation de l’histoire. Eastwood offre ici  un film au scénario lénifiant qui manque cruellement de point de vue. Re-dommage.

Mais rien n’est joué, et ça vaut la peine de se plonger dans le passionnant roman de Marc Dugain, La malédiction d’Edgar, qui raconte les relations particulièrement tumultueuses voire hostiles entre Hoover et les Kennedy.

Ah oui, j’oubliais, Millenium version David Fincher, avec Daniel Craig et Rooney Mara est un peu en acceléré elle aussi, en tous cas du point de vue du scénario.  La version suédoise du premier épisode est en effet plus détaillée et plus minutieuse, mais aussi beaucoup plus classique (trop?). Naomi Rapace y campe tout de même une Lisbeth Salander inoubliable et beaucoup plus animale que Rooney Mara, avec sa tête de poupon anorexique, mais dont la sensualité effarouchée et naïve fait mouche.

The Girl with the dragon tattoo sent la patte Fincher et le rythme du film est incontestablement plus soutenu, l’image plus belle et le parti pris scénique plus marqué. Mention spéciale au générique du film, montage halluciné et syncopé en image de synthèse de corps déformés et recouverts de ce qui semble être toute la boue des horreurs de ce monde, et tout ça sur la magnétique Immigrant Song de Led Zeppelin, reprise par le dieu Trent Reznor. Effet garanti.

La scène dans laquelle Lisbeth se venge sur un des hommes qui n’aimait pas les femme est toujours aussi jouissive, et rien que pour tout ça, on y retourne les yeux fermés (et un peu pour Daniel Craig, décidément très sexy en lunettes).

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Le choc des titans

Perso, je trouve Carl Jung beaucoup plus sexy que Sigmund Freud, non?

Faut dire que le pauvre Viggo a hérité d’un faux nez pour faire plus vrai,  mais c’était nécessaire.

 

Tout ça pour dire que j’ai passé un très bon moment de cinéma pour finir cette année 2011 et que je sais déjà que je vais en passer encore beaucoup d’autres en 2012…

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Champagne!

En cette veille de veille de Noël, il est encore temps pour moi de vous donner une idée cadeau de dernière minute, pour les retardataires que je devine nombreux.

Comme tous les ans, le champagne va couler à flots pour les fêtes et va d’ailleurs grandement aider à faire passer la pilule toujours douloureuse du Noël interminable en famille…

Mais saviez-vous que le champagne doit son apparition aux caprices de la météo ? Qu’il vaut mieux le servir dans une flûte pour préserver ses bulles et son arôme? Qu’il faut le verser en inclinant le verre? Que ce n’est pas du gaz carbonique qui s’échappe de la bouteille que l’on ouvre mais de la vapeur d’eau (comme les nuages) ? Que le nombre de bulles et leur finesse n’ont rien à voir avec la qualité du champagne? Que les bulles apparaissent grâce aux micro-poussières qui recouvrent les parois du verre? Que le rouge à lèvres accélère l’éclatement des bulles? Que c’est la bulle de champagne qui véhicule les arômes comme l’écume des vagues les embruns? Que l’on compte en moyenne deux millions de bulles par flûte, et qu’elles tourbillonnent ?

Pour tout savoir sur la vie et la mort d’une bulle de champagne, et pour le déguster intelligemment, précipitez-vous sur le magnifique Voyage au coeur d’une bulle de champagne, de Gérard Liger-Belair et Guillaume Polidori. Deux scientifiques passionnés et passionnants vous invitent à découvrir dans un beau-livre riche de superbes photographies, les secrets du breuvage le plus glamour jamais inventé (à consommer avec modération,en théorie).

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Il était une fois le vibro

Je vous conseille un excellent film, Oh my God!, comédie anglaise jouissive (elle était facile) et légère sur l’invention du godemiché, du vibromasseur plus précisément.

Nous sommes à la fin du XIXe siècle et le Dr. Mortimer Granville (Hugh Dancy, très beau garçon), en avance sur son temps et horrifié par la médecine moyenâgeuse encore pratiquée (saignées et ignorance des germes et microbes), se fait virer de tous les hôpitaux et atterrit dans le cabinet d’un médecin spécialiste de l’hystérie féminine (pléonasme, « hystérie » venant d' »utérus »), le Dr. Dalrymple. Il y apprend que pour soigner l’hystérie, il va falloir qu’il use avec abondance de sa main droite, pour prodiguer des massage utérins à toutes ces femmes en quête de bien-être et de paix.

En effet, à cette époque extrêmement prude et misogyne, la mélancolie, le  mal-être et l’extrême nervosité d’une femme sont à chercher du coté d’un mari négligent, ou d’un veuvage,  mais toute femme un peu indépendante (et surtout « vieille fille ») est considérée comme folle et bonne à enfermer. Et comme on pense encore que le plaisir féminin ne peut provenir que de l’acte de pénétration vaginale, cela ne pose aucun problème, pour calmer tout signe d’hystérie, de faire appel à un médecin ou une infirmière pour procéder à une stimulation manuelle du clitoris , qui conduira à un « paroxysme » et au soulagement des tensions.

Vous vous en doutez, l’affaire du Dr. Dalrymple est florissante, et le devient d’autant plus avec le talent du jeune Mortimer. Le rythme des consultations est effréné, et la crampe de la main ne tarde pas à surgir. C’est là qu’intervient l’ami de Mortimer, joué par Rupert Everett (hilarant en dandy loufoque, tout en retenue et espièglerie – son visage figé par le bistouri n’aidant pas à l’expressivité…).

Passionné par la toute nouvelle fée électricité, il s’invente l’ancêtre du ventilateur qu’il nomme « plumeau », et que Mortimer va détourner pour stimuler le clitoris de ses patientes…

Evidemment, une histoire d’amour couve dans cette comédie réjouissante, et le personnage de femme de caractère, presque féministe en avance elle aussi sur son temps, interprétée par une Maggie Gyllenhaal inspirée, va défier ce jeune homme et le pousser à changer sa vie.

Je n’en dis pas plus, mais attendez bien la fin du générique avant de quitter la salle, il ne faut pas louper le florilège des plus beaux vibromasseurs, des débuts à nos jours (on passe du sèche-cheveux au canard souriant, quel voyage).

Si vous êtes intéressé(e) par ce sujet et souhaitez creuser la question, voici trois conseils de lecture :

L’Affaire Rouy, de Yannick Ripa (éditions Tallandier), qui raconte l’histoire de cette jeune pianiste indépendante et célibataire, enfermée dans un asile sur ordre de son demi-frère voulant ce débarrasser du fardeau qu’elle représente. Enfermée pendant 14 ans, rayée de la carte, elle finira par être libérée par des administrateurs plus éclairés, et à demi-folle pour de bon, cette fois.

Histoire sommaire de la maladie et du somnambulisme de Lady Lincoln, des Dr. Koreff et Wolowski (éditions Tallandier). Ceci est un journal tenu par deux médecins, dont un Français magnétiseur, chargés de soigner une jeune Anglaise atteinte d’hystérie et de véritables crises de catatonie, de paralysie et de démence, comme si elle était possédée (elle parvient au cours d’un séance à se déboiter la mâchoire et la hanche une dizaine de fois sans paraître ressentir la douleur). Pour la soigner, les médecins ont recours au « somnambulisme » (à l’hypnose en réalité) et aux massages de la vulve. La femme semble faire des progrès mais la famille finit par lui interdire les consultations, sur pression du mari. On apprendra ensuite que les crises ont subitement disparu après son divorce. Elle s’était en effet plainte d’un mari qui la délaissait et avec lequel elle n’avait aucun point commun… Réalité ou jeu dangereux, le mystère reste entier mais le témoignage est saisissant et l’on serait tenté d’y croire. Le corps a pu ici exprimer de façon inconsciente un mal-être et réagir violemment aux carcans d’un quotidien morne et oppressant.

Technologies de l’orgasme. Le Vibromasseur, l’hystérie et la satisfaction sexuelle des femmes, de Rachel Maines (éditions Payot).  Dans cet ouvrage passionnant, l’historienne montre comment l’orgasme féminin a toujours été l’objet de luttes, en étudiant l’histoire du vibromasseur et les techniques de masturbation féminine. Utilisées depuis l’Antiquité à usage médical, comme un acte thérapeutique, puis pour excuser les ratés de la vie conjugale en pathologisant la sexualité féminine, elle sont devenues techniques érotiques utilisées par les femmes et ont fait du vibromasseur l’étendard de la la liberté sexuelle féminine.

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Classé dans Culture/Déconfiture, In-Folio, On se fait une toile?

A la pointe du bic

Je ne savais pas que l’on pouvait faire autant de choses avec un bic. Sur une feuille de papier j’entends, pas pour se curer les oreilles (mais qui fait encore cette chose dégoûtante de nos jours?).

Je l’ai découvert à la galerie Gabriel & Gabriel, avec la toute nouvelle expo Neo-Portrait, expo collective d’une génération d’artistes autour du portrait.

On peut y admirer des oeuvres déjà exposées de photographes brillants et inventifs comme Ahmed Terbaoui, Videographik, Jobudenz.

Un des lonesome cowboy de Videographik, au grain si particulier…

Mais ce qui a définitivement emporté mon suffrage, ce sont deux artistes qui oeuvrent uniquement avec un stylo Bic. Sérieusement. Le bic orange tout con qui sert à remplir les grilles de Sudoku dans le métro (je ne remplis JAMAIS de Sudoku dans le métro ou ailleurs, je déteste le Sudoku.)

David Bideau, son truc, c’est les Red necks, ces Ricains des contrées lointaines et paumées,  à la tête très près du bonnet. Ils aiment la chasse, les coiffures en choucroute, les armes à feu et les bois de cerf. Tous ces portraits sont trouvés sur le net par l’artiste (ah, le fourre-tout magique de Flick’r). Oui, pour de vrai, il y a des vrais gens derrière ces photos ultra kitch. Ces images, minutieusement superposées, décalées, gommées, hachées, sont reconstituées à la pointe du bic, pour donner corps à des monstres du quotidien, la réalité des white trash, la classe américaine  rurale et populaire.

On ne peut que saluer la dextérité et la finesse du propos de l’artiste et penser, du moins sur le fond, au travail de Cindy Sherman, photographe américaine qui depuis plus de trente ans se grime et se tire le portrait, dans une critique acerbe  d’une société américaine glauque et vaine à force de consumérisme.

Sarah Esteje, photographe de formation, nous offre un voyage à travers l’animal, et l’animalité en nous, avec des portraits captivants et dérangeants, d’une incroyable finesse. Qu’il s’agisse d’un poulpe croqué au détail près, si précis qu’on pourrait le croire réel et presque percevoir la texture de sa peau, ou d’images inspirées de films pornos (gay ou non), qui vous chatouillent l’imagination. Impossible de rester de marbre devant tant de sensualité.

Je vous invite vivement à faire un tour à la Galerie Gabriel & Gabriel, 68 rue du Vertbois dans le 3ème arrondissement de Paris, mais également sur le site d’une autre reine du stylo bic, Carine Brancowitz, une Française de l’école Estienne, très orientée mode, et qui offre déjà ses talents à de nombreux magazines, labels et marques (comme BIC, et oui!).

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Classé dans Une nuit au musée (ou à la galerie), Va voir là-bas si j'y suis!

Noël en Pyjamarama

C’est horrible, je n’arrive pas à trouver le temps d’écrire, alors que j’ai plein de trucs à dire.

Il faut bien sélectionner, et comme c’est bientôt Noyël, il est temps pour moi de partager mes quelques idées cadeaux.

Et ça tombe bien, je viens d’avoir le coup de coeur pour un objet qui ravira petits et grands.

Et ce n’est pas parce que je suis à fond dans mon trip voyage à New York que j’ai choisi ce petit bijou qu’est le livre jeunesse New York en Pyjamarama, de Michaël Leblond et Frédérique Betrand, aux Editions du Rouergue.

Mais qu’est ce que c’est au juste?

Déjà, avouez, la couverture est superbe, si graphique et attractive. Elle éveille la curiosité, et pour le meilleur.

Le livre est un mince album qui raconte l’histoire d’un petit bonhomme à l’heure du coucher, fin prêt dans son pyjama à rayures à vivre de palpitantes aventures au pays des rêves. Et ce pays des rêves, c’est la ville scintillante et grouillante de New York. Au cours de son voyage, il va découvrir son traffic, sa foule, ses lumières éblouissantes, autant d’escalators, de lieux, de routes, et de carrefours qui s’animent comme par magie grâce à la technique d’animation fascinante qu’est l’ombro-cinéma.

Il suffit de promener doucement le calque transparent rayé de fins traits noirs sur les illustrations pour que tout s’anime  : les feuillages des arbres de Central Park, les lumières de Broadway, les roues des taxis jaunes.

Ce livre est hypnotisant, régressif, ludique, ensorcelant, dépaysant, en un mot addictif.

A mettre très vite entre toutes les mains, sur toutes les listes au Père Noël et sous tous les sapins.

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Paris vs New York

En attendant de découvrir la Grosse Pomme au printemps prochain, et de me faire un tortis colis à force d’avoir le nez en l’air (typique des touristes peu habitués à la hauteur impressionnante des gratte-ciel new-yorkais, comme Marilyn par exemple, habituée à l’horizontalité de L.A),

je vais me plonger dans un petit livre tout à fait sympathique, qui paraît aujourd’hui aux éditions 10/18, les mêmes qui ont publié l’hilarant Dessine-moi un Parisien.

Il s’agit de Paris vs New York, de Vahram Muratyan, graphiste d’origine arménienne et bobo parisien prêt à en découdre avec The Big Apple, lorsqu’il y met les pieds en 2010. Il ne connaît personne. Trois mois plus tard, son livre est publié chez Pinguin, le biggest american publisher ever. Entre-temps, il a ouvert un blog pour faire connaître ses créations légères, minimalistes et figuratives. Il y compare à coups de vignettes drôles et colorées ce qui peut être comparable entre sa ville natale et sa ville d’adoption.

C’est la ruée sur ce blog tout simple qui comptabilise presque 3 millions de visites. Le coup de coeur de l’éditeur suit, et c’est la consécration. Le studio de graphisme qu’il vient de créer promet de ne pas manquer de commandes. Comme ça, il n’aura plus besoin de choisir entre un côté ou l’autre de l’Atlantique…

Mes vignettes préférées, si vraies :

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